Boris Johnson se prépare au verdict de deux élections partielles difficiles

Sylvain PEUCHMAURD
<p>Un bureau de vote à Tiverton, le 23 juin 2022 dans le sud-ouest de l'Angleterre</p>

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'apprête à affronter les résultats de deux législatives partielles en Angleterre, qui s'annoncent difficile pour le dirigeant conservateur et mettent à l'épreuve la confiance de ses troupes dans sa capacité à faire gagner son camp.

Ouverts depuis 7H00 jeudi, les bureaux de vote on fermé à 22H00 (21H00 GMT). Les résultats sont attendu vendredi au petit matin.

Deux semaines après avoir survécu sans éclat à un vote de défiance dans le sillage du "partygate" - affaire des fêtes arrosées à Downing Street pendant les confinements - la perspective pour les Tories de perdre deux sièges au Parlement risque d'accentuer encore davantage le climat de défiance au sein de la majorité.

Pour autant, Boris Johnson, 58 ans, a sans surprise écarté d'un revers de main toute idée de démission en cas d'échec: "Vous êtes fous ?", a-t-il lancé depuis le Rwanda, où il assiste au sommet du Commonwealth, aux journalistes qui l'accompagnent.

"Généralement les partis au pouvoir ne gagnent pas les élections partielles, particulièrement en milieu de mandat", a-t-il affirmé. "Je suis plein d'espoir", mais "c'est comme ça".

Les deux élections se tiennent à la suite d'affaires peu reluisantes pour les conservateurs, dans des circonscriptions lourdes de sens politiquement.

A Wakefield, dans le nord de l'Angleterre, c'est un fief traditionnellement travailliste ravi en décembre 2019 lors du triomphe des Tories qui est en jeu. Espérant reprendre ce pan du "mur rouge" effondré lors des dernières élections générales, le chef de l'opposition Keir Starmer a clamé que Wakefield "pourrait être le lieu de naissance du prochain gouvernement travailliste".

Les sondages donnent une nette avance - d'une vingtaine de points - au candidat travailliste Simon Lightwood, employé du service public de santé britannique, le NHS.

- Tractorgate -

Le scrutin a été déclenché par la démission du député sortant Imran Khan, condamné à 18 mois de prison pour l'agression sexuelle d'un adolescent. La circonscription était sans discontinuer aux mains des travaillistes entre 1932 et 2019.

<p>Un bureau de vote à Seaton, le 23 juin 2022 dans le sud-ouest de l'Angleterre</p>

Entre la colère provoquée par le partygate, le fait que "beaucoup de gens aiment Boris quand même" et "en ont ras-le-bol" d'entendre parler de cette affaire, Rose Nappa, une électrice de Wakefield de 44 ans, prédit un scrutin "intéressant".

"De ce que je vois", l'idée lors de ce vote est de "mettre une raclée à Boris Johnson", "l'écart entre les riches et les pauvres ne fait que se creuser", estime quant à elle Judy Froggat, retraitée. "J'ai été enseignante pendant 36 ans et j'ai toujours dit aux enfants de dire la vérité", et "l'homme qui dirige le pays est un menteur patenté", "c'est vraiment un mauvais message", "je suis outrée par ce qu'il a fait", peste-t-elle.

A Tiverton et Honiton, circonscription du sud-ouest de l'Angleterre conservatrice depuis sa création en 1997, les électeurs désignent le successeur de Neil Parish.

<p>Photo non datée du député conservateur britannique Neil Parish, fournie par le Parlement britannique</p>

Le député de 65 ans avait présenté sa démission après avoir reconnu qu'il avait regardé de la pornographie sur son téléphone au Parlement.

Cet ex-agriculteur de profession avait expliqué être tombé sur le site pour adultes en cherchant des tracteurs, avant d'y revenir dans "un moment de folie".

- Grève et inflation -

Les libéraux-démocrates espèrent bien l'emporter, comme ils l'avaient fait en décembre dernier dans le North Shropshire, bastion conservateur très rural du nord de l'Angleterre, perdu après un scandale de lobbying.

<p>Le Premier ministre britannique Boris Johnson à Kigali, le 23 juin 2022</p>

Considéré comme une machine à gagner après son triomphe aux législatives il y a deux ans et demi sous la promesse de réaliser le Brexit, Boris Johnson a vu cette image s'effondrer au gré des scandales qui émaillent son mandat.

Il reste pour l'instant en théorie à l'abri, les règles actuelles chez les conservateurs empêchant un nouveau vote de défiance avant un an.

Le contexte s'avère peu favorable pour le gouvernement Johnson, avec une inflation au plus haut depuis 40 ans -- dépassant les 9% -- à l'origine d'une grève massive des cheminots, et l'échec récent d'une tentative controversée d'expulser des migrants vers le Rwanda.

Le tout après une succession de scandales auquel s'ajoute désormais le "Carriegate" sur de supposées tentatives répétées de Boris Johnson d'obtenir dans le passé des postes rémunérés pour son épouse Carrie.

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