L'Ukraine espère la reprise des évacuations de Marioupol, Johnson s'adresse aux députés ukrainiens

Joris FIORITI
<p>Un blindé russe détruit dans le village de Shybyn, au nord-est de Kiev, le 2 mai 2022 en Ukraine</p>

L'Ukraine espère pouvoir reprendre mardi l'évacuation des civils de la ville assiégée de Marioupol, pendant que le Premier ministre britannique Boris Johnson s'adressera au Parlement ukrainien par visio-conférence, une première pour un dirigeant occidental depuis le début de la guerre.

Les évacuations devraient reprendre mardi matin avec le soutien des Nations unies et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Marioupol, ville martyre quasiment conquise par les Russes après des semaines de siège, a annoncé le conseil municipal de ce port stratégique du sud-est.

Ce week-end avait eu lieu la sortie, pour la première fois en deux mois de siège et de bombardements de la ville, d'une centaine de civils terrés dans les caves de l'immense aciérie Azovstal, dernière poche de résistance ukrainienne de ce port stratégique du sud du Donbass.

Mais lundi, à Zaporijjia, à 200 km au nord-ouest, un parking transformé en point d'accueil pour les réfugiés, avec deux 4x4 blindés de l'Unicef et d'autres véhicules d'ONG internationales, n'a vu arriver aucun convoi venant de Marioupol.

Dans la soirée, le régiment Azov, qui participe à la défense de l'aciérie, a expliqué "qu'après l'évacuation partielle des civils du territoire d'Azovstal, l'ennemi continue de tirer sur le territoire de l'usine, y compris des bâtiments où se cachent des civils".

Selon la vice-Première ministre ukrainienne, Iryna Verechtchouk, "des centaines de civils" restent "bloqués à Azovstal".

- "Heure de gloire" -

A l'intérieur de la ville, où l'AFP s'est rendue vendredi dans le cadre d'un voyage organisé par l'armée russe, aucun signe d'affrontement n'apparaît, hormis le grondement étouffé d'explosions provenant régulièrement d'Azovstal.

<p>Derniers développements de l'invasion russe en Ukraine, avec photos</p>

Après avoir vécu pendant des semaines dans des abris souterrains ou cloîtrés chez eux, les habitants sont ressortis, pour découvrir leur ville portuaire, autrefois vibrionnante, en ruines.

Dans le sud-ouest de l'Ukraine, le port d'Odessa est de nouveau la cible des missiles russes, le président ukrainien Volodymyr Zelensky ayant dénoncé lundi soir une frappe russe sur un "dortoir", tuant un adolescent et blessant une fille de 17 ans. "En quoi ces enfants et le dortoir ont-ils menacé l'Etat russe? C'est comme ça qu'ils se battent", a lancé M. Zelensky.

Les Ukrainiens craignent que la ville soit un des objectifs de la Russie, notamment depuis qu'un général russe a affirmé que l'offensive du Kremlin en Ukraine visait à établir un couloir de la Russie vers la région séparatiste moldave de Transdniestrie, qui passerait par Odessa.

Les alliés occidentaux accroissent leur pression sur Moscou et leur soutien à Kiev avec, mardi, un discours du Premier ministre britannique Boris Johnson par visioconférence devant le Parlement ukrainien, une première pour un dirigeant occidental depuis le début de l'invasion russe.

<p>Une femme ayant fui Marioupol arrive à un point d'accueil pour réfugiés à Zaporijjia, le 2 mai 2022 en Ukraine</p>

"C'est votre heure de gloire", doit-il dire aux députés ukrainiens selon un communiqué de Downing Street publié lundi soir, dressant un parallèle avec l'unité affichée par le Parlement et le peuple britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale. "Nous nous souvenons de notre période de grand péril comme de notre heure de gloire", doit-il affirmer lors de son allocution prévue vers 10H00 (heure britannique, 09H00 GMT).

Il doit annoncer à cette occasion un nouveau volet d'aides militaires d'une valeur de 300 millions de livres (357 millions d'euros), comprenant notamment du matériel d'armement défensif. Jusqu'à présent, le Royaume-Uni a fourni à l'Ukraine 5.000 missiles antichars, cinq systèmes de missiles antiaériens avec plus de 100 missiles et 4,5 tonnes d'explosifs.

- "Sang juif" -

Les Européens travaillent de leur côté à durcir leurs sanctions économiques contre Moscou. La Commission européenne devrait proposer mardi un 6e paquet de sanctions qui comprendrait un calendrier d'arrêt progressif des importations de pétrole russe, qui représentent 30% des importations de pétrole de l'Union européenne.

<p>Des automobilistes font la queue à une station-services, le 2 mai 2022 à Kiev, en Ukraine</p>

Si les 27 Etats membres s'entendent sur cette mesure, l'arrêt des achats de pétrole et de produits pétroliers à la Russie sera progressif, sur six à huit mois, mais avec des mesures à effet immédiat, notamment une taxe sur le transport par tankers, a confié un responsable européen.

Les nouvelles sanctions concerneront aussi "le secteur bancaire, il y aura d'autres banques russes qui sortiront de Swift", a précisé le haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères, Josep Borrell, à Panama lundi.

L'approche du 9 mai, date à laquelle la Russie célèbre la victoire sur l'Allemagne nazie en 1945, alimente les spéculations sur la façon dont Moscou pourrait annoncer des gains en Ukraine.

Lundi, le ministère ukrainien de la Défense a estimé possible que Moscou profite de ces célébrations pour "soulever la question" de l'intégration à la Fédération de Russie des "républiques" séparatistes et prorusses du Donbass, dont Moscou a reconnu l'indépendance juste avant d'envahir l'Ukraine.

A Washington, l'ambassadeur américain auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Michael Carpenter, a fait état d'informations "très crédibles" selon lesquelles la Russie entend organiser "vers la mi-mai" des référendums pour "tenter d'annexer" les "républiques" séparatistes prorusses de Donetsk et Lougansk, dans le Donbass (est de l'Ukraine).

Le gouverneur de la région de Lougansk a dit s'attendre à "une intensification des bombardements" à l'approche du 9 mai.

<p>Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le 27 avril 2022 à Moscou</p>

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a toutefois démenti une action militaire russe particulière à cette occasion, dans un entretien à la chaîne de télévision italienne Mediaset diffusée dimanche.

Cet entretien a fait grand bruit pour d'autres propos tenus par M. Lavrov, selon qui "Hitler avait aussi du sang juif", suscitant des tensions diplomatiques avec Israël.

"Les propos du ministre Lavrov sont à la fois scandaleux, impardonnables et une horrible erreur historique", a condamné lundi son homologue israélien Yaïr Lapid dans un bref communiqué. Il a précisé que l'ambassadeur de Russie en Israël avait été convoqué pour des "clarifications".

Sur le terrain, dans le Donbass, les forces russes poursuivent leur offensive, avec des combats particulièrement intenses autour d'Izioum, de Lyman et de Roubijné, dont les Russes tentent de "prendre le contrôle pour préparer leur attaque sur Severodonetsk", l'une des grandes villes du Donbass encore contrôlées par Kiev, a indiqué lundi l'état-major ukrainien.

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