Ukraine: les combats s'intensifient dans l'est et le sud, Marioupol près de tomber

Joris FIORITI avec Anatoly STEPANOV à Kramatorsk
<p>Vue aérienne du village de Moschtun, près de Kiev, le 20 avril 2022</p>

Les combats s'intensifiaient mercredi dans l'est et le sud de l'Ukraine où l'armée russe semblait près de s'emparer du port stratégique de Marioupol, Kiev recevant cependant un soutien croissant des Européens et des Américains, notamment en armes lourdes.

"Nous ferons tout notre possible pour vous soutenir et pour faire en sorte que l'Ukraine gagne la guerre", a déclaré à Kiev le président du Conseil européen Charles Michel, venu rencontrer le président Volodymyr Zelensky. Il a notamment promis que des sanctions cibleraient bientôt les exportations russes de pétrole et de gaz, comme le réclame M. Zelensky.

Le président russe Vladimir Poutine "ne réussira ni à détruire la souveraineté de l'Ukraine, ni à diviser l'Union européenne", a ajouté M. Michel, à trois jours du verdict de la présidentielle en France lors de laquelle une victoire de la candidate d'extrême droite Marine Le Pen bouleverserait les équilibres européens.

Volodymyr Zelensky, a pour sa part évoqué la situation tragique à Marioupol, où les deniers militaires ukrainiens retranchés dans une usine, pilonnée et assiégée, ont avec eux "des centaines de blessés" et "environ un millier de civils, femmes et enfants", qu'ils "protègent au prix de leur vie".

Le ministère ukrainien de la Défense a souligné mercredi que l'armée russe "concentrait l'essentiel de ses efforts sur la prise de Marioupol et poursuivait ses tentatives d'assaut près de l'aciérie Azovstal", dernier îlot de résistance de ce port situé sur la mer d'Azov, à l'extrémité sud du Donbass.

Sviatoslav Palamar, commandant adjoint du bataillon Azov, une des deux formations ukrainiennes qui résistent encore à Marioupol, a souligné mercredi dans un message video sur Telegram que la situation était "critique" dans l'usine pilonnée par l'aviation russe avec "des bombes super puissantes". Il a appelé les dirigeants internationaux à "sauver avant tout" les civils se trouvant dans l'usine.

- "Bombes super puissantes" -

"Nous vivons peut-être nos derniers jours, voire nos dernières heures", avait déclaré dans la nuit de mardi à mercredi Serguiï Volyna, commandant de l'autre formation présente, la 36e brigade d'infanterie de marine, dans un message posté sur Facebook.

Après trois jours sans couloir humanitaire, Kiev a indiqué mercredi matin être arrivé à "un accord préliminaire" avec les Russes pour évacuer des civils de Marioupol vers Zaporijjia, à quelque 200 km au nord-ouest.

Mais les cars d'évacuation ont pris du retard et n'étaient plus attendus avant jeudi au plus tôt, a indiqué à l'AFP un responsable de l'accueil des réfugiés à Zaporijjia.

<p>Carte d'Ukraine pointant les combats ayant fait des victimes depuis le début du conflit le 24 février</p>

La situation dans la ville, où au moins 20.000 personnes ont péri depuis début mars selon le conseil municipal, est "catastrophique", selon la première vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.

La Russie, qui a lancé plusieurs ultimatums aux défenseurs de Marioupol, est déterminée à prendre ce port qui lui permettrait de faire la jonction entre la Crimée, qu'elle a annexée en 2014, et les républiques séparatistes du Donbass.

Sa prise permettrait aussi à Moscou d'injecter des forces supplémentaires dans l'offensive visant à prendre le contrôle de l'ensemble du Donbass, que les séparatistes contrôlent en partie depuis 2014.

Au-delà de Marioupol, les combats semblaient s'intensifier tant dans l'est que dans le sud de l'Ukraine.

- "Tentatives d'assaut" dans le Donbass -

Le ministère ukrainien de la Défense a fait état mercredi matin de "tentatives d'assaut" sur les localités de Soulyguivka et Dibrivné, dans la région de Kharkiv (est), ainsi que sur Roubijné et Severodonetsk, dans la région de Lougansk (est).

<p>Carte localisant les avancées des forces militaires russes dans Marioupol au 19 avril à 19h GMT</p>

"La situation se complique d'heure en heure", a écrit sur Telegram le gouverneur de Lougansk, Serguiï Gaïdaï, renouvelant ses appels aux civils à évacuer. "Mettez-vous en sécurité (...). Partez!", a-t-il écrit.

A Kramatorsk, grande ville de la région de Donetsk, des habitants interrogés par l'AFP s'attendaient au pire. "Ca va être le merdier", prédit Alexandre, 53 ans.

Les bombardements s'intensifiaient aussi dans le sud, notamment sur les villages de Mala Tokmatchka et d'Orikhiv, à 70 km au sud-est de Zaporijjia, a constaté un journaliste de l'AFP.

Alors que la guerre semblait encore lointaine la semaine dernière, désormais avec les frappes russes "les maisons tremblent et c'est beaucoup plus fréquent", a dit Vitaly Dovbnia, précisant avoir une valise prête dans le coffre de sa voiture.

<p>Epave d'un tank près de maisons détruites dans le village de Zalissya (Ukraine), au nord-est de Kiev, le 19 avril 2022</p>

Dans cette région, le ministère russe de la Défense a indiqué avoir notamment frappé les villages de Kisselivka et Novovorontsovka.

Selon un haut responsable américain du département de la Défense, la Russie a augmenté sa présence militaire dans l'est et le sud de l'Ukraine.

- Nouvelles armes pour Kiev -

"Cette nouvelle phase" de la guerre, comme l'a qualifiée mardi le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, s'annonce acharnée. D'autant que l'Ukraine reçoit désormais des armes lourdes que les Occidentaux hésitaient à lui fournir auparavant.

<p>Charles Michel (G) et Volodymyr Zelensky à Kiev le 20 avril 2022</p>

Après la livraison de pièces d'artillerie annoncée la semaine dernière par le président américain Joe Biden, les Ukrainiens ont désormais "à leur disposition plus d'avions de chasse qu'il y a deux semaines", a déclaré mardi le porte-parole du Pentagone John Kirby. Il a cependant précisé mercredi que contrairement à ce qu'il avait laissé entendre la veille, l'Ukraine avait reçu des pièces détachées permettant de remettre en état ses propres avions, et non de nouveaux avions.

"J'avais compris que l'offre d'un autre pays de la région de fournir des avions entiers à l'Ukraine ... avait été mise en oeuvre. Ce n'est pas le cas", a déclaré le porte-parole à la presse.

La Pologne avait précédemment déclaré mettre à disposition des Mig-29 soviétiques dont les pilotes ukrainiens sont familiers, mais sa proposition avait officiellement été écartée par les Etats-Unis de crainte d'une escalade.

Washington s'apprête aussi à approuver un nouveau paquet d'aide militaire s'élevant à 800 millions de dollars, moins d'une semaine après une annonce d'une tranche du même montant, selon plusieurs médias américains.

En retour, le président russe Vladimir Poutine a annoncé mercredi un essai réussi d'un nouveau missile balistique "qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays". Ce tir était un essai de "routine" et ne constituait "pas une menace" pour les Etats-Unis ni leurs alliés, a relativisé le Pentagone.

- Négociations au point mort -

L'appel mardi du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres à une trêve "humanitaire" de quatre jours pour les fêtes orthodoxes de Pâques - renouvelé mercredi par le coordinateur de l'ONU en Ukraine Amin Awad - semblait en revanche avoir peu de chances d'être entendu.

D'autant que les négociations russo-ukrainiennes, censées continuer en ligne depuis la dernière séance physique à Istanbul fin mars, semblent au point mort.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a affirmé mercredi que les Ukrainiens "ne cessent de se retirer de ce sur quoi il y avait des ententes". "La balle est dans leur camp", après que Moscou leur a remis "un projet de document", a-t-il ajouté sans préciser le contenu de ce texte.

Antonio Guterres a envoyé mardi des lettres aux présidents russe et ukrainien leur demandant de le recevoir d'urgence à Moscou et Kiev, a annoncé mercredi son porte-parole, Stéphane Dujarric.

L'invasion russe a déjà poussé vers les pays voisins de l'Ukraine, à commencer par la Pologne, plus de cinq millions d'Ukrainiens, un record depuis la Seconde guerre mondiale.

<p>Un blindé ukrainien près de la ligne de front dans le district d'Izioum en Ukraine, le 18 avril 2022</p>

Le conflit a aussi chamboulé certains grands équilibres mondiaux. Des pays européens qui ne faisaient pas partie de l'Otan semblent désormais prêts à rejoindre l'Alliance militaire, comme la Finlande, dont le Parlement entamait mercredi un débat sur une adhésion.

Sa candidature est désormais probable, et cette évolution est suivie de près par la Suède voisine, qui pourrait lui emboîter le pas.

Les ministres des Finances et les banquiers centraux des pays du G20, réunis mercredi pour la première fois depuis le début du conflit, risquaient de voir leurs discussions paralysées, les Occidentaux ayant demandé en vain à la présidence indonésienne que la Russie soit exclue.

La directrice générale du Fonds monétaire international Kristalina Georgieva a exhorté les pays à continuer leur coopération.

burs-cat/tbm/lpt/thm

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

Sur le même sujet