Kazakhstan: le président refuse de négocier et ordonne de "tirer pour tuer"

Christopher RICKLETON
<p>Des manifestants à Almaty, au Kazakhstan, après des heurts violents avec les forces de l'ordre, le 6 janvier 2022</p>

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a rejeté vendredi toute possibilité de négociation avec les manifestants et autorisé les forces de l'ordre à "tirer pour tuer" afin d'étouffer les émeutes qui secouent le pays.

Il a également remercié, lors d'une allocution télévisée, son allié Vladimir Poutine pour son aide après l'arrivée sur place d'un contingent de troupes russes et d'autres pays alliés de Moscou pour appuyer le pouvoir.

"J'ai donné l'ordre aux forces de l'ordre et à l'armée de tirer pour tuer sans sommations", a déclaré M. Tokaïev, qualifiant d'"absurdes" les appels, notamment à l'étranger, à négocier avec les protestataires.

"Quel genre de négociations peut-on avoir avec des criminels, avec des meurtriers? Nous avons eu affaire à des bandits armés et entraînés (...) Il faut les détruire et cela sera fait d'ici peu", a-t-il lancé.

Le Kazakhstan, plus grand pays d'Asie centrale, est ébranlé par une contestation qui a éclaté dimanche en province après une hausse des prix du gaz avant de s'étendre à de grandes villes, surtout Almaty, la capitale économique, où les manifestations ont viré aux émeutes.

Pour M. Tokaïev, Almaty a été attaquée par "20.000 bandits" avec un "plan clair, des actions bien coordonnées et un haut degré de préparation au combat". Il a estimé que "ce sont les médias libres et certaines personnes à l'étranger qui jouent le rôle d'instigateur" de cette crise.

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président français Emmanuel Macron ont pour leur part appelé à la "fin de la violence" et à la "retenue".

Mais le président chinois Xi Jinping a salué les "mesures fortes" prises par le pouvoir kazakh contre les manifestants.

- Ordre "largement rétabli" -

Des carcasses de véhicules calcinés et flaques de sang étaient encore visibles à Almaty vendredi après-midi, mais la circulation reprenait timidement, tandis que des camions blindés de la police patrouillaient les rues, selon des journalistes de l'AFP.

<p>Manifestants à Almaty, Kazakhstan, le 5 janvier 2022</p>

La façade de la mairie, incendiée mercredi avec la résidence présidentielle, apparaissait largement noircie et de la fumée s'échappait encore des fenêtres.

Moscou a indiqué que ses militaires avaient déjà commencé "à s'acquitter des tâches qui leur étaient assignées" au Kazakhstan et que l'aéroport d'Almaty avait été "entièrement repris sous contrôle".

Plus tôt vendredi, M. Tokaïev avait assuré que "l'ordre constitutionnel a été largement rétabli dans toutes les régions" après des jours de violences, notamment des échanges de tirs qui ont fait des dizaines de morts et plus d'un millier de blessés, selon les autorités.

Le ministère de l'Intérieur a annoncé que 26 "criminels armés" avaient été tués et affirmé que tous les bâtiments administratifs avaient été "libérés et placés sous protection accrue", avec 70 points de contrôle établis dans le pays.

<p>Le portail enfoncé et la façade noircie d'un bâtiment officiel d'Almaty (Kazakhstan) ne 6 janvier 2022, pris d'assaut par les manifestants la veille</p>

Les forces de l'ordre ont rapporté avoir 18 tués et 748 blessés dans leurs rangs. Plus de 3.800 personnes ont été arrêtées.

Ces chiffres n'ont toutefois pas pu être vérifiés de manière indépendante et le gouvernement n'a fourni aucun bilan pour les civils hors manifestants.

"L'opération antiterroriste se poursuit, les militants n'ont pas déposé les armes. Ceux qui ne se rendent pas seront éliminés", a ajouté M. Tokaïev vendredi.

- Colère contre l'ex-président -

Les autorités avaient dans un premier temps tenté de calmer les manifestations, sans succès, en concédant une baisse du prix du gaz, en limogeant le gouvernement et en instaurant un état d'urgence et un couvre-feu nocturne dans tout le pays.

Au-delà de la hausse des prix, la colère des manifestants est notamment dirigée contre l'ex-président autoritaire Noursoultan Nazarbaïev, qui n'a fait aucune apparition publique depuis le début des troubles.

Âgé de 81 ans, celui-ci a régné sur le pays de 1989 à 2019 et conserve une grande influence. Il est considéré comme le mentor du président actuel.

<p>L'ancien président kazakh Noursoultan Nazarbaïev à Pékin le 7 juin 2018. Resté à la tête du pays de 1989 à 2019, il est resté dans l'ombre du pouvoir après avoir propulsé son successeur Kassym-Jomart Tokaïev à la présidence</p>

L'opposant kazakh Moukhtar Abliazov, réfugié politique en France, a assuré vendredi à l'AFP qu'une "révolution" était en marche dans son pays et a dénoncé l'"occupation" du Kazakhstan par des forces de Moscou.

"Je considère que c'est la fin du régime, la question, c'est seulement combien de temps cela va prendre", a-t-il dit.

Certains médias kazakhs ont affirmé que M. Nazarbaïev et sa famille avaient quitté le Kazakhstan, mais ces informations n'ont pas pu être vérifiées de source indépendante.

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