Le Kazakhstan, d'ordinaire calme, sous le choc après l'éruption de violence

Christopher RICKLETON
<p>Une voiture calcinée dans le centre d'Almaty, Kazakhstan, le 6 janvier 2022 au lendemain d'émeutes</p>

Des carcasses de voitures calcinées et des douilles de balles jonchent les rues d'Almaty, principale ville du Kazakhstan où les habitants étaient sous le choc jeudi après des manifestations qui ont viré à l'émeute.

Avec des dizaines de morts et plus d'un millier de blessés dans ces violences qui ont débuté par un mouvement de colère sur les prix du gaz en hausse, le pays a connu ces derniers jours sa pire crise depuis des années.

Les protestataires ont pris d'assaut et mis le feu à plusieurs bâtiments administratifs, dont la mairie d'Almaty et la résidence présidentielle, cette dernière étant toujours fumante lorsque des correspondants de l'AFP l'ont aperçue jeudi.

Saule, une manifestante âgée de 58 ans, dit avoir été terrifiée lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur la foule mercredi. "Nous avons vu des morts. Tout de suite, une dizaine ont été tués", témoigne-t-elle.

Dans la nuit, les réseaux sociaux ont été inondés de vidéos dans lesquelles on entend des rafales d'armes automatiques et voit des gens courir en criant, alors que les autorités ont lancé une "opération antiterroriste" dans la ville.

Jeudi après-midi, les forces de l'ordre ont fait état de 18 morts dans leurs rangs et de centaines de blessés. Des "dizaines" de manifestants ont été tués par la police en tentant de prendre des bâtiments administratifs et des commissariats, ont par ailleurs indiqué les autorités.

<p>La façade noircie d'un bâtiment administratif à Almaty, Kazakhstan, le 6 janvier 2022, au lendemain d'émeutes</p>

Aux abords de la résidence présidentielle, des badauds marchaient jeudi dans un état d'hébétude, prenant des photographies des flaques de sang et des douilles dans la cour.

"Je ne savais pas que notre peuple pouvait être aussi terrifiant", lâche Samal, une institutrice de 29 ans.

- Colère face à la corruption -

Riche en ressources naturelles, le Kazakhstan était jusque-là vu comme l'un des Etats les plus stables d'Asie centrale.

Cette ex-république soviétique a été dirigée d'une main de fer pendant trois décennies par Noursoultan Nazarbaïev, qui a laissé les rennes du pays en 2019 à Kassym-Jomart Tokaïev, tout en conservant une grande influence.

Ce dernier a promis des réformes, mais le Kazakhstan a vu peu de changements depuis.

Les manifestants interrogés par l'AFP ont expliqué que la colère grondait sourdement depuis longtemps dans le pays et, ces derniers jours, des slogans tels que "Dehors, le vieux !" ont visé Noursoultan Nazarbaïev, âgé de 81 ans. Une scène autrefois impensable.

Les détracteurs de l'ancien président l'accusent d'avoir permis une corruption généralisée au Kazakhstan, tout en assurant son enrichissement personnel et celui de sa famille qui possède des résidences luxueuses à l'étranger.

<p>Des manifestants frappent un policier le 5 janvier 2022 à Almaty, Kazakhstan</p>

"Notre Kazakhstan a été transformé en société privée des Nazarbaïev", fustige Saule, ajoutant que les protestataires ne souhaitaient que le "renversement de la corruption".

Tentant d'abord de calmer la contestation en limogeant le gouvernement et en concédant une baisse des prix du gaz, M. Tokaïev a ensuite choisi la force en appelant Moscou et ses troupes à l'aide. Près de 2.000 personnes ont été arrêtées.

Un état d'urgence et un couvre-feu nocturne à l'échelle nationale ont été instaurés, mais jeudi, les habitants d'Almaty déambulaient sur la place de la mairie, tandis que des tirs sporadiques se faisaient entendre.

Sur l'une des principales artères d'Almaty, de la fumée s'élevait de bureaux abritant plusieurs médias et des carcasses de voitures jonchaient les rues.

De nombreux commerces ont été pillés, dont un magasin de chasse dont les armes ont été emportées, vraisemblablement par des manifestants désireux d'affronter la police.

Dans le caniveau, les journalistes de l'AFP ont vu des boîtes de munitions vides et plusieurs rues étaient bloquées par des points de contrôle de la police.

Désormais, des habitants craignent qu'une forme encore plus sévère d'autoritarisme ne s'empare du pays.

"Nous avions une sorte de pseudo-liberté", dit lance Soultan, 29 ans. "Maintenant, même ça, c'est fini".

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.