Sur le front en Ukraine, peu d'attentes des pourparlers russo-américains

Anatoliy STEPANOV
<p>Un militaire ukrainien scrute les positions ennemies depuis une tranchée, près d'Avdiivka, dans le sud-est de l'Ukraine, le 9 janvier 2022</p>

Sur la ligne de front dans l'est de l'Ukraine, les forces de Kiev doutent que des pourparlers qui débutent lundi entre Washington et Moscou changeront grand-chose au conflit qui les oppose aux séparatistes prorusses.

"Ca n'aggravera pas la situation (...) Mais ça ne changera pas la politique de Poutine", déclare à l'AFP Mikhaïlo, un soldat de 29 ans à l'épaisse moustache, dans sa tranchée non loin de la ville d'Avdiïvka, dans la région de Donetsk.

"Compte tenu que la guerre dans l'Est dure depuis huit ans déjà, et au vu des négociations précédentes, je doute que les choses vont changer. Sa politique (à Poutine) ne peut absolument pas être influencée", ajoute-t-il.

Des responsables américains et russes doivent tenir une réunion lundi à Genève pour discuter de la situation en Ukraine et de la sécurité en Europe, dans un contexte de vives tensions.

Kiev et les Occidentaux accusent en effet la Russie d'avoir massé des dizaines de milliers de militaires et des équipements lourdes à la frontière de l'Ukraine en prévision d'une possible invasion, ce que Moscou dément.

De son côté, le gouvernement russe accuse l'Otan d'être la cause des tensions actuelles, et exige notamment des garanties juridiques qui écarteraient la possibilité d'une future adhésion de l'Ukraine à l'Alliance atlantique.

"Des garanties sur une non-adhésion à l'Otan n'arrêteront pas (M. Poutine)", pense Mikhaïlo. "Il veut revenir à une Union soviétique 2.0", ajoute-t-il.

Sur le terrain, ces tensions se traduisent par d'incessants tirs de harcèlement de la part des séparatistes, affirment les militaires ukrainiens.

- "Provocation permanente" -

A l'abri de sacs de sable empilés, un soldat scrute les positions ennemies avec un périscope pendant que deux collègues agrandissent la tranchée avec des pelles.

"L'ennemi nous provoque en permanence avec des tirs", notamment de mortier et de mitrailleuse, déclare Dmitro, un autre militaire de 29 ans, aux yeux bleus et aux traits tirés. "Sans cesse", ajoute-t-il, les mains enfouies entre sa veste et son gilet pare-balles pour les protéger du froid mordant.

"Nous sommes tout le temps prêts" à repousser d'éventuelles attaques, ajoute Mikhaïlo, le premier soldat, casque camouflage sur la tête et fusil d'assaut en bandoulière.

L'est de l'Ukraine est déchiré depuis 2014 par une guerre entre Kiev et les séparatistes appuyés, malgré ses dénégations, par la Russie. Le conflit, qui a fait plus de 13.000 morts, a éclaté après l'annexion de la Crimée par Moscou.

Mikhaïlo, le soldat ukrainien, affirme que les séparatistes ont déployé des équipements "à une échelle beaucoup plus grande" qu'autrefois, ces derniers mois.

Il assure toutefois que l'armée ukrainienne, qui avait été submergée en 2014, est "prête", cette fois. "Nous pouvons retenir l'ennemi", assure-t-il. "Le plus important, c'est d'avoir quelqu'un derrière nous pour nous soutenir".

- Méfiance -

L'Ukraine a notamment reçu des Etats-Unis des munitions, des navires, des dispositifs de missiles antichar américains Javelin et du matériel médical.

"Ces Javelin sont une chose merveilleuse", sourit Mikhaïlo.

Les Etats-Unis, qui ont exclu toute intervention militaire pour appuyer l'Ukraine, ont toutefois multiplié les assurances de soutien ces dernières semaines.

Le mois dernier, le président américain Joe Biden a ainsi menacé son homologue russe Vladimir Poutine de sanctions "comme il n'en a jamais vues" en cas de nouvelle agression de l'Ukraine, Moscou rétorquant qu'il commettrait une "erreur colossale".

Les pourparlers à Genève s'annoncent tendus. Dimanche, la Russie s'est dite "déçue" par les récentes déclarations occidentales et affirmé qu'elle ne ferait "aucune concession".

Dans tous les cas, Mikhaïlo est méfiant. "Connaissant notre ennemi, je suis sûr à 100% que les discussions ne pencheront pas en notre faveur", dit-il.

"Et même s'ils parviennent à s'entendre sur quelque chose", ajoute-t-il, "les accords avec la Russie ne valent même pas le papier sur lequel ils sont imprimés".

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