Présidentielle: entre Macron et Le Pen, ça devient personnel

Léon BRUNEAU avec Anne RENAUT à Pertuis
<p>Le président-candidat français Emmanuel Macron (g) à Pont-à-Mousson, en Meurthe-et-Moselle, le 5 novembre 2018, et la candidate du RN à la présidentielle Marine Le Pen à Reims, le 5 février 2022</p>

Ils se rendent coup sur coup. Les deux finalistes à la présidentielle, Emmanuel Macron et Marine Le Pen, s'affrontent vendredi projet contre projet et sur un ton de plus en plus personnel.

Pour le président sortant, le programme de sa rivale d'extrême droite n'est pas "la douceur incarnée". Sa présidence a été "affreusement autoritaire", lui répond Marine Le Pen.

L'un appelle à faire barrage à l'extrême droite, conscient du fait que cela ne suffit plus et qu'il doit d'abord convaincre.

L'autre en appelle au "peuple" pour faire "barrage au retour d'Emmanuel Macron" qui gouverne pour "un petit nombre", mais doit rassurer qu'elle n'est pas dans la "radicalité".

Au lendemain de son premier grand meeting depuis le premier tour, à Avignon, la candidate RN a enchaîné vendredi matin par une visite d'un marché à Pertuis, dans le Vaucluse, où elle a été interpellée à plusieurs reprises par des femmes voilées.

"L'interdiction du voile est essentielle", a insisté la candidate qui propose de sanctionner d'une amende le port du voile dans l'espace public, qu'elle assimile à un "uniforme" islamiste.

Au contraire, Emmanuel Macron se pose en champion de la défense de toutes les libertés religieuses: si la candidate d'extrême droite "interdit le voile, de par notre Constitution, elle va devoir interdire la kippa, elle va devoir interdire la croix, elle va devoir interdire les autres signes religieux".

- "Juste milieu" -

La grande mosquée de Paris (GMP) et le Rassemblement des musulmans de France (RMF) ont appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle, dans deux communiqués distincts.

"Des forces malveillantes s'expriment aujourd'hui et appellent au bannissement des musulmans", écrit le recteur de la GMP (proche de l'Algérie), Chems-Eddine Hafiz, dans un communiqué. "Votons Emmanuel Macron", ajoute-t-il. "Votons pour que l'esprit du juste milieu l'emporte sur les extrêmes".

<p>La candidate RN à la présidentielle française Marine Le Pen (c) à Lauris, dans le Vaucluse, le 15 avril 2022</p>

En ce Vendredi saint, Marine Le Pen s'est aussi rendue à l'église Notre-Dame de la Purification, à Lauris. Comme en écho au président Macron qui a visité dans l'après-midi l'avancement du chantier de Notre-Dame de Paris.

Mme Le Pen, qui dénonce la "brutalité" des attaques du camp adverse, estime que "la brutalité qui est exprimée à mon égard est proportionnelle aux chances que j'ai de gagner cette élection".

A neuf jours du scrutin du 24 avril, le président sortant garde l'avantage dans les intentions de vote (de 53 à 55%) mais avec une marge moindre qu'il y a cinq ans (66/34%). Et avec toujours plusieurs inconnues, notamment le niveau de l'abstention et le report des 21,95% de voix qui se sont portées dimanche sur le candidat Insoumis Jean-Luc Mélenchon.

<p>Biographie et éléments de programme d'Emmanuel Macron</p>

Cette campagne d'entre-deux-tours ne ressemble en rien à celle du premier, dans l'ombre de la guerre en Ukraine qui avait beaucoup mobilisé le président-candidat.

Il n'avait fait qu'un seul meeting, peu de déplacements et s'était refusé à débattre avec les 11 autres prétendants à l’Élysée, déclenchant la colère de ses adversaires.

<p>Le président-candidat de LREM à sa réélection Emmanuel Macron (c) dans l'usine Siemens Gamesa qui produit des éoliennes au Havre, le 14 avril 2022</p>

Depuis le début de la semaine, Emmanuel Macron a considérablement allégé son agenda diplomatique. Il multiplie les immersions en région avant un grand meeting samedi à Marseille, avec des rencontres et échanges parfois vifs lors de bains de foule.

"Du terrain, du terrain, du terrain", explique un cadre de la majorité, avant le débat télévisé crucial de l'entre-deux tours mercredi prochain.

- "Qui fait peur ?" -

Changement de ton et de rythme aussi pour Marine Le Pen qui depuis plusieurs semaines favorisait les déplacements dans de petites localités de la "France des oubliés" autour de la thématique du pouvoir d'achat.

<p>Biographie et éléments de programme de Marine Le Pen</p>

Depuis lundi, elle va de média en média, organisant des conférences de presse sur la réforme des institutions et la diplomatie, deux sujets régaliens par excellence.

Tout a changé après le premier tour. "On est à fronts renversés: Emmanuel Macron va chercher dans cette campagne à rétablir une image de proximité qu'il n'a pas et Marine Le Pen va chercher à installer une image de crédibilité qu'elle a moins que Macron", analyse auprès de l'AFP Bernard Sananès, président de l'institut de sondage Elabe.

Interrogée vendredi sur BFMTV et RMC sur l'absence d'appels à voter pour elle, Mme Le Pen a répondu: "La vraie question (...) c'est : est-ce que c'est moi qui leur fais peur ou est-ce que c'est le pouvoir en place ?".

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