En Grèce, premier procès #MeToo un an après l'éveil du mouvement

Marina RAFENBERG
<p>La championne olympique de voile Sofia Bekatorou, initiatrice du mouvement #MeToo en Grèce, à son arrivée au tribunal à Athènes, le 12 janvier 2022</p>

Le procès emblématique d'un entraîneur accusé de viol sur mineure s'est ouvert mercredi à Athènes, un an après les révélations d'une championne olympique de voile, agressée sexuellement par un responsable de sa fédération, qui avaient enclenché le mouvement #MeToo en Grèce.

L'affaire jugée fait partie des nombreuses dénonciations d’agressions sexuelles en Grèce depuis que la championne de voile Sofia Bekatorou a brisé le tabou en décembre 2020.

A son arrivée au tribunal d'Athènes mercredi matin, Sofia Bekatorou, appelée à la barre comme témoin au procès, ne s'est pas exprimée devant les journalistes.

Triantafyllos Apostolou, 38 ans, est accusé d'avoir violé une jeune athlète de la fédération de voile alors qu'elle était âgée de 11 ans.

C'est Sofia Bekatorou qui avait révélé ce cas, il y a un an, en accord avec la victime.

<p>La Grecque Sofia Bekatorou, championne olympique de voile et initiatrice du mouvement #MeToo en Grèce, le 26 février 2021 à Athènes</p>

La médaillée d'or avait déclaré publiquement avoir été elle-même agressée sexuellement à l'âge de 21 ans par un haut responsable non identifié de sa fédération en 1998, lors des préparatifs pour les Jeux Olympiques de Sydney.

Mais les faits étaient prescrits et elle avait rapporté au procureur qui l'auditionnait le cas d'une jeune femme dont l'agresseur présumé est jugé mercredi.

"J'espérais que d'autres femmes et d'autres personnes pourraient parler afin que la société soit plus saine et que nous n'ayons pas peur de nous exprimer", déclarait alors Sofia Bekatorou.

Dans la société patriarcale grecque, où les violences sexuelles peinent à sortir de la sphère privée, les révélations de la championne ont subitement libéré la parole des femmes agressées, déclenchant le mouvement #MeToo en Grèce, plus de trois ans après les États-Unis.

La jeune victime a dit avoir eu plusieurs rapports sexuels non consentis avec son entraîneur d'alors, de 18 ans son aîné.

Apostolou, qui a révélé lui-même son identité dans une interview, a affirmé que les relations sexuelles étaient consenties et qu'il comptait épouser la jeune fille.

"Nous allions nous marier et sa mère était d'accord", a-t-il dit l'an dernier au quotidien Proto Thema.

Pour le procureur, l'accusé "a eu recours à des violences sexuelles mais aussi psychologiques contre la mineure afin qu'elle ne révèle pas son viol à ses parents".

- "Eveiller les consciences" -

"La décision de Sofia Bekatorou de dénoncer avec audace les violences sexuelles qu'elle a subies en tant que jeune athlète est un acte qui a un impact fort sur la société, qui éveille les consciences", a estimé le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis.

<p>La Grecque Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, quitte le bureau du procureur à Athènes le 20 janvier 2021 après avoir témoigné sur les agressions sexuelles qu'elle a subies</p>

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement conservateur a pris dès février 2021 une série de mesures allant du durcissement des peines pour les agresseurs sexuels à l'allongement du délai de prescription pour les abus sur mineurs.

Une plateforme numérique permettant de dénoncer les faits et des lignes téléphoniques d'aide aux victimes ont été créées pour "briser le silence".

Depuis la rentrée de septembre 2021, des cours d'éducation sexuelle comprenant notamment la notion de consentement sont dispensés dans les écoles publiques.

- "Comme une rivière pour nettoyer les plaies" -

Dans une interview le 23 décembre au magazine Marie-Claire, Sofia Bekatorou estime que "le mouvement #MeToo continue. Il est vivant en raison du grand nombre de victimes d'abus".

<p>La championne de voile grecque Sofia Bekatorou est interviewée par un groupe de jeunes réfugiées, le 5 juin 2021 dans un parc d'Athènes</p>

"Ce n'est pas une mode", dit-elle, "#MeToo est venu comme une rivière pour nettoyer les plaies, aider à guérir, motiver les gens à parler", poursuit l'athlète qui a lancé sa propre plateforme pour venir en aide aux victimes.

Car beaucoup reste à faire.

"Dans le milieu de la gymnastique, il y a eu 37 plaintes de jeunes filles et les auteurs présumés de ces actes occupent encore actuellement des postes de responsabilité", dénonce-t-elle.

"La logique voudrait que la fédération de gymnastique qui a entre les mains les plaintes des athlètes, dans lesquelles sont mentionnés des noms, des actes, demande des explications", estime l'avocat des sportives, Alexandros Adamidis. "Malheureusement, jusqu'à aujourd'hui, cela n'a pas été le cas", déplore-t-il dans une interview à la télévision One Channel.

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