Premier procès #MeToo en Grèce dans une ambiance tendue et "douloureuse"

Louisa GOULIAMAKI, Ericca VALLIANOU
<p>La championne olympique de voile Sofia Bekatorou, initiatrice du mouvement #MeToo en Grèce, à son arrivée au tribunal à Athènes, le 12 janvier 2022</p>

Un entraîneur accusé de viol sur mineure au sein de la fédération grecque de voile a nié les faits mercredi devant la cour pénale d'Athènes, à l'ouverture du premier procès #MeToo en Grèce, dans une ambiance "tendue" et "douloureuse".

Cette affaire emblématique fait partie des nombreuses dénonciations d'agressions sexuelles depuis que la médaillée d'or de voile Sofia Bekatorou a brisé le tabou en décembre 2020, déclenchant le mouvement #MeToo en Grèce.

Sur le banc des accusés, l'entraîneur Triantafyllos Apostolou, 38 ans, poursuivi pour avoir violé une jeune sportive alors qu'elle avait 11 ans, a plaidé non-coupable, considérant que ses relations sexuelles avec la mineure étaient consenties.

"Ca s'est passé plusieurs fois, est-ce que vous considérez que c'est un viol quand cela s'est passé autant de fois?", a-t-il demandé aux trois juges et aux quatre jurés.

"Nous avions l'intention de nous marier, les (deux) familles étaient au courant", a affirmé l'accusé, soulignant qu'il "n'approuvait le viol d'aucune créature sur la planète".

Il est accusé de viol en série, d'agressions sexuelles sur mineur et détournement de mineur de 2010 à 2013, alors que sa victime présumée avait entre 11 et 13 ans.

La plaignante avait confié avoir eu plusieurs rapports sexuels non consentis avec son entraîneur d'alors, de 18 ans son aîné.

<p>La Grecque Sofia Bekatorou, championne olympique de voile et initiatrice du mouvement #MeToo en Grèce, le 26 février 2021 à Athènes</p>

Aujourd'hui âgée de 21 ans, la jeune femme sera appelée à la barre le 26 janvier, à la reprise des débats, lors d'une audience à huis clos afin de protéger "sa vie privée", a décidé la cour mercredi sur requête de la partie civile.

Vêtue de noir et entourée de plusieurs membres de sa famille également habillés en noir, la jeune victime a dit quelques mots aux médias en sortant du tribunal.

"C'est une procédure douloureuse qui ne fait que commencer", a-t-elle dit. Mais "nous sommes là en famille pour lutter tous ensemble", a-t-elle ajouté, exprimant "l'espoir" que d'autres affaires similaires seraient révélées.

Dans une interview sur la chaîne grecque ANT1 TV mardi, la plaignante avait déclaré avoir été "systématiquement violée" par l'accusé, qui l'avait "physiquement et verbalement agressée" depuis l'âge de 9 ans.

- "Rompre le silence" -

"Cela m'a pris dix ans pour comprendre qu'un enfant n'est pas en faute", a-t-elle confié. "Nous devons rompre le silence, punir les agresseurs et mettre fin à toute stigmatisation des victimes d'agressions sexuelles", a-t-elle plaidé.

La championne olympique Sofia Bekatorou, qui avait révélé cette affaire à la justice avec l'accord de la victime, sera ultérieurement appelée à la barre comme témoin de l'accusation.

<p>La championne de voile grecque Sofia Bekatorou est interviewée par un groupe de jeunes réfugiées, le 5 juin 2021 dans un parc d'Athènes</p>

La championne aux JO d'Athènes de 2004, qui se trouvait dans la salle d'audience mercredi, a décrit une atmosphère particulièrement "tendue" lors de l'ouverture de ce procès "très symbolique".

S'exprimant à sa sortie sur la télévision publique ERT, elle a salué "le courage de la jeune femme" et promis "de rester à ses côtés" pour la soutenir.

"Ce n'est pas une procédure facile (...) il faut rester fortes pour faire face à cette procédure douloureuse, je souhaite que la justice inflige à l'accusé la peine qui lui est due", a-t-elle dit.

Apostolou encourt jusqu'à 20 ans de prison.

- #MeToo tardif en Grèce -

Devant le palais de justice, des femmes brandissaient des pancartes proclamant: "Nous sommes pleines de rage".

Dans la société patriarcale grecque, où le sujet des violences sexuelles peine à sortir de la sphère privée, les révélations de Sofia Bekatorou sur les agressions qu'elle avait elle-même subies ont permis de libérer la parole des femmes victimes et de déclencher le mouvement #MeToo en Grèce, trois ans après les Etats-Unis.

La championne avait déclaré publiquement il y a un an avoir été agressée sexuellement à l'âge de 21 ans par un haut responsable non identifié de sa fédération en 1998, lors des préparatifs pour les Jeux Olympiques de Sydney.

Les faits étaient prescrits mais elle avait rapporté au procureur qui l'auditionnait en janvier 2021 le cas de la toute jeune victime présumée d'Apostolou, désormais au coeur du procès.

<p>La Grecque Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, quitte le bureau du procureur à Athènes le 20 janvier 2021 après avoir témoigné sur les agressions sexuelles qu'elle a subies</p>

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement conservateur a durci les peines pour les agresseurs sexuels, allongé le délai de prescription pour les agressions sur mineurs et créé une plateforme numérique et des lignes téléphoniques d'aide aux victimes.

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