Procès #MeToo: L'artiste belge Jan Fabre condamné à 18 mois de prison avec sursis

Matthieu DEMEESTERE
<p>L'artiste et chorégraphe belge Jan Fabre photographié le 29 mars 2016 lors d'une conférence de presse à Athènes au musée de l'Acropole pour présenter l'affiche d'un festival</p>

L'artiste et chorégraphe belge Jan Fabre, accusé de "harcèlement sexuel" au sein de sa compagnie de danse, a été condamné vendredi à 18 mois avec sursis par le tribunal correctionnel d'Anvers (nord).

Une peine de trois ans de prison ferme avait été requise contre le plasticien, figure de l'art contemporain, mis en cause par douze ex-danseuses de sa compagnie, mais le tribunal a considéré que la moitié des accusations étaient prescrites ou non prouvées, certains faits remontant à 2002.

Le jugement a retenu l'agression sexuelle d'une des plaignantes et les violences ou humiliations subies par cinq autres.

L'artiste flamand récuse toutes les accusations portées contre lui. Il n'a pas assisté à son procès et était également absent au prononcé du jugement.

<p>L'entrée du 'Laboratorium', le siège de la compagnie de danse Troubleyn de Jan Fabre, à Anvers, le 13 septembre 2018</p>

"Nous sommes satisfaits de ce jugement", a réagi An-Sofie Raes, une des avocates représentant les parties civiles, citée par le quotidien flamand De Standaard.

Rattrapé par la vague #metoo en 2018, le Flamand de 63 ans, a été jugé pour "violence, harcèlement ou harcèlement sexuel au travail" à l'égard d'ex-danseuses de sa compagnie Troubleyn. Il a dû aussi répondre d'un "attentat à la pudeur" contre l'une d'elles. Des accusations pour lesquelles il encourait jusqu'à cinq ans de prison.

La condamnation à 18 mois est assortie d'un sursis à exécution pour une durée de cinq ans, période pendant laquelle Jan Fabre est privé de ses droits civiques, précise la copie du jugement transmise à la presse.

Le 25 mars, au premier jour du procès, il a été dépeint par les parties civiles comme un homme tyrannique, humiliant régulièrement les danseuses et ayant même pratiqué sur certaines d'entre elles un chantage à caractère sexuel.

L'une des jeunes femmes, danseuse débutante, avait décrit "un univers de travail toxique" lors de l'enquête.

Plusieurs victimes présumées ont raconté des séances photo à caractère érotique dirigées par le chorégraphe, sous le "faux prétexte" d'une publication dans une revue artistique. Certaines séances se terminaient par des rapports sexuels.

Ignorer ses avances pouvait valoir des brimades et des brutalités, a témoigné l'une d'elle.

- "Culture de la peur" -

Après ce portrait accablant, trois ans de prison ferme avaient été requis par la procureure. Celle-ci avait jugé les témoignages des victimes "très crédibles" et reproché au chorégraphe d'avoir instauré "une culture de la peur" dans la compagnie.

Sa défense a livré lors du procès une toute autre image de Jan Fabre, dépeint en "anar romantique", mais certainement "pas un criminel".

Son avocate Eline Tritsmans a admis le "fort caractère" de l'artiste, connu pour ses provocations, et le fait que travailler avec lui "c'est se donner à 100%" dans des performances éreintantes où l'on vise "le vrai épuisement, les vraies émotions".

"Il ne s'agit pas ici de mineurs sans défense qui sont abusés, mais de femmes fortes, éduquées, qui choisissent d'aller faire de la danse radicale avec Jan Fabre", avait plaidé Me Tritsmans.

Accusation phare du dossier, résumant aux yeux des victimes présumées sa tendance au harcèlement, la formule "Pas de sexe, pas de solo" avait été dénoncée par l'avocate comme "une rumeur, un cancan".

Les faits reprochés portent sur la période 2002-2018. En juin 2021, à l'issue de trois ans d'enquête, l'Auditorat du travail d'Anvers, section spécialisée du parquet, avait décidé de renvoyer Jan Fabre devant la justice pénale.

Les oeuvres (dessins, sculptures) de cet artiste protéiforme qui explorent les thèmes de la mort, de la métamorphose, de la religion ou des sciences, ont été exposées régulièrement en Europe, de Venise à Paris en passant par Saint-Pétersbourg. En 2002, il avait revêtu le plafond de la salle des glaces du palais royal de Bruxelles d'1,4 million d'élytres de scarabées aux reflets bleu et vert, l'une de ses réalisations les plus connues.

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