Soutien du G7 à l'Ukraine "jusqu'à la victoire", montée des accusations de crimes de guerre

Isabelle LE PAGE avec Patrick FORT à Kiev
<p>Un Ukrainien désigne à des enquêteurs la fosse où trois civils ont été enterrés dans le village de Stepanky, près de Kharkiv, le 11 mai 2022</p>

Le G7 a affiché vendredi son unité pour soutenir le combat de l'Ukraine "jusqu'à la victoire" au moment où les accusations de crimes de guerre s'accumulent contre l'armée russe.

Le Royaume-Uni a demandé vendredi "plus d'armes" pour l'Ukraine et de nouvelles sanctions contre la Russie, et la France a assuré à Kiev le soutien du G7 "jusqu'à la victoire", à l'occasion d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du groupe des Sept dans le nord de l'Allemagne.

"Nous ne sommes pas en guerre contre la Russie, c'est la Russie qui est en guerre contre l'Ukraine: il y a un agresseur et un agressé et nous soutenons l'agressé", a déclaré le ministre français Jean-Yves Le Drian.

L'Union européenne a annoncé à l'occasion de cette réunion qu'elle allait fournir une aide militaire supplémentaire de 500 millions d'euros à l'Ukraine, portant ainsi son financement de l'effort militaire ukrainien "à 2 milliards d'euros au total".

En visite au Tadjikistan, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a lui accusé l'UE de s'être transformée en acteur "agressif et belliqueux".

Les ministres des Affaires étrangères du G7 (Allemagne, France, Italie, Canada, Etats-Unis, Japon et Royaume-Uni), rejoints par leurs homologues ukrainien Dmytro Kouleba et moldave Nicu Popescu, sont réunis jusqu'à samedi.

- "Camps de filtration" -

Les accusations de crimes s'accumulaient vendredi contre l'armée russe sur le sol ukrainien à la 12ème semaine de guerre, notamment le déplacement de force de milliers de personnes dans des "camps de filtration".

Les chaînes américaine CNN et britannique BBC ont diffusé jeudi des images de vidéosurveillance les décrivant comme le meurtre de deux civils ukrainiens, sans armes, abattus par des soldats russes dans la banlieue de Kiev, mi-mars.

Les militaires les fouillent avant de partir le long d'un commerce, puis ils reviennent sur leurs pas et leur tirent dans le dos.

Selon CNN, le Parquet ukrainien enquête sur ces faits sur la base d'accusations de crimes de guerre. L'AFP n'a pas été en mesure de vérifier les images de façon indépendante.

Cette vidéo s'ajoute aux nombreux témoignages sur les exactions dont sont accusées par Kiev les troupes russes en Ukraine.

Le parquet de la région de Kharkiv, dans l'est du pays, et des témoins interrogés par l'AFP ont accusé jeudi les forces russes d'avoir tiré depuis un char le 27 mars sur une maison dans un village près de la deuxième ville d'Ukraine, tuant plusieurs civils.

A l'arrivée du char, les habitants "se sont mis à rentrer dans la maison pour se cacher. Il a tiré dans la porte juste après. Quatre personnes sont mortes, deux ont été blessées", a raconté en pleurs à l'AFP Olga Karpenko, 52 ans, dont la fille est l'une des victimes, tuée par un éclat d'obus.

Un soldat russe de 21 ans doit être jugé pour crime de guerre en Ukraine, premier procès avec ce chef d'accusation dans le pays depuis le début de l'invasion par la Russie le 24 février.

- Retour de réfugiés au pays -

Les actes de l'armée russe feront l'objet d'investigations, notamment de la commission spéciale du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, qui en a reçu le feu vert jeudi, de la Cour pénale internationale et des autorités ukrainiennes.

Les Etats-Unis ont accusé jeudi l'armée russe d'avoir transféré, "de force", "plusieurs milliers" d'Ukrainiens dans des "camps de filtration", les soumettant à un traitement "brutal".

Moscou aurait aussi déplacé "au moins plusieurs dizaines de milliers d'autres (Ukrainiens) en Russie ou dans des territoires contrôlés par la Russie", a ajouté l'ambassadeur américain auprès de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), Michael Carpenter.

Kiev a avancé le nombre de 1,2 million de personnes déportées par Moscou en Russie.

<p>Un soldat ukrainien assis sur un char transporté par un camion près de Bakhmut, dans l'est de l'Ukraine, le 12 mai 2022</p>

L'Ukraine a aussi vu plus de six millions des siens fuir le pays, dont plus de la moitié - 3,27 millions - vers la Pologne, a souligné le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève, relevant toutefois que le flot de ces départs s'est considérablement tari au fil des semaines.

La tendance s'est même inversée.

Le solde global reste cependant encore largement négatif - avec 5,9 millions de départs pour 1,56 million de retour, toujours selon les garde-frontières.

- Relancer l'économie -

Après avoir visé la prise de Kiev, les troupes russes ont battu en retraite des environs de la capitale et du Nord, ouvrant la voie au retour d'une partie des habitants et à la réouverture de commerces.

"La demande des consommateurs augmente, les connexions se renouvellent" à Kiev et sa région, se félicite dans un entretien accordé à l'AFP le ministre ukrainien des Finances Serguiï Martchenko, selon lequel le retour d'ambassades dans la capitale "donne un signal aux citoyens de revenir" et "de relancer leurs activités économiques".

Nombre d'entreprises ont par ailleurs transféré leurs activités dans l'ouest du pays, relativement épargné, alors que les combats font toujours rage dans l'est et le sud et que des frappes russes continuent à travers le pays.

Depuis l'offensive russe, le secteur ukrainien des hautes technologies a dû s'adapter, devenant un des poumons économiques du pays et un des soutiens de son effort de guerre.

"La plupart des entreprises de la Tech avait développé des plans d'urgence" avant le début de l'invasion le 24 février, explique à l'AFP Stepan Veselovskiï, le président du syndicat professionnel "IT Cluster Lviv".

Des serveurs avaient été transférés dans des zones sûres et des systèmes de sauvegarde développés à l'étranger, détaille-t-il.

Quand les bombardements ont commencé, les entreprises ont fermé leurs bureaux de Kiev ou Kharkiv, à l'est, et leurs ingénieurs ou développeurs se sont réfugiés en Pologne, Hongrie... ou dans l'ouest du pays, davantage épargné.

A ce jour, le tableau est néanmoins désastreux pour le pays, qui était déjà un des plus pauvres d'Europe avant l'invasion.

Si le Fonds monétaire international (FMI) anticipe l'effondrement du PIB ukrainien à 35% cette année, M. Martchenko s'attend lui à la chute de 45 à 50% et évalue les dommages globaux causés à l'économie à ce stade à "environ 600 milliards de dollars".

"Lorsque l'occupant entre sur le territoire ukrainien, il vole. Il ne fait pas que détruire les infrastructures, les commerces, tuer des gens: des céréales sont volées, (comme) d'autres ressources minérales", accuse-t-il.

Le ministre allemand de l'Agriculture, Cem Özdemir, a qualifié vendredi de "répugnants" les vols de céréales.

Sur le terrain, le ministère russe de la Défense a indiqué vendredi que l'armée russe avait mené des frappes avec des missiles mer-sol et air-sol sur une raffinerie dans la région de Poltava dans l'est du pays, ainsi que sur des dépôts de carburant.

Le gouverneur de la région de Soumy (est) a fait état vendredi d'une frappe nocturne, sans victimes, dans la région, et l'armée ukrainienne a averti un peu plus tôt que la Russie allait "intensifier" ses attaques sur les zones de Tcherniguiv et Soumy dans le nord du pays.

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