Ukraine : poursuite des évacuations à Marioupol et de l'offensive russe

Joshua MELVIN avec Dmitry ZAKS à Kramatorsk
<p>Olga Babich, qui a fui son village de Mali Shcherbaky, embrasse sa fille après son arrivée à Zaporijjia le 6 mai 2022</p>

Les évacuations de civils devaient se poursuivre à Marioupol samedi, de même que l'offensive russe qui ne connaît pas de trêve à l'approche des célébrations à Moscou de la victoire sur l'Allemagne nazie le 9 mai.

"Nous allons poursuivre (samedi) notre opération d'évacuation" à Azovstal, a déclaré vendredi soir la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.

Ces nouvelles tentatives viendraient compléter celles des jours précédents. Vendredi, 50 personnes ont ainsi pu quitter l'immense aciérie Azovstal, la dernière poche de résistance des forces ukrainiennes dans cette cité portuaire du sud-est.

Il s'agit de femmes, d'enfants et de personnes âgées.

Ces opérations, qui se déroulent sous l'égide de l'ONU et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), ont commencé il y a une semaine et ont permis, selon Kiev, à près de 500 civils de fuir.

- Frappes de missiles -

Parallèlement, le ministère ukrainien de la Défense a affirmé dans son rapport matinal samedi que "l'ennemi n'arrêtait pas son offensive".

"A Marioupol, l'ennemi continue de bloquer des unités de la défense ukrainienne dans le quartier d'Azovstal", a assuré le ministère, qui a aussi évoqué la destruction de trois ponts routiers par les Russes "pour ralentir la contre-offensive" dans la région de Kharkiv.

Des frappes de missiles ont été signalées vendredi et samedi dans cette région du nord-est ainsi que dans la ville de Mykolaïv (sud) et autour de Donetsk (est), selon la même source.

Vendredi soir, deux tirs de roquettes ont atteint Odessa, le grand port ukrainien sur la mer Noire, sans faire de victimes, selon le Commandement sud des forces ukrainiennes.

<p>Des soldats ukrainiens se déplacent à bord d'un véhicule blindé le 6 mai 2022 près de Mayaky, dans l'est de l'Ukraine</p>

A l'approche du 9 mai, les autorités s'attendent à une intensification des frappes russes.

"S'il-vous-plaît, n'ignorez pas les alertes aériennes et gagnez immédiatement les abris, le risque de bombardements est très probable dans toutes les régions d'Ukraine", a averti vendredi le maire de Kiev, Vitaly Klitschko, ajoutant qu'aucune commémoration du 9 mai n'aurait lieu dans la capitale ukrainienne.

- "Cadeau à Poutine" -

"L'ennemi cherche à achever les défenseurs d'Azovstal, il essaie de faire cela avant le 9 mai pour faire un cadeau à Vladimir Poutine", a affirmé Oleksiï Arestovytch, un conseiller du président Volodymyr Zelensky.

La Russie n'a jusqu'à présent pu revendiquer le contrôle complet que d'une ville d'importance, Kherson.

Samedi à Moscou, l'armée russe effectuait sur la Place Rouge les dernières répétitions avant le traditionnel défilé militaire du 9 mai, en présence de soldats ayant participé à l'offensive en Ukraine.

<p>Une équipe de déminage ukranienne s'abrite avant la destruction de restes d'un missile à Hryhorivka (Ukraine) le 5 mai 2022</p>

Dans la matinée, l'état-major de l'armée ukrainienne a affirmé que les forces russes avaient continué la veille leur attaque de l'aciérie Azovstal de Marioupol, en dépit du cessez-le-feu qu'elles ont unilatéralement décrété jeudi pour trois jours.

Cette cité qui comptait près de 500.000 habitants avant la guerre a été dévastée par deux mois de siège et de bombardements russes.

Dans l'est, Severodonetsk, l'une des principales villes du Donbass encore aux mains des Ukrainiens, est "quasiment encerclée", a reconnu son maire vendredi.

- Bombardements -

<p>Invasion de l'Ukraine par la Russie, derniers développements</p>

"Des bombardements tous les jours, tous les jours, le matin, l'après-midi et le soir. Il n'y a pas eu un jour sans bombardement, pas un jour", a raconté à l'AFP Olga Babitch après avoir quitté son village et atteint Zaporijjia, dans le sud de l'Ukraine.

De leur côté, les forces ukrainiennes continuent de résister à la pression de l'armée russe. Selon un rapport diffusé par le ministère britannique de la Défense, "le conflit en Ukraine engendre des dégâts dans les unités russes les plus aptes" au combat.

Samedi, l'armée ukrainienne a revendiqué la destruction d'un bateau de guerre russe près de l'île aux Serpents en mer Noire, ce que Moscou n'a pas confirmé. Cette endroit est devenu un symbole de la résistance à l'invasion russe.

Un drone Bayraktar TB2, un engin mis au point en Turquie, "a touché un navire de débarquement du projet 11770 Serna ainsi que deux systèmes de missiles sol-air de type Tor", a dit la marine ukrainienne, sans fournir de dates.

En marge du conflit, les autorités de la région séparatiste prorusse de Transdniestrie, en Moldavie, ont annoncé samedi que quatre explosions avaient eu lieu vendredi soir dans un village frontalier de l'Ukraine, sans faire de victimes.

La crainte que le conflit en Ukraine ne s'étende à la Transdniestrie s'est amplifiée ces dernières semaines après qu'un général russe a révélé que l'offensive en Ukraine visait à établir un couloir vers ce petit territoire.

<p>Une femme ramasse des débris pour les jeter dehors d'un appartement endommagé par un tir de missile à Kramatorsk, est de l'Ukraine le 5 mai 2022</p>

Les Etats-Unis ont quant à eux annoncé vendredi une nouvelle aide militaire, de 150 millions de dollars, à l'Ukraine, mais ont prévenu que les fonds alloués aux livraisons d'armes à Kiev étaient désormais "pratiquement épuisés".

D'un niveau bien en deçà des précédents envois d'équipements américains, elle comprend, entre autres, 25.000 obus de 155 mm, des radars de contrebatterie pour repérer les tirs d'artillerie russes et des appareils de brouillage des communications.

"Le Congrès doit rapidement débloquer l'enveloppe requise pour renforcer l'Ukraine sur le champ de bataille et à la table des négociations", a déclaré le président Joe Biden dans un communiqué au sujet de la colossale rallonge budgétaire de 33 milliards de dollars demandée au parlementaires américains.

- Conséquences dans le monde -

Dans sa première manifestation d'unité depuis le début de l'offensive russe en Ukraine le 24 février, le Conseil de sécurité des Nations unies -où la Russie, un de ses cinq membres permanents, dispose d'un droit de veto- a apporté son "ferme soutien" à "la recherche d'une solution pacifique" dans ce pays.

<p>La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, à Barcelone le 6 mai 2022</p>

La principale instance de l'ONU, qui exprime en outre sa "profonde préoccupation concernant le maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine", apporte à cet égard un "ferme soutien" au secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres "dans la recherche d'une solution pacifique".

De son côté, la Commissaire du Conseil de l'Europe pour les droits de l'Homme, Dunja Mijatovic, a dénoncé samedi les violations "vertigineuses" des droits humains et du droit humanitaire international par l'armée russe en Ukraine, après une visite de quatre jours à Kiev et dans sa région.

Samedi à Bucarest, la Première dame des Etats-Unis, Jill Biden, en déplacement en Europe pour exprimer son soutien à l'Ukraine et aux pays qui l'aident, a rencontré des familles de réfugiés ayant fui l'invasion russe.

Sur le front des sanctions occidentales, la Hongrie persévérait vendredi dans son blocage du projet d'embargo européen sur l'importation de pétrole russe et de difficiles négociations étaient en cours entre les 27 Etats membres de l'UE pour trouver un accord ce week-end, ont dit à l'AFP plusieurs sources diplomatiques.

<p>Des sacs de céréales dans un entrepôt du Programme alimentaire mondial (PAM) à Kandahar (Afghanistan) le 21 avril 2022</p>

Par ailleurs, l'Allemagne, qui va fournir sept obusiers blindés aux Ukrainiens, a annoncé que les dirigeants des grandes puissances du G7 allaient avoir dimanche une réunion virtuelle consacrée à la guerre en Ukraine à laquelle doit prendre part le président Zelensky.

Car les conséquences de ce conflit dans le reste du monde commencent à se faire sentir.

L'Afrique fait face à une crise "sans précédent" provoquée par la situation actuelle Ukraine en particulier avec la flambée des prix des denrées alimentaires et du carburant, ont averti vendredi des responsables du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud).

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