Sidney Poitier en cinq films

AFP
<p>L'acteur Sidney Poitier à Beverly Hills, en Californie, le 8 octobre 2016</p>

Sidney Poitier s'est imposé comme la première vedette noire à Hollywood dans les années 50 à 70, faisant une percée dans la domination blanche du cinéma américain grâce à des rôles positifs.

- La chaîne (1958) -

Deux prisonniers, un blanc (Tony Curtis) et un noir (Sidney Poitier), enchaînés l'un à l'autre, profitent de l'accident de leur fourgon pour prendre la fuite. Leur cavale se déroule dans le Sud encore ségrégationniste.

Les deux hommes, aussi racistes l'un que l'autre, se détestent mais réalisent rapidement qu'ils ont intérêt à coopérer. Cette collaboration va se trouver renforcée lorsqu'ils réalisent qu'avant leur arrestation, ils n'étaient que des employés de seconde zone, cibles de nombreuses humiliations. Bientôt, ils deviennent amis.

Ce rôle révolutionnaire vaut à Sidney Poitier sa première nomination aux Oscars.

- Le lys des champs (1963) -

Un aventurier (Sidney Poitier) rencontre dans un quasi-désert en Arizona une communauté de soeurs catholiques allemandes. Ces femmes enjouées dirigées par une mère supérieure bougonne veulent construire une église pour la communauté hispanique de la région. Homer Smith va les y aider tout en leur enseignant l'anglais.

Sans céder à la niaiserie, Ralph Nelson signe une comédie optimiste, dont les valeurs d'ouverture sont aux antipodes de celles de l'Amérique blanche et urbaine.

Sidney Poitier remporte l'Oscar du meilleur acteur. "La plupart de mes films offrent chaleur et bons sentiments. Je préfère faire des films d'où les gens sortent en se disant que la vie est belle", confiait-il en 1968 au New York Times.

- Dans la chaleur de la nuit (1967) -

Dans une bourgade du Mississippi, un homme d'affaires est tué. Un Afro-Américain (Sidney Poitier) qui attendait son train à la gare est arrêté, désigné comme coupable idéal. Celui-ci est en réalité un policier, membre de la brigade criminelle de Philadelphie. Son supérieur lui ordonne de rester sur place et de mener l'enquête avec le shérif local.

Quintuple lauréat aux Oscars de 1967 (dont celui du meilleur film), ce long-métrage de Norman Jewison nous plonge dans le Sud des Etats-Unis. Sidney Poitier règne, superbe, sur les Blancs racistes et incompétents du coin.

- Devine qui vient dîner ? (1967) -

Une jeune bourgeoise présente son fiancé (Sidney Poitier) à ses parents, un couple d'intellectuels qui se croient ouverts d'esprit. La rencontre est un choc. Si la mère (Katharine Hepburn) finit par accepter le choix de sa fille, le père (Spencer Tracy) directeur d'un important journal de San Francisco, est beaucoup plus réservé. Les parents du fiancé sont tout autant circonspects.

Les militants de la cause noire critiquent âprement Sidney Poitier pour avoir accepté ce rôle de médecin de renommée internationale, aux antipodes des discriminations dont souffrent ses pairs. Il est désigné comme le "Nègre de service", "fantasme de blanc". Ses qualités irréelles de gendre idéal masquent sa négritude et les problèmes racistes, estiment-ils.

"Il se trouve que je compte parmi les millions de personnes à avoir aimé ce film", rétorque-t-il dans le New York Times en 1968. "Le monde a besoin de tous les arguments possibles pour démontrer que l'homme est davantage bon que mauvais". C'est en 1967, année de graves émeutes raciales, que la Cour suprême américaine reconnaît la légalité du mariage mixte.

- Uptown Saturday night (1974) -

Première comédie noire à remporter un grand succès populaire aux Etats-Unis, "Uptown Saturday night" ("Un samedi soir en ville", sorti en France sous le titre original) raconte les déboires de deux compères (Sidney Poitier et Bill Cosby) qui peinent à retrouver un ticket de loto gagnant enfermé dans un portefeuille dérobé la veille du tirage dans un hold-up.

Sidney Poitier - également réalisateur - excelle dans ce duo comique, première embardée du cinéma noir vers le grand public.

Dans ce film, les Afro-Américains ne sont plus caricaturés, ils mènent la comédie. Après un tel succès, suivront "Let's do it again" (1975) et "A piece of the Action" (1977). Will Smith en a acquis les droits: un remake avec Denzel Washington est programmé pour 2022.

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