Venezuela: nouveau vote sur les terres natales de Chavez avec un pouvoir décidé à gagner

Esteban ROJAS
<p>Encadrés par d'importantes forces de l'ordre, les habitants du Barinas, État natal de l'ex-président Hugo Chavez dans l'ouest du Venezuela, étaient appelés le 9 janvier 2022 à élire leur gouverneur, après un premier scrutin annulé par la justice en novembre alors que le candidat d'opposition était en tête</p>

Encadrés par d'importantes forces de l'ordre, les habitants du Barinas, État natal de l'ex-président Hugo Chavez dans l'ouest du Venezuela, ont voté dimanche pour élire leur gouverneur, après un premier scrutin annulé par la justice en novembre alors que le candidat d'opposition était en tête.

Entre-temps, le candidat d'opposition, Freddy Superlano, a été déclaré inéligible, tout comme sa femme, qui devait le remplacer. C'est finalement Sergio Garrido, peu connu, qui porte les couleurs de l'opposition face à Jorge Arreaza, ancien vice-président et ancien ministre des Affaires étrangères, mais surtout ancien gendre de Chavez.

A Barinas, la capitale de l'Etat, les bureaux visités ont fermé à l'heure prévue vers 18H (22H GMT) a constaté un journaliste de l'AFP alors que les résultats pour ce nouveau scrutin devraient être annoncés dans la nuit depuis Caracas. Quelque 607.000 des 870.000 habitants de l'Etat étaient appelés aux urnes.

"Cette terre m'a accueilli comme un fils et je me sens fils du Barinas", a affirmé Arreaza après avoir voté. Originaire de Caracas, il a été parachuté dans l'Etat après l'annulation du scrutin et le renoncement du gouverneur sortant Argenis Chavez, frère de Hugo Chavez. "Aujourd'hui, on n'a pas le droit de s'endormir", a-t-il ajouté appelant les militants à voter.

Les partisans de Sergio Garrido ont quant eux scandé "Oui, on peut le faire!" lors du vote de leur candidat.

<p>Le candidat de l'opposition Sergio Garrido lors dun meeting à Barinas le 6 janvier 2022</p>

"On va avoir le même résultat que le 21 novembre (victoire) mais avec plus d'éclat", a assuré Garrido à la presse. Pendant la campagne, il a critiqué "l'usage et le détournement" des ressources de l'Etat pour favoriser le candidat du pouvoir.

Dimanche, le candidat a aussi dénoncé l'arrestation "injustifiée" de deux militants à Barrancas. L'AFP n'a pas pu confirmer ces arrestations.

Les forces de l'ordre étaient omniprésentes sur le terrain avec quelque 25.000 agents de sécurité, dont 15.000 militaires, déployés dans l'Etat.

"L'opposition a gagné (en novembre) et cela ne leur a pas plu, car ils veulent continuer avec leur hégémonie et leur dynastie", a déclaré à l'AFP Nelson Leon, professeur de musique, 68 ans, après avoir voté près de la Plaza Bolivar, dans le centre de Barinas.

"J'ai toujours voté et je viens exercer mon vote normalement pour qu'on conserve le gouvernorat", affirme quant à lui Fajardo Romero, 56 ans, pompier et milicien pro-pouvoir, à Ciudad Tavacare, un grand ensemble de logements sociaux où des portraits de Chavez, président du Venezuela de 1999 jusqu'à son décès en 2013, ornent les murs.

<p>Le candidat du parti au pouvoir PSUV, ancien vice-président et ancien ministre des Affaires étrangères Jorge Arreaza, à Barinas le 9 janvier 2022</p>

Pour le pouvoir, conserver la région natale du "Comandante" va au-delà du symbole.

Le Barinas est une région clé pour le président Nicolas Maduro, successeur de Chavez, avec ses plaines agricoles, ses réserves pétrolières et sa situation proche de la frontière colombienne où sévissent guérillas et narcotrafiquants.

Aux élections du 21 novembre, le PSUV (Parti socialiste unifié du Venezuela), le parti de Maduro fondé par Chavez, et ses alliés ont remporté 19 des 23 gouvernorats régionaux du pays, plus la mairie de Caracas. Mais ils ont failli perdre le Barinas, gouverné depuis 1998 par un membre de la famille Chavez.

- "L'espoir est de retour" -

La dynastie a commencé avec le père du président, Hugo de los Reyes Chavez (1998-2008) et s'est poursuivie avec ses frères Adan (2008-2016) et Argenis (2017-2021).

<p>Des électeurs attendent leur tour pour voter pour le nouveau gouverneur de Barinas après l'annulation du premier scrutin, le 9 janvier 2022</p>

Tandis que les résultats étaient publiés pour les autres Etats, ceux du Barinas ont été retardés pendant des jours, puis finalement suspendus, alors que, après le dépouillement de 90% des bulletins, Freddy Superlano menait avec 37,60% des voix, contre 37,21% pour Argenis Chavez.

L'opposition avait dénoncé un "bidouillage".

"Nous allons gagner avec l'esprit immortel du Commandant Chavez!", a écrit le président Maduro dimanche sur Twitter.

Le pouvoir vénézuélien a mobilisé sa machine électorale pour le nouveau scrutin. "L'espoir est de retour" est le slogan d'Arreaza. Une formule soigneusement choisie qui fait allusion à Chavez mais aussi à un besoin de changement alors que le Venezuela est empêtré dans une crise économique qui a fait chuter le PIB par habitant de ce pays producteur de pétrole au niveau de Haïti.

<p>Quelque 25.000 agents de sécurité, dont 15.000 militaires, ont été déployés dans l'Etat du Barinas pour le scrutin du 9 janvier 2022</p>

Le directeur de l'institut Delphos, Felix Seijas, pense que "le gouvernement fait tout ce qu'il peut pour gagner le Barinas" à un moment où l'opposition pourrait tenter d'organiser un référendum pour destituer Nicolas Maduro.

"Ils ne peuvent pas permettre une victoire de l'opposition, car cela alimenterait le discours selon lequel le chavisme n'est pas tout-puissant", dit-il.

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