Ukraine: la Hongrie contrarie la volonté de l'UE d'imposer un embargo sur le pétrole russe

Christian SPILLMANN
<p>La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à Bruxelles le 4 mai 2022</p>

La volonté de l'Union européenne d'interdire les importations de pétrole russe et d'imposer de nouvelles sanctions afin de "faire payer le prix fort" de la guerre en Ukraine au président Vladimir Poutine a été freinée mercredi par la Hongrie, accusée par les dirigeants ukrainiens de "complicité" de crimes de guerre.

Le projet "ne peut pas être soutenu dans sa forme actuelle. En toute responsabilité, nous ne pouvons pas voter pour", a annoncé le ministre des Affaires étrangères hongrois Peter Szijjarto.

L'unanimité des 27 est impérative pour l'adoption de sanctions par l'UE. Elle a été obtenue pour les cinq précédentes séries de sanctions.

Le gouvernement ukrainien a réagi durement à la prise de position hongroise. "Si un pays s'oppose à un embargo sur le pétrole russe, cela signifie une chose: ce pays est du côté des Russes et il partage la responsabilité pour tout ce qui est fait par la Russie en Ukraine", a accusé le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba.

A New York, les cours du pétrole se sont envolés mercredi, sous l'effet du projet d'embargo européen. Le Brent a ainsi gagné près de 5% pour finir à 110,14 dollars, son plus haut niveau depuis deux semaines et demi.

La Commission préconise dans son 6e paquet de sanctions "une interdiction de tout le pétrole russe, brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc" pour fin 2022, a expliqué sa présidente Ursula von der Leyen au Parlement européen.

Le secteur financier est également visé avec l'exclusion de la plus importante banque russe, la Sberkank (37% du marché) et de deux autres établissements du système financier international Swift. Et trois canaux télévisés russes, dont Russia 24 et Russia RTR, seront interdits de diffusion dans l'UE, selon le document consulté par l'AFP.

Le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kirill, soutien affiché à l'offensive russe, figure au nombre des nouvelles personnalités sur la liste noire de l'UE avec la famille du porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, et de nombreux militaires soupçonnés de crimes de guerre à Boutcha.

- "Rendre des comptes" -

<p>Le chef de l'Eglise orthodoxe russe, le patriarche Kirill, le 6 janvier 2022 à la cathédrale du Christ Sauveur, à Moscou</p>

"Nous adressons ainsi un autre signal fort à tous ceux qui mènent la guerre du Kremlin: nous savons qui vous êtes, et vous devrez rendre compte de vos actes", a lancé Ursula von der Leyen.

La proposition a été transmise dans la nuit de mardi à mercredi aux Etats membres. Leurs ambassadeurs à Bruxelles ont eu une première réunion mercredi. "Certains Etats membres ont exprimé leur préoccupation vis-à-vis de l'embargo", a confié un diplomate européen.

L'objectif est une entrée en vigueur pour la célébration de la 72ème journée de l'Europe le 9 mai. Cette date est également célébrée en Russie comme le "jour de la Victoire" sur l'Allemagne nazie.

"Ce ne sera pas facile", a reconnu la présidente de l'exécutif européen. Mais "Poutine doit payer le prix fort pour sa brutale agression", a-t-elle affirmé sous les applaudissements des eurodéputés.

"Le désir de sanctionner des Américains, des Européens et d'autres pays est une arme à double tranchant. En essayant de nous faire mal, ils devront aussi payer le prix fort. Ils le payent déjà. Et le coût des sanctions pour les citoyens de l'Europe va croître de jour en jour", a averti Dmitri Peskov.

<p>Le président russe Vladimir Poutine en réunion avec son ministre du Travail et de la Protection sociale Anton Kotyakov, le 4 mai 2022 à Novo-Ogaryovo, près de Moscou</p>

"Nous ne pouvons pas garantir qu'il n'y aura pas de perturbations" dans les approvisionnements en pétrole en Allemagne, a reconnu le ministre allemand de l'Energie Robert Habeck.

L'UE a déjà décidé de cesser ses achats de charbon et trouvé d'autres fournisseurs aux Etats-Unis pour un tiers de ses achats de gaz russe.

- "Pas suffisant" -

Le calendrier pour le pétrole prévoit l'arrêt des importations de brut dans les six mois et des produits raffinés d'ici fin 2022.

Plusieurs pays sont "fortement dépendants" et une dérogation est proposée pour permettre à la Hongrie et à la Slovaquie de poursuivre leurs achats à la Russie jusqu'à fin 2023. Ces deux pays sont enclavés et dépendants des livraisons par l'oléoduc Droujba.

La République tchèque a demandé à bénéficier elle aussi de cette possibilité et, comme la Slovaquie, souhaite poursuivre ses achats pendant encore deux ou trois ans.

"Chaque nouveau paquet de sanctions contre la Russie est plus difficile à adopter, car il impose des choix politiques", a souligné le responsable européen. "Rien n'est garanti pour son adoption", a-t-il averti.

"Des travaux techniques intenses sont prévus au cours des prochains jours pour tenter d'adopter ce 6e paquet avant le week-end", selon le diplomate. Des ajustements et des modifications seront sans doute nécessaires, a reconnu la Commission.

En 2021, la Russie a fourni 30% du brut et 15% des produits pétroliers achetés par l'UE. Elle fournit annuellement 150 milliards de m3 de gaz.

Les achats européens financent l'effort de guerre de Moscou et abondent le budget russe à hauteur de 800 millions d'euros chaque jour.

Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine, les importations européennes de gaz, pétrole et charbon ont rapporté 44 milliards d'euros au Kremlin, indique une étude du Crea, centre de réflexion basé en Finlande. Les quatre principaux acheteurs sont l'Allemagne, l'Italie, les Pays-Bas et la France.

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