Des dirigeants de l'opposition éthiopienne amnistiés retrouvent la liberté

AFP
<p>Un char tigréen abandonné près de Lalibela, le 6 décembre 2021</p>

Plusieurs personnalités de l'opposition éthiopienne goûtaient à la liberté samedi après une amnistie inattendue décrétée la veille par le gouvernement à d'importants détenus politiques, dont des dirigeants du parti tigréen.

L'annonce surprise de l'amnistie est intervenue après un appel à "la réconciliation nationale", lancé vendredi à l'occasion de la célébration du Noël orthodoxe par le Premier ministre Abiy Ahmed, dont le pays est déchiré depuis 14 mois par un conflit entre le gouvernement fédéral et les rebelles du Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF).

L'objectif de l'amnistie est "d'ouvrir la voie à une solution durable aux problèmes de l'Ethiopie", a indiqué le gouvernement.

"La clé d'une unité durable est le dialogue", ajoute le texte où sont énumérés les noms de plusieurs dirigeants de l'opposition, mais aussi de membres importants du TPLF.

L'amnistie a été saluée par les Nations unies et l'Union africaine, fers de lance des efforts internationaux pour mettre fin au conflit.

<p>Des miliciens amhara dans l'aéroport dévasté de Lalibela, le 7 décembre 2021</p>

Les combattants du TPLF se sont repliés fin décembre dans leur fief de la région la plus septentrionale du Tigré face à une offensive militaire des forces gouvernementales qui ont repris le contrôle d'une série de villes stratégiques.

Plusieurs personnalités du TPLF figuraient parmi les personnes graciées, ainsi que des dirigeants de l'opposition de l'ethnie Oromo, la plus importante d'Ethiopie, et des Amhara.

Le TPLF a pris les armes depuis que Abiy Ahmed a envoyé en novembre 2020 l'armée fédérale au Tigré pour en destituer les autorités régionales - issues du TPLF - qui contestaient son autorité.

<p>Eskinder Nega, figure de l'opposition éthiopienne, à Addis Abeba le 14 février 2018</p>

Le nombre de détenus libérés n'était pas connu dans l'immédiat. Néanmoins, le parti d'opposition Balderas a annoncé la libération de son fondateur Eskinder Nega, une figure de l'opposition.

Il n'était pas clair si le gouvernement a proposé des négociations avec le TPLF, parti qui a dirigé de fait l'Ethiopie pendant trois décennies jusqu'à ce qu'Abiy prenne le pouvoir en 2018, mais qui est désormais considéré comme un groupe terroriste par Addis Abeba.

Les combats ont connu une accalmie depuis la retraite du TPLF, bien que les rebelles accusent le gouvernement de continuer à mener des frappes meurtrières de drones sur le Tigré.

Trois personnes ont été tuées dans un raid aérien sur un camp de réfugiés de la région, a rapporté l'ONU cette semaine.

-'unité" -

<p>Un véhicule militaire portant le drapeau national éthiopien à Kombolcha, en Éthiopie, le 11 décembre 2021</p>

Le conflit au Tigré a fait des milliers de morts. La région, soumise selon l'ONU à un "blocus de facto" de l'aide humanitaire, manque de nourriture et de médicaments.

<p>Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'affiche en tenue militaire pour exhorter la population à le rejoindre au combat, dans une rue d'Addis Abeba le 27 novembre 2021</p>

Abiy, lauréat du prix Nobel de la paix qui s'est rendu sur le front en novembre pour diriger ses troupes, a également appelé vendredi à "l'unité".

Mais samedi il a de nouveau fustigé les "ennemis étrangers et internes", qualifiant le TPLF de "serpents".

Cette amnistie a coïncidé avec une mission en Ethiopie de l'envoyé spécial américain pour la Corne de l'Afrique, Jeffrey Feltman, qui tente d'encourager des pourparlers de paix.

Dans la liste des personnalités amnistiées figure aussi l'ancien magnat des médias Jawar Mohammed, membre du Congrès fédéraliste oromo. Ancien allié de M. Abiy - lui-même oromo, l'ethnie la plus nombreuse du pays - M. Jawar était devenu un de ses plus farouches détracteurs.

Comme M. Eskinder, M. Jawar avait été arrêté en juillet 2020 avec d'autres figures de l'opposition, après une flambée de violences déclenchée par le meurtre par balles à Addis Abeba le mois précédent d'un très populaire chanteur, Hachalu Hundessa, porte-drapeau de l'ethnie oromo.

Ces manifestations et violences avaient fait 239 morts en quelques jours, sur fond de tensions et de ressentiments ethniques.

Parmi les responsables du TPLF cités dans le communiqué du gouvernement figurent aussi Sibhat Nega - un des fondateurs du parti - Kidusan Nega, Abay Woldu, Abadi Zemu, ancien ambassadeur au Soudan.

Mohammed, un magnat des médias oromo et ancien allié d'Abiy passé dans l'opposition, et son collègue du Congrès fédéraliste oromo, Bekele Gerba, ont également été libérés.

On ne savait pas dans l'immédiat si des piliers du TPLF amnistiés – dont l'un de ses fondateurs Sibhat Nega et l'ancien président du Tigré Abay Woldu – ont été libérés samedi.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a salué cette amnistie, déclarant qu'il restait "activement engagé à aider l'Ethiopie" pour "rétablir la paix et la stabilité".

Le chef de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, l'a quant à lui qualifiée de "geste important d’apaisement de la situation politique en Éthiopie" et a exprimé l’espoir qu'il ouvre la voie à un dialogue national "véritablement inclusif".

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