Guerre en Ukraine : la situation sur le terrain au 83e jour

Afp
<p>Un employé nettoie les débris devant un bâtiment de l'administration régionale ukrainienne endommagé par les bombardements russes, le 16 mai 2022 à Kharkiv (Ukraine)</p>

Le début de la fin des combats à Marioupol ? Moscou a annoncé mardi la reddition de 265 soldats ukrainiens retranchés dans l'immense aciérie Azovstal, l'ultime poche de résistance face à l'armée russe, dans ce port stratégique du sud de l'Ukraine, sur la mer d'Azov.

Au 83e jour de la guerre, cette évacuation rend encore plus inéluctable la chute complète de la cité, presque entièrement détruite après environ trois mois de combats et de bombardements incessants. Sa conquête totale permettrait aux forces russes de faciliter la jonction entre la Crimée (sud) et le Donbass (est).

Voici un point de la situation à partir d'informations des journalistes de l'AFP sur place, de déclarations officielles ukrainiennes et russes, de sources occidentales, d'analystes et d'organisations internationales.

- L'Est -

A Severodonetsk, une ville devenue capitale régionale pour les Ukrainiens depuis que des forces séparatistes prorusses se sont emparées d'une partie du Donbass en 2014, "au moins 10 personnes ont été tuées" dans des bombardements russes, a annoncé lundi le gouverneur de la région.

Cette cité est quasiment encerclée par les soldats ennemis.

Malgré les appels des autorités ukrainiennes à évacuer Lyssytchansk, qui n'est séparée de Severodonetsk que par un cours d'eau, le Seversky Donets, et qui est régulièrement bombardée, plus de 20.000 civils - contre 100.000 habitants avant la guerre - sont restés, selon des volontaires qui distribuent de l'aide dans la région.

- Le Nord-Est -

Les Ukrainiens ont repris le contrôle d'une partie de la frontière avec la Russie dans la région de Kharkiv, assure Kiev, qui s'attend à ce que les unités désengagées de la région aillent renforcer les troupes russes dans le Donbass, où elles ne progressent que difficilement.

- Le Sud -

Les soldats qui sont sortis d'Azovstal à Marioupol ont "rempli leur mission de combat", a déclaré l'état-major ukrainien. Ordre a été donné à leurs commandants de "sauver la vie" de ceux qui restent. "Malheureusement, aujourd'hui, l'Ukraine ne peut pas débloquer Azovstal par des moyens militaires", a expliqué de son côté le ministère ukrainien de la Défense.

Le ministère russe de la Défense a annoncé que 265 combattants avaient "rendu les armes et (s'étaient) constitués prisonniers, dont 51 grièvement blessés".

"Tous ceux qui ont besoin d'une assistance médicale sont envoyés vers l'hôpital de Novoazovsk", en territoire séparatiste prorusse, a-t-il précisé. Le ministère n'a pas évoqué d'échange de prisonniers, contrairement à l'Ukraine.

- Le Nord et l'Ouest -

Huit personnes sont mortes et 12 ont été blessées mardi dans une frappe russe sur Desna, un village ukrainien au nord de Kiev connu pour abriter un grand camp d'entraînement militaire, selon les secours locaux.

Des tirs russes de missiles Kalibr de longue portée près de la gare ferroviaire de Starichi, dans la région de Lviv, ont détruit des cargaisons de matériels militaires américains et européens destinés au Donbass et provoqué la mort de réservistes ukrainiens, selon le ministère russe de la Défense.

Il a aussi confirmé la frappe sur Desna et sur un autre camp d'entraînement, à Okhtyrka, dans la région de Soumy (nord).

- Otan -

Le Kremlin multiplie les avertissements sur l'élargissement probable de l'Otan à la Finlande et la Suède, que l'invasion russe a poussées à renoncer à des décennies de non-alignement militaire.

Ces deux pays ont annoncé qu'ils déposeraient ensemble mercredi leurs candidatures, malgré l'ombre persistante d'un blocage par la Turquie.

Le président russe Vladimir Poutine a estimé lundi que ces adhésions ne constituaient pas "une menace immédiate" mais que "le déploiement d'infrastructures militaires sur les territoires de ces pays (entraînerait) bien sûr une réponse".

- Union européenne -

<p>Carte de la situation en Ukraine au 17 mai à 7h GMT</p>

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kouleba était lundi à Bruxelles pour discuter de nouvelles sanctions contre la Russie. Ses homologues de l'UE y étaient réunis pour tenter de débloquer un projet d'embargo sur les importations de pétrole russe, refusé par la Hongrie qui en est très dépendante - au grand dam des Etats membres les plus proches de Kiev.

- CPI -

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a annoncé mardi le déploiement en Ukraine d'une équipe de 42 enquêteurs et experts, soit la plus importante mission en termes d'effectifs jamais envoyée sur le terrain, afin d'enquêter sur les crimes commis pendant l'invasion russe.

Le procureur avait ouvert le 3 mars une enquête sur des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité en Ukraine, après avoir reçu le feu vert de près de 40 Etats parties.

- Dizaines de milliers de morts -

Il n'existe aucun bilan global des victimes civiles du conflit. Rien qu'à Marioupol, les autorités ukrainiennes ont parlé il y a plusieurs semaines de 20.000 morts. Et les enquêteurs ukrainiens affirment avoir identifié "plus de 8.000 cas" présumés de crimes de guerre.

Sur le plan militaire, le ministère ukrainien de la Défense évalue les pertes russes à 27.700 hommes depuis le début de l'invasion le 24 février. C'est notoirement plus que les sources occidentales. Le Kremlin a, quant à lui, tout juste admis des "pertes importantes".

Le président Volodymyr Zelensky a déclaré qu'environ 2.500 à 3.000 soldats ukrainiens avaient été tués et quelque 10.000 blessés. Aucun chiffre indépendant et fiable n'est disponible.

- Déplacés et réfugiés -

<p>Des soldats ukrainiens retranchés dans l'aciérie Azovstal à Marioupol (photo non datée fournie par le service de presse de la présidence ukrainienne)</p>

L'Ukraine a vu plus de six millions des siens fuir son territoire, dont plus de la moitié - 3,27 millions - vers la Pologne, selon le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Genève, qui relève toutefois que ce flot s'est considérablement tari au fil des semaines et s'est même inversé.

Le solde global reste cependant encore largement négatif - avec 5,9 millions de départs pour 1,56 million de retour, selon les garde-frontières.

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