Emeutes au Kazakhstan: des "dizaines" de morts, Moscou intervient

Christopher RICKLETON
<p>Photo du ministère russe de la Défense. Des parachutistes russes embarquent pour le Kazakhstan, à l'aéroport militaire Tchkalovski près de Moscou, le 6 janvier 2022</p>

Des coups de feu ont à nouveau éclaté jeudi dans les rues d'Almaty, plus grande ville du Kazakhstan, en proie à des émeutes sans précédent qui ont fait des "dizaines" de morts, la Russie envoyant des troupes pour soutenir le régime.

Longtemps vu comme le pays le plus stable d'Asie centrale, le Kazakhstan est ébranlé par un mouvement de colère qui a éclaté dimanche dans l'ouest du pays après une hausse des prix du gaz avant de gagner Almaty, la capitale économique et plus grande ville kazakh, où les manifestations ont viré à l'émeute contre le pouvoir actuel, des manifestants s'emparant de bâtiments officiels.

Façades de bâtiments noircies par les flammes, carcasses de voitures calcinées, douilles et traces de sang au sol: Almaty portait jeudi les stigmates de cet embrasement populaire, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Saule, une manifestante de 58 ans ayant requis l'anonymat, indique que des affrontements ont éclaté mercredi près de la résidence présidentielle entre des protestataires et des policiers tirant à balles réelles.

"Nous avons vu des morts", déclare à l'AFP la manifestante, qui se dit "profondément déçue" par le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, qui a accusé des groupes de "terroristes" selon lui entraînés à l'étranger d'être derrière les émeutes.

<p>Manifestants à Almaty, Kazakhstan, le 5 janvier 2022</p>

La situation reste explosive, et des rafales d'armes à feu ont à nouveau retenti jeudi après-midi à Almaty dans le quartier de la mairie, incendiée la veille par des émeutiers, selon l'AFP.

- Troupes déployées -

Le bilan de ces violences est lourd: la police a fait état de "dizaines" de manifestants tués et le ministère de la Santé a indiqué que plus d'un millier de personnes avaient été blessées, dont 62 grièvement.

Treize membres des forces de sécurité ont été tués et 353 blessés, selon la télévision publique qui a affirmé que deux policiers avaient été décapités.

<p>Des parachutistes russes embarquent pour le Kazakhstan, à l'aéroport militaire Tchkalovski près de Moscou, le 22 janvier 2022. Photo du ministère russe de la Défense</p>

Appelés à l'aide par le président kazakh, la Russie et ses alliés de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) ont annoncé jeudi l'envoi du premier contingent d'une "force collective de maintien de la paix" au Kazakhstan.

Sa mission sera de "protéger les installations étatiques et militaires" et "d'aider les forces de l'ordre kazakhes à stabiliser la situation et rétablir l'Etat de droit".

M. Tokaïev, a jusque-là échoué à calmer les manifestants, malgré une concession sur le prix du gaz, le limogeage du gouvernement et l'instauration de l'état d'urgence et d'un couvre-feu nocturne. Jeudi, son gouvernement a également annoncé le plafonnement des prix des carburants.

En parallèle des gestes d'apaisement, la répression s'abat: les autorités ont ainsi annoncé jeudi qu'environ 2.000 personnes avaient été arrêtées rien qu'à Almaty.

- Bâtiments incendiés -

Mercredi, les images diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux ont montré des scènes de chaos avec des magasins pillés et certains bâtiments administratifs investis et incendiés à Almaty, tandis que des tirs d'arme automatique retentissaient dans la ville.

<p>Le portail enfoncé et la façade noircie d'un bâtiment officiel d'Almaty (Kazakhstan) ne 6 janvier 2022, pris d'assaut par les manifestants la veille</p>

Les manifestants ont notamment visé la mairie et la résidence présidentielle à Almaty. La façade de cette dernière était noircie par les flammes et le portail d'entrée du complexe enfoncé, a constaté jeudi l'AFP.

Ailleurs, la police a tiré des grenades assourdissantes et lacrymogènes contre la foule sans parvenir à l'empêcher de prendre le contrôle de certains bâtiments administratifs.

<p>Carte d'Almaty au Kazahstan</p>

Alors qu'Internet a été coupé, les institutions financières du pays ont suspendu leurs activités, de même que les aéroports d'Almaty, de la capitale Nur-Sultan et des grandes villes d'Aktobe et d'Aktau.

M. Tokaïev avait assuré mercredi que des "gangs terroristes" ayant "reçu un entraînement approfondi à l'étranger" dirigaient les manifestations.

"Des groupes d'éléments criminels battent nos soldats, les humilient, les traînant nus dans les rues, agressent les femmes, pillent les magasins", avait-il affirmé dans une allocution télévisée mercredi.

- "Dehors, le vieux !" -

La colère des manifestants est notamment dirigée vers l'ancien président autoritaire Noursoultan Nazarbaïev, 81 ans, qui a régné sur le pays de 1989 à 2019 et qui conserve une grande influence. Il est considéré comme le mentor du président actuel, M. Tokaïev.

"Dehors, le vieux !", ont notamment scandé des manifestants. A Taldykourgan (sud-est), des protestataires ont déboulonné une statue de M. Nazarbaïev.

Le Kazakhstan, plus grande des cinq ex-républiques soviétiques d'Asie centrale et principale économie de la région, comprend une importante minorité russe et revêt une importance économique et géopolitique cruciale pour la Russie.

<p>L'ancien président kazakh Noursoultan Nazarbaïev à Pékin le 7 juin 2018. Resté à la tête du pays de 1989 à 2019, il est resté dans l'ombre du pouvoir après avoir propulsé son successeur Kassym-Jomart Tokaïev à la présidence</p>

Moscou a appelé mercredi à résoudre la crise par le dialogue "et non par des émeutes de rues et la violation des lois".

Paris, à la suite de Washington, Londres et l'UE, a appelé "toutes les parties" à la retenue, y compris les forces extérieures venant au secours du pouvoir en place au Kazakhstan.

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