Sous-marins français: l'Australie dédommage Naval Group pour rupture de contrat

Afp
<p>Le Premier ministre australien Anthony Albanese à Sydney le 10 juin 2022</p>

L'Australie a dévoilé samedi un accord de compensation massive avec le fabricant français de sous-marins Naval Group, mettant un terme financier à un conflit qui a envenimé les relations entre Canberra et Paris pendant près d'un an.

Le nouveau Premier ministre australien Anthony Albanese a déclaré que l'entreprise française avait accepté un "règlement juste et équitable" de 555 millions d'euros, pour la rupture du gigantesque contrat de 56 milliards d'euros, qui avait occasionné une crise diplomatique entre Paris et Canberra à l'automne dernier.

La France, par la voix du ministre des Armées, "prend acte" de cet accord. "Cet accord est important parce qu'il va nous permettre d’ouvrir une nouvelle page dans notre relation bilatérale avec l’Australie et de regarder vers l’avant", a déclaré Sébastien Lecornu à des journalistes à Singapour.

Un peu plus tôt, Naval Group avait salué dans un court communiqué un accord "équitable", reprenant le terme du chef du gouvernement australien. L'entreprise française n'a en revanche pas donné d'informations sur le montant de la compensation.

Le groupe précise avoir "accompagné" ses partenaires et sous-traitants français et australiens dans leurs démarches. Il remercie enfin ceux qui ont fait avancer "durant plus de 5 ans" ce programme finalement avorté.

En septembre 2021, le Premier ministre australien d'alors Scott Morrison avait mis fin soudainement au contrat français en préparation depuis une dizaine d'années.

Le chef du gouvernement annonçait que son pays achèterait des sous-marins à propulsion nucléaire américains ou britanniques, un changement majeur pour un pays aux faibles capacités nucléaires.

<p>L'ancien Premier ministre australien Scott Morrison à Sydney le 21 mai 2022</p>

M. Morrison s'était alors attiré les foudres du président français Emmanuel Macron qui l'avait accusé de tromperie et avait rappelé son ambassadeur d'Australie en signe de protestation.

Les relations entre les deux pays sont restées glaciales jusqu'à l'élection en mai de M. Albanese, de centre gauche.

Depuis son arrivée au pouvoir, celui-ci s'est empressé de rétablir les relations tendues avec la France, la Nouvelle-Zélande et les nations insulaires du Pacifique qui reprochaient au gouvernement conservateur précédent sa lenteur en matière de changement climatique.

M. Albanese a déclaré qu'il se rendrait bientôt en France pour "réinitialiser" une relation marquée par des tensions "assez évidentes".

<p>Le site de Naval Group le 8 mai 2022 à Cherbourg-en-Cotentin</p>

S'exprimant en marge du sommet sur la sécurité à Singapour, M. Lecornu a déclaré que la France appréciait son "amitié" avec l'Australie.

"Ce n'est pas parce qu'un gouvernement dans l'histoire a manqué à sa parole que nous devons oublier notre relation stratégique (...) L'Australie a une nouvelle équipe au pouvoir, nous nous réjouissons de pouvoir travailler avec elle", a souligné M. Lecornu.

- Pièce maîtresse -

Au total, l'échec du contrat des sous-marins français aura coûté 2,4 milliards de dollars aux contribuables australiens, a précisé leur Premier ministre.

<p>Le ministre australien de la Défense de l'époque, Peter Dutton (c) avec le chargé d'affaires américain Michael Goldman (d) et la haute commissaire britannique Victoria Treadell (g) signent à Canberra un accord sur des sous-marins à propulsion nucléaire, le 22 novembre 2021</p>

Le contrat de sous-marins constitue la pièce maîtresse de la stratégie australienne de défense face à une Chine à l'influence grandissante dans la région sous la présidence de Xi Jinping.

Les sous-marins à propulsion nucléaire pourraient permettre à l'Australie d'opérer de façon plus furtive et plus dissuasive vis-à-vis de la Chine.

Mais une grande incertitude règne sur l'échéance à laquelle l'Australie pourra effectivement posséder ces appareils.

Le premier sous-marin américain ou britannique ne sera vraisemblablement pas en service avant des décennies, ce qui laissera un vide pour l'Australie dont la flotte actuelle est vieillissante.

Le choix du fournisseur aura un impact économique important et des implications stratégiques, liant étroitement la marine australienne à celle de la nation choisie.

L'ancien ministre de la Défense et actuel leader de l'opposition, Peter Dutton, a déclaré cette semaine qu'il avait décidé de s'approvisionner auprès des États-Unis, une révélation inhabituelle compte tenu de la sensibilité des négociations en cours.

Le gouvernement actuel a insisté sur le fait qu'aucune décision n'avait encore été prise.

- "Pas une alliance" -

Dans le même temps, M. Albanese a également pris des mesures pour la reprise du dialogue au niveau ministériel avec la Chine après deux ans d'âpres différends politiques et commerciaux.

Le ministre australien de la Défense Richard Marles a déclaré samedi à Singapour que l'Australie souhaitait entretenir des relations "respectueuses" avec tous les pays de la région, ajoutant : "cela inclut la Chine".

<p>Emmanuel Macron (2e g) avec le Premier ministre australien de l'époque Malcolm Turnbull (3e d) sur le pont du HMAS Waller, un sous-marin de la classe Collins construit à Malmö en Suède, le 2 mai 2018 à Sydney</p>

"L'Australie attache de l'importance à une relation productive avec la Chine. La Chine ne va pas partir, et nous avons tous besoin de vivre ensemble et, espérons-le, de prospérer ensemble", a-t-il déclaré.

Interrogé par un responsable militaire chinois pour savoir si l'accord dit AUKUS avec les États-Unis et la Grande-Bretagne pour la fourniture de technologie de sous-marins était une nouvelle alliance de défense, M. Marles a affirmé que l'"AUKUS n'est pas une mini-OTAN".

"Ce n'est pas une alliance", a-t-il ajouté.

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