Mort de Jean-Jacques Beineix, qui réchauffa les années 80 avec "37°2 le matin"

Francois BECKER et Jean-Francois GUYOT
<p>Le réalisateur Jean-Jacques Beineix au Festival du Film de Busan, en Corée du Sud, en octobre 2009</p>

Le réalisateur Jean-Jacques Beineix est décédé à l'âge de 75 ans, après une carrière courte qui a marqué les années 1980 et un film culte "37,2° le matin"qui a révélé Béatrice Dalle.

Le réalisateur est décédé jeudi à son domicile parisien, ont indiqué à l'AFP son frère Jean-Claude, ainsi que sa femme et sa fille. Il est mort des suites d'une longue maladie.

Pour certains, Beineix restera le réalisateur de "Diva" (1981), César de la meilleure première oeuvre l'an suivant, puis de "La lune dans le caniveau" (1983), qui l'ont fait connaître. Lui se rappelait surtout avoir été insulté à Cannes pour ce dernier film.

Mais la plupart retiendront "37,2° le matin" (1986), vu par 3,6 millions de spectateurs et qui a depuis accédé au statut de film culte. Il sera rediffusé samedi 22 janvier en première partie de soirée sur Arte, en hommage.

<p>Le réalisteur Jean-Jacques Beineix au Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier, le 31 octobre 2006</p>

Histoire de passion torride et destructrice entre deux écorchés vifs rattrapés par la folie, Betty et Zorg, interprétés par Béatrice Dalle, alors inconnue, et Jean-Hugues Anglade, le film est une adaptation du roman du même titre de Philippe Djian. Nommé à neuf reprises aux César, "37°2 le matin" fut nommé à l’Oscar du meilleur film étranger.

"Zorg et Betty sont orphelins", a réagi sur Instagram Béatrice Dalle, se souvenant du tournage comme l'une "des plus belles pages de ma vie". "Je t'aime", a-t-elle encore écrit à l'intention du réalisateur décédé.

L'actrice Romane Bohringer, dont le père Richard avait obtenu l'un de ses premiers rôles de cinéma dans "Diva", a elle aussi voulu dire "merci" au réalisateur : "Ce film a de fait changé nos vies et marqué mon enfance. J’en garde un souvenir ébloui".

Beineix avait "un cran, un style, une méthode, la grandiose assurance des entêtés", a salué l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob.

- "Fossé avec le cinéma" -

Gaumont et l'Académie des César lui ont rendu hommage sur Twitter. "Il était le cinéaste de toute une génération et avait abdiqué devant le fossé qu’il considérait s’être creusé entre lui et le cinéma. Nous lui devons pourtant de très grands films", a réagi la Sacd (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) sur les réseaux sociaux.

Né à Paris dans le quartier des Batignolles, Jean-Jacques Beineix entame des études de médecine avant de préparer la prestigieuse école de cinéma Idhec (aujourd'hui Femis) qu'il rate de peu.

<p>Jean-Jacques Beineix lors d'une conférence de presse à Paris, le 28 avril 2008</p>

Ses premiers projets l’amènent à la publicité. Il réalisera notamment le spot de lutte contre le sida multi-diffusé "Il ne passera pas par moi". Après plusieurs projets, il décide de quitter le milieu.

"C'est bien de mettre son talent au service de causes" et la publicité, "ce n'était pas des causes", expliquera-t-il. Son esthétique restera très marquée par la publicité, ce que lui reprocheront ses détracteurs.

Après "37°2 le matin" suivront plusieurs films, tous des échecs, dont "Roselyne et les lions" et "IP5 - L’île aux pachydermes",le dernier d'Yves Montand, mort juste à la fin du tournage.

En 2001, après neuf ans d'absence, il revient avec "Mortel Transfert", un échec critique et commercial complet. Il déclare, d'ailleurs, que ce film l'endette fortement. Ce sera le dernier de ses six longs-métrages, suivi de documentaires pour la télévision ("Les enfants de Roumanie", "Place Clichy sans complexes"...), sous la bannière de sa société de production, Cargos Films.

Signe de l'éclectisme de Jean-Jacques Beineix, la réalisatrice et ancienne actrice X, devenue militante féministe, Ovidie, s'est dite très "attristée" par la mort de celui qui l'avait "mise sur les rails" en produisant son premier documentaire, avant qu'ils ne se brouillent.

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