Le PS sur le point d'intégrer une alliance historique menée par LFI

Baptiste BECQUART
<p>French Socialist Party spokesperson Pierre Jouvet arrives at French leftist movement La France Insoumise's (LFI) headquarters in Paris on May 4, 2022 after the two parties concluded an agreement for the June 2022 parliamentary elections in France.</p>

Vers une alliance historique à gauche: la France insoumise et le Parti socialiste ont conclu un accord mercredi pour les législatives. Mais le vote d'approbation interne aux socialistes s'annonce délicat et l'ex-Premier ministre Bernard Cazeneuve a déjà claqué la porte du PS.

EELV dimanche soir, le PCF mardi et le PS mercredi. La France insoumise, forte des 22% de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, est en passe de réunir ses anciens concurrents pour les scrutins des 12 et 19 juin.

Après une semaine de négociations, Insoumis et socialistes se sont accordés dans la nuit de mardi à mercredi sur l'épineux dossier des circonscriptions, puis ont annoncé l'accord global dans l'après-midi.

Le but affiché, "empêcher Emmanuel Macron de poursuivre sa politique injuste et brutale et battre l'extrême-droite", déclarent les deux formations. Corollaire, "le Premier ministre serait issu du plus grand groupe à l'Assemblée, soit Jean-Luc Mélenchon".

Aussitôt, plusieurs figures historiques du PS, à commencer par François Hollande, ont regretté que le PS rejoigne la "Nouvelle union populaire écologique et sociale" menée par LFI.

L'ancien Premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a carrément annoncé son départ du PS, rappelant avoir "eu à subir la violence, l'outrance des positions, les insultes aussi" de la part des Insoumis quand il était au gouvernement.

Les socialistes obtiennent 70 circonscriptions, a indiqué la direction du PS à l'AFP, arguant que les "députés sortants désireux de l'accord ont été préservés".

Selon la liste consultée par l'AFP, une bonne vingtaine de circonscriptions sont gagnables. Mais trois sortants ont été sacrifiés: David Habib dans les Pyrénées-Atlantiques, Christian Hutin dans le Nord et Michèle Victory dans l'Ardèche. Auxquels s'ajoute la 1ère circonscription dans la Loire de Régis Juanico (Générations), que le PS pensait récupérer.

Le texte programmatique a aussi nécessité plusieurs compromis. Figure ainsi explicitement, à la demande du PS, "la défense de la République laïque et universaliste".

Les deux formations assument "des histoires différentes avec la construction européenne", mais l'objectif est commun: "mettre fin au cours libéral et productiviste de l'Union européenne".

LFI et le PS font un compromis lexical sur les traités en appelant à "ne pas respecter certaines règles" qui empêcheraient l'application du programme. "Nous parlons de désobéir pour les uns, de déroger de manière transitoire pour les autres".

Pour la retraite à 60 ans, elle sera "pour tous" mais le PS a fait ajouter: "avec une attention particulière pour les carrières longues, discontinues et les métiers pénibles".

N'ont pas posé de problème le SMIC à 1.400 euros nets, le blocage des prix de première nécessite, l'abrogation de la loi El-Khomri (une socialiste), la planification écologique, la VIe République...

L'accord n'est pas encore tout à fait effectif: le Conseil national sera convoqué pour jeudi soir par le bureau national, l'exécutif du PS. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, veut prendre le temps de convaincre ses 300 membres.

"Je ne dirais pas que c'est une formalité, au contraire", avertit son entourage. "Il y aura des déçus, chez les fédérations moins servies que d'autres" en circonscriptions.

- "Prouesse" -

Le nombre de circonscriptions obtenues est inférieur à celui d'EELV - une centaine dont une trentaine gagnable - mais supérieur aux communistes - 50 dont 16 gagnables.

La direction du PS estime qu'obtenir 70 circonscriptions est "une prouesse" au vu des "1,7% de la présidentielle", le score d'Anne Hidalgo.

Elle déplore en revanche la bataille perdue pour Lamia El Aaraje dans la 15e circonscription de Paris, où va être investie l'insoumise historique Danielle Simonnet.

Mécontente pour cette protégée d'Anne Hidalgo, mais aussi pour d'autres circonscriptions, la fédération PS de Paris va probablement appeler ses représentants au Conseil national à voter contre l'accord, a indiqué à l'AFP Rémi Féraud, chef de la majorité socialiste au Conseil de Paris.

Anne Hidalgo, elle, n'a pas l'intention de sortir de son silence, préférant "se concentrer sur Paris", selon son entourage à l'AFP.

<p>French leftist movement La France Insoumise's (LFI) leader and three times presidential candidate Jean-Luc Melenchon arrives at LFI's headquarters in Paris on May 3, 2022, where discussions are underway on a broad alliance between the four main leftists parties for June parliamentary polls.</p>

Les nouveaux partenaires vont se retrouver pour une "photo de famille" rapidement, selon plusieurs cadres de partis, avant la convention d'investiture commune, qui est en train d'être conçue pour samedi.

En plus du vote délicat au Conseil national, Olivier Faure doit composer avec la fronde de plusieurs figures du parti. François Hollande a dit au quotidien la Montagne "récuser l'accord sur le fond et même sur les circonscriptions".

L'ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault a dénoncé auprès de l'AFP un "rafistolage" et le "prix exorbitant" payé par le PS.

"La sympathie ne peut couvrir les désaccords. Ici se termine notre aventure commune", a tweeté Claude Bartolone, ancien président de l'Assemblée nationale, en répondant à Stéphane Troussel, le patron du conseil départemental de Seine-Saint-Denis qui défendait l'accord.

Face à cette fronde, Olivier Faure a, dans un tweet, cité Jaurès: "C'est en allant vers la mer que le fleuve est fidèle à sa source".

<p>Former French president Francois Hollande (C) leaves with French actress Julie Gayet (L) and Tulle's mayor Bernard Combe after casting his ballot for the second round of the Presidential elections at a polling station in Tulle, on April 24, 2022.</p>

Les dissidences pourraient toucher tous les partis. A Vénissieux dans la banlieue de Lyon, la maire communiste Michèle Picard n'entend pas céder sa place à l'Insoumis investi, le journaliste controversé Taha Bouhafs.

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