Sur le front en Ukraine, chats et chiens remontent le moral aux soldats

Anatolii STEPANOV
<p>Un soldat ukrainien caresse un chat le 9 janvier 2022 à Avdiivka sur la ligne de front avec les séparatistes pro-russes</p>

Ils rassurent ou alertent d'un danger en échange d'un peu de nourriture et d'attention: sur le front en Ukraine, des chats et chiens errants tiennent compagnie aux soldats ukrainiens, qui craignent une attaque russe.

Dans sa tranchée creusée près de la ville d'Avdiïvka, à deux pas de Donetsk, bastion aux mains des séparatistes prorusses dans l'est du pays, le militaire ukrainien Mykyta, 21 ans, caresse une chienne brune.

"Comme chaque chien, elle a une bonne ouïe. C'est plus sûr de monter la garde avec elle", explique-t-il, avant de préciser: "si l'ennemi s'approche, elle se met à aboyer et à grogner".

"Ce n'est pas pour rien que l'on dit que le chien est le meilleur ami de l'Homme", conclut Mykyta.

Les forces ukrainiennes sont opposés depuis 2014 aux séparatistes qui contrôlent aujourd'hui des pans entier de territoire dans l'Est, dans une guerre qui a fait plus de 13.000 morts.

La Russie, qui est largement considéré comme le parrain militaire et financier des séparatistes, a elle massé ces derniers mois des dizaines de milliers de ses troupes à la frontière ukrainienne, laissant craindre une invasion malgré ses dénégations.

Fuyant les hostilités dans l'Est ces huit dernières années, beaucoup de civils ont abandonné leurs animaux de compagnie sur place et ces derniers se sont massivement reproduits. Dans cette zone dévastée, ils ont souvent fini par trouver refuge chez les militaires.

"Les animaux n'y sont pour rien, c'est la guerre qui est coupable", soupire Volodymyr, un soldat de 49 ans. Sur sa position, une quinzaine de chats cohabitent en paix avec plusieurs chiens.

"Abandonnés, ils sont restés tout seuls. Il faut avoir pitié d'eux et leur donner à manger", ajoute-t-il en versant des restes de soupe à une dizaine de félins roux, gris ou noir et blanc.

- "Porte-bonheur" -

Après avoir passé des mois ensemble sur le front, certains militaires finissent par ramener chez eux ces camarades poilus.

<p>Des soldats ukrainiens le 9 janvier 2022 à Avdiivka sur la ligne de front avec les séparatistes pro-russes</p>

Assis dans le sous-sol d'une maison endommagée par les bombardements, qui lui sert de chambre, Dmytro, un militaire de 29 ans, fait l'éloge de sa chatte noire, "Tchernoukha", qui se frotte contre lui.

"Avec le début de l'hiver, des souris des champs ont commencé à pénétrer dans les abris", mais au bout de deux mois, "elle les a toutes exterminées!", raconte fièrement le jeune homme au crâne rasé. "Et le plus important, c'est qu'elle est très propre".

Il raconte avoir apprivoisé au début de la guerre un chiot qui est ensuite parti avec son unité vers la ville de Debaltsevé, où ont eu lieu de très violents combats en 2015, devenant "un porte-bonheur" des militaires.

Selon Dmytro, l'animal les alertait avant même les premiers bombardements: "cinq à dix minutes avant, il se cachait dans un abri et on comprenait que le bombardement était imminent".

<p>Un soldat ukrainien le 9 janvier 2022 à Avdiivka sur la ligne de front avec les séparatistes pro-russes</p>

Les soldats n'avaient plus qu'à le suivre. "On courait vers les abris en saisissant nos gilets pare-balles et casques", se souvient le jeune homme.

Alors que les tensions avec la Russie connaissent ces derniers mois un nouveau pic, les militaires racontent que la présence des animaux peut aussi avoir un effet relaxant pour des hommes risquant leur vie au quotidien.

"Ca agit comme un calmant", explique Dmytro. "Quand tu rentres après avoir monté la garde, +Tchernoukha+ s'allonge sur ton ventre comme si elle disait: +lâche ton téléphone et caresse-moi plutôt+".

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