Kazakhstan: les forces menées par la Russie entament leur retrait

Christopher RICKLETON
<p>Des soldats russes de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) participent à une cérémonie de départ, le 13 janvier 2022 à Almaty, au Kazakhstan</p>

Le contingent militaire mené par la Russie a débuté jeudi son retrait du Kazakhstan, où il avait été dépêché pour soutenir le pouvoir en place après des émeutes meurtrières qui ont marqué un tournant pour cette ex-république soviétique d'Asie centrale.

Une cérémonie solennelle de départ réunissant des soldats de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), alliance militaire menée par Moscou, s'est déroulée dans la matinée à Almaty, principale ville kazakhe, selon des journalistes de l'AFP.

Le contingent, qui comprend 2.030 soldats russes, bélarusses, arméniens, tadjiks et kirghizes, avait été déployé dans l'ex-république soviétique le 6 janvier et doit achever son départ avant le 22 janvier, selon l'OTSC et les autorités kazakhes.

Un premier avion transportant des militaires russes a quitté jeudi le Kazakhstan, a indiqué le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou, ajoutant que Moscou prévoyait d'achever le rapatriement de ses forces le 19 janvier.

"Les forces de l'OTSC ont rétabli l'ordre et la loi, cela est très important", s'est félicité le président russe Vladimir Poutine. "Nous devons rentrer chez nous. Notre mission a été remplie".

Le Kazakhstan, pays réputé stable, a été secoué la semaine dernière par des violences jamais vues depuis son indépendance en 1991. Elles ont fait des dizaines de morts et des centaines de blessés, poussé au déploiement du contingent militaire et conduit à l'arrestation d'au moins 12.000 personnes.

- Réouverture -

Les violences les plus graves ont eu lieu à Almaty avec des échanges de tirs, le pillage de magasins et l'incendie de bâtiments officiels.

<p>Des soldats tadjiks du contingent envoyé au Kazakhstan par l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) participent à une cérémonie de départ, à Almaty le 13 janvier 2022</p>

Jeudi, les funérailles d'un membre des services de sécurité tué pendant les violences se sont tenues à Almaty en présence de dizaines de militaires et au son d'une marche funèbre, selon l'AFP.

Dans cette ville, la situation revenait progressivement à la normale, avec la reprise des transports en commun et la réouverture de la plupart des magasins et des restaurants.

Par ailleurs, l'aéroport d'Almaty, fermé depuis la semaine dernière après avoir été saccagé, a accueilli jeudi son premier vol civil.

Les émeutes ont été qualifiées d'agression "terroriste" étrangère par le président Kassym-Jomart Tokaïev, qui n'a toutefois pas fourni de preuves en ce sens. Ce discours trouvait cependant un écho auprès de certains Kazakhs.

"J'interprète ces événements comme une sorte de révolution orange provoquée par l'Occident", lance ainsi Malik Chaïmoukhambétov, un ingénieur à la retraite, en référence à de grandes manifestations en Ukraine en 2004.

<p>Des soldats de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC)participent à une cérémonie de départ, le 13 janvier 2022 à Almaty, au Kazakhstan</p>

Les violences au Kazakhstan ont éclaté après des manifestations dès le 2 janvier contre la hausse des prix du carburant, sur fond de dégradation du niveau de vie et de corruption endémique des élites du pays.

Acculé, le président kazakh a appelé Moscou et l'OTSC à la rescousse.

Signe de leur étroite collaboration, MM. Poutine et Tokaïev ont eu jeudi un nouvel entretien téléphonique, lors duquel le président kazakh a remercié la Russie pour son soutien, a déclaré le Kremlin.

- Lutte de pouvoir -

Le pouvoir kazakh n'a toujours pas publié de bilan humain précis de ces événements, alors qu'émeutiers et forces de l'ordre se sont affrontés à l'arme automatique, laissant présager un nombre très élevé de victimes.

<p>Juxtaposition de photos du président kazakh Kassym-Jomart Tokayev (gauche) et de son prédécesseur et mentor Noursoultan Nazarbaïev, respectivement en 2019 et 2017</p>

Dans la foulée de ces heurts meurtriers, le président du Kazakhstan a également lancé une offensive contre son prédécesseur Noursoultan Nazarbaïev, ainsi que son entourage qui contrôle des pans entiers de l'économie et restait très influent dans les arcanes du régime.

M. Tokaïev a ainsi accusé son mentor d'avoir favorisé l'émergence d'une "caste de riches" dominant cet Etat regorgeant d'hydrocarbures, une critique inédite à l'égard de celui qui détient le titre honorifique de "Chef de la Nation".

Le président kazakh, qui a fait toute sa carrière dans l'ombre de M. Nazarbaïev, a également annoncé que l'élite qui s'est enrichie depuis 30 ans devra approvisionner un fonds destiné à "payer un tribut" à la population kazakhe.

Un des alliés de poids de M. Nazarbaïev, Karim Massimov, a en outre été arrêté samedi pour haute trahison après avoir été limogé de la tête des services de renseignement.

Ces derniers ont annoncé jeudi que deux adjoints de M. Massimov avaient eux aussi été arrêtés, soupçonnés d'avoir "agi pour s'emparer du pouvoir par la force" et d'"abus de fonctions".

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