Biden joue son va-tout politique pour faire passer une vaste réforme électorale

Jim WATSON avec Aurélia END à Washington

Le déplacement est symboliquement lourd et politiquement explosif: Joe Biden est arrivé mardi en Géorgie pour promettre de protéger à tout prix l'exercice du droit de vote par les Afro-Américains, menacé selon lui par les Etats conservateurs du Sud du pays.

"C'est un moment crucial", a-t-il dit aux journalistes en quittant la Maison Blanche mardi, assurant que "l'Histoire jugerait" les parlementaires américains.

Le président, fragilisé par une cote de confiance anémique, a décidé de jouer son va-tout politique. Il est prêt à un passage en force au Sénat d'une vaste réforme électorale, bloquée jusqu'ici par les républicains, a fait savoir la Maison Blanche.

"Je ne céderai pas. Je ne tremblerai pas. Je défendrai votre droit à voter", va promettre le démocrate de 79 ans aux électeurs issus des minorités, qui sont censés pencher du côté démocrate, selon un extrait de discours communiqué à l'avance.

Après le Capitole la semaine dernière, où il a livré un discours vibrant sur la démocratie, Joe Biden a encore augmenté la charge symbolique mardi par ce déplacement en Géorgie, ancien Etat esclavagiste et terre de combats, passés et présents, contre la discrimination raciale.

C'est en s'entretenant avec les enfants de Martin Luther King puis en se recueillant sur la tombe de l'icône de la lutte pour les droits civiques que le président a entamé sa visite à Atlanta.

Avec la vice-présidente Kamala Harris, Joe Biden s'est ensuite rendu dans l'église baptiste où a officié Martin Luther King, assassiné en 1968.

- "Formalité" -

<p>Le président Joe Biden, la vice-présidente Kamala Harris et des membres de la famille de Martin Luther King devant la tombe de l'icône de la lutte pour les droits civiques, le 11 janvier à Atlanta (Géorgie)</p>

Le démocrate a bénéficié avant son élection du soutien décisif de figures de la communauté afro-américaine, mais les activistes des droits civiques le mettent désormais en garde contre des promesses creuses.

Martin Luther King III, fils du chantre de la non-violence, a ainsi averti le président via Twitter: "sa visite ne doit pas être une simple formalité."

La presse américaine note aussi l'absence aux côtés de Joe Biden de Stacey Abrams, candidate démocrate au poste de gouverneur de Géorgie et l'une des voix les plus puissantes aujourd'hui en ce qui concerne la participation électorale des Afro-Américains. Un simple "conflit d'agenda", assure la Maison Blanche.

Le président veut harmoniser les conditions dans lesquelles votent les Américains, depuis l'inscription sur les registres électoraux jusqu'au décompte des voix, en passant par le vote par correspondance ou la vérification d'identité.

Autant de paramètres que plusieurs Etats républicains du Sud, dont la Géorgie, ont entrepris de modifier pour, disent-ils, augmenter la sécurité des opérations de vote.

Dans les faits, ces réformes compliquent l'accès aux urnes des Afro-Américains tout en renforçant l'emprise des autorités locales sur les opérations de vote.

Les démocrates accusent les conservateurs de chercher à subvertir de futures élections, sous l'influence d'un Donald Trump qui clame contre toute évidence que la dernière présidentielle était truquée.

Les républicains reprochent eux à leurs adversaires de tenter "un coup de force flagrant destiné à fausser les règles du jeu", selon la présidente du Comité national républicain, Ronna McDaniel.

- "Filibuster" -

<p>Photo d'archives du Capitole, siège du Congrès américain, à Washington le 2 décembre 2021</p>

Joe Biden veut que le Sénat adopte deux lois, le "John Lewis Voting Rights Advancement Act" et le "Freedom to vote Act".

Le président est prêt pour cela à faire voler en éclats la "règle du filibuster". Elle exige que le Sénat rassemble une majorité renforcée (60 voix sur un total de 100) pour mettre au vote la plupart des textes.

Joe Biden, qui risque de perdre le contrôle du Congrès après des élections à l'automne, veut donc voir les démocrates (51 voix au Sénat en prenant en compte celle de Kamala Harris, contre 50 pour les républicains) voter à la majorité simple.

De quoi faire hurler l'opposition conservatrice mais aussi bousculer certains démocrates, attachés à cette "supermajorité" censée favoriser le dialogue entre les deux partis.

Parmi ces sceptiques, le sénateur de Virginie-Occidentale, Joe Manchin, qui a déjà bloqué à lui tout seul de grandes réformes sociales. Favorable à la réforme électorale elle-même, l'élu est cependant réticent à suivre la procédure envisagée par l'état-major de son parti.

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.