Ukraine: poursuite des combats, les espoirs de trêve s'envolent

Joris FIORITI, avec Joshua MELVIN à Kiev
<p>Un homme juché sur un toit observe à la jumelle de la fumée, à Lisichansk dans l'Est de l'Ukraine, le 22 avril 2022</p>

Les combats se poursuivent samedi en Ukraine, où les espoirs d'une trêve à l'occasion de la fête orthodoxe de Pâques restent lettre morte pour l'heure, et une nouvelle tentative d'évacuation de civils à Marioupol est annoncée.

Alors que la guerre entrera dimanche dans son troisième mois, le nombre de réfugiés fuyant l'invasion russe approche des 5,2 millions, selon l'ONU. Plus de 7,7 millions de personnes ont quitté leur foyer mais se trouvent toujours en Ukraine.

Le patriarche orthodoxe russe Kirill, allié du président russe Vladimir Poutine, a appelé à prier pour une "paix durable" sans évoquer l'idée d'une trêve pour le week-end pascal des chrétiens orthodoxes, dans un communiqué publié samedi par le Patriarcat de Moscou.

A Marioupol, port stratégique du Sud-Est de l'Ukraine en grande partie détruit par des semaines de bombardements, une tentative d'évacuation de civils est prévue vers la mi-journée, a annoncé la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk, avertissant toutefois que les forces russes pourraient vouloir organiser un autre couloir d'évacuation en parallèle, vers la Russie.

Moscou avait assuré jeudi avoir "libéré" Marioupol et M. Poutine avait ordonné d'assiéger, sans assaut, le complexe métallurgique Azovstal où sont retranchés des combattants ukrainiens. Ces derniers "tiennent bon" dans l'usine où se trouvent également des civils, a rétorqué Kiev vendredi.

Plusieurs couloirs humanitaires ont déjà dû être annulés en dernière minutes à Marioupol. Moscou et Kiev se sont rejetés la responsabilité de ces échecs.

L'Eglise orthodoxe ukrainienne, relevant du patriarcat de Moscou mais qui a pris ses distances envers le patriarche Kirill, s'était dite vendredi "prête à organiser une procession" pascale vers l'usine Azovstal à Marioupol pour "apporter une aide d'urgence et évacuer les civils" ainsi que "les militaires blessés.

Cette semaine a débuté la "deuxième phase de l'opération spéciale" lancée en Ukraine le 24 février par Moscou. "L'un des objectifs de l'armée russe est d'établir un contrôle total sur le Donbass et le sud de l'Ukraine", a affirmé vendredi un haut responsable militaire russe.

- "Ils bombardent tout" -

Les troupes russes, qui se sont retirées fin mars de la région de Kiev et du nord de l'Ukraine, occupent déjà une grande partie de l'est et du sud du pays. Il s'agit désormais d'"assurer un couloir terrestre" vers la Crimée et un accès à la Transdniestrie, région moldave prorusse où se trouve une garnison russe, a détaillé le général Roustam Minnekaïev, commandant adjoint des forces du District militaire du Centre de la Russie.

<p>Images satellite fournies par Maxar technologies montrant ce qui serait selon l'entreprise un ensemble de fosses communes à Manhush, à l'Ouest de Marioupol, aux 19, 26 et 30 mars</p>

Samedi matin, l'armée russe a dit avoir procédé durant les dernières 24 heures à 1.098 frappes avec de l'artillerie et des roquettes.

"Ils bombardent littéralement tout (...) tout le temps, H24", a écrit sur sa chaîne Telegram le gouverneur de la région de Lougansk (est), Serguiï Gaidai, appelant la population à évacuer. "Nous les chasserons, les repousserons complètement de notre terre, parce que c'est la nôtre", a-t-il assuré. Il a ensuite annoncé deux morts et deux blessés à Zolote après des tirs d'artillerie russe.

Egalement dans l'est, le gouverneur de Kharkiv, Oleg Synegoubov, a annoncé sur Telegram la reprise par les forces ukrainiennes "après de longs combats acharnés" de trois villages au nord de Kharkiv dont l'un, Proudïanka, est à une quinzaine de kilomètres de la frontière russe.

Deux personnes ont été tuées et 19 blessées par les bombardements russes dans la région de Kharkiv durant les dernières 24 heures, selon M. Synegoubov.

Selon le porte-parole du ministère ukrainien de la Défense, Kharkiv reste "partiellement bloquée" par les forces russes, notamment présentes au nord-ouest et qui "renforcent leurs positions" au sud de la ville.

<p>Vue aérienne de Marioupol, le 12 avril 2022 dans le sud-est de l'Ukraine</p>

Dans le Donbass, les troupes russes "concentrent leurs efforts dans la zone entre Slaviansk-Kramatorsk", conurbation située dans l'oblast de Donetsk, a annoncé Oleksiy Arestovytch, conseiller de la présidence ukrainienne. Plus au sud, elles "essaient de poursuivre leurs offensive sur la ville de Houliaïpole", dans l'oblast de Zaporojie, à mi-chemin entre la ville éponyme et Marioupol.

Entre les villes de Mykolaïv et Kherson, proches de la mer Noire, "l'ennemi tente d'améliorer ses positions tactiques et consolider" son contrôle sur "les frontières administratives de la région de Kherson, selon l'armée ukrainienne. Kherson est la seule capitale administrative capturée par les Russes lors des premiers jours de l'invasion.

- "Armes nécessaires" -

Commentant vendredi soir les plans russes, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a estimé que "cela ne fait que confirmer ce que j'ai dit à plusieurs reprises: l'invasion russe de l'Ukraine n'était censée être que le début, et ensuite ils veulent capturer d'autres pays".

<p>Des Ukrainiens déplacés, installés dans une usine à Severodonetsk dans l'Est de l'Ukraine, s'occupent de leur fillette de sept mois, le 22 avril 2022</p>

Les forces ukrainiennes continuent selon lui "de contenir les attaques des envahisseurs russes" dans l'est et le sud et le "défi numéro un" est actuellement "de fournir à nos militaires toutes les armes nécessaires".

Les autorités ukrainiennes, qui ont obtenu ces derniers jours une aide en armements plus substantielle des Occidentaux, continuent d'assurer qu'elle peuvent repousser l'armée russe hors de leur sol mais ont réclamé une trêve pascale. Celle-ci a été "rejetée" par Moscou, avait pesté jeudi M. Zelensky.

Le président du Conseil européen Charles Michel a demandé vendredi à M. Poutine de garantir des corridors humanitaires à Marioupol, à l'occasion dimanche des fêtes de Pâques orthodoxe.

Le Kremlin a affirmé cependant que Kiev refusait la reddition des derniers soldats ukrainiens présents à Azovstal, alors que l'armée russe se disait prête à observer "à tout moment" une trêve "sur tout ou partie" de ce site pour permettre l'évacuation de civils et la reddition de combattants.

Mardi, le secrétaire général de l'ONU avait dénoncé la nouvelle offensive russe et demandé aux deux parties d'arrêter les combats pour une "pause humanitaire" de quatre jours à l'occasion de Pâques orthodoxe. Antonio Guterres se rendra mardi à Moscou pour y rencontrer M. Poutine, et dans la foulée en Ukraine pour voir M. Zelensky.

<p>Des bâtiments endommagés par des frappes dans les faubourgs nord de Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine, le 22 avril 2022</p>

L'ONU a répertorié vendredi une série d'actions des militaires russes "pouvant relever de crimes de guerre".

La société américaine Maxar Technologies a diffusé des images satellite révélant, selon elle, "l'existence d'un deuxième cimetière qui s'est étendu au cours du dernier mois", à Vynohradne, à une douzaine de kilomètres de Marioupol.

- Fosses communes -

Un premier ensemble de possibles fosses communes avait été récemment mis au jour à Manhush (ouest de Marioupol).

Vendredi, la Russie a reconnu pour la première fois des pertes sur son croiseur Moskva, navire-amiral de la flotte de la mer Noire qui a coulé le 14 avril, avec un marin mort et 27 portés disparus.

<p>Une infirmière parle à une Ukrainienne déplacée âgée de 81 ans dans un hôpital de Severodonetsk dans l'Est de l'Ukraine, le 22 avril 2022</p>

Le naufrage du Moskva est largement considéré comme une humiliation pour la Russie et même des commentateurs pro-Kremlin ont réclamé des explications.

Moscou affirme que le navire a sombré à cause de l'explosion de munitions à bord et de mauvaises conditions météo ayant contrecarré les opérations de remorquage. L'Ukraine dit avoir coulé le bâtiment avec des missiles.

Les capitales s'attendent à un conflit appelé à durer. Le Premier ministre britannique Boris Johnson a qualifié vendredi de "réaliste" la possibilité que la guerre en Ukraine dure jusqu'à la fin 2023.

Washington a invité vendredi 40 pays alliés à se retrouver en Allemagne mardi pour discuter des besoins sécuritaires à long terme de l'Ukraine.

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