Ukraine: au moins 15 morts dans une frappe sur un immeuble dans l'Est

Nicolas GARCIA
<p>Une femme devant son immeuble partiellement détruit par une frappe russe meurtrière, à Tchassiv Iar dans l'Est de l'Ukraine le 10 juillet 2022</p>

Les forces russes continuaient dimanche à pilonner l'Est de l'Ukraine, faisant au moins 15 morts dans une frappe qui a éventré un immeuble d'habitation à Tchassiv Iar, selon les autorités ukrainiennes.

La frappe s'est produite dans la nuit dans cette petite ville de quelques 12.000 habitants. Selon les secours, 24 personnes se trouvent encore sous les décombres, dont un enfant, tandis que cinq autres ont été sauvées de sous les gravas.

L'immeuble de quatre étages a été touché par un missile russe Ouragan, a précisé sur Telegram Pavlo Kyrylenko, gouverneur de la région de Donetsk que l'armée russe ambitionne de conquérir.

Des journalistes de l'AFP arrivés sur place après la frappe ont vu l'immeuble partiellement effondré, des secouristes et une pelleteuse s'attelant à déblayer les lieux.

"J'étais dans la chambre à coucher, je suis sortie et tout a commencé à trembler, à s'effondrer. Ce qui m'a sauvée, c'est l'onde de l'explosion qui m'a propulsée, en sang, dans les toilettes", a témoigné une habitante interrogée par l'AFP, refusant de donner son nom.

Selon M. Kyrylenko, au moins 591 civils ont été tués et 1.548 autres blessés à ce jour dans la région de Donetsk depuis le début de l'invasion russe le 24 février. Vendredi, il avait déclaré que Moscou préparait "de nouvelles actions" dans l'Est.

L'armée russe, qui a annoncé début juillet avoir pris le contrôle de la région de Lougansk, vise maintenant celle de Donetsk pour occuper l'ensemble du bassin minier du Donbass.

Celui-ci est partiellement contrôlé depuis 2014 par des séparatistes soutenus par Moscou après l'annexion russe de la péninsule ukrainienne de Crimée.

"Les frappes brutales de l'artillerie russe ne s'arrêtent pas un jour, Sloviansk, Bakhmout, Avdiivka...", a condamné samedi soir le président ukrainien Volodymyr Zelensky, réclamant encore des armes "modernes et puissantes" pour se défendre.

- "Objectifs civils" -

M. Zelensky a aussi accusé Moscou de frapper "délibérément, intentionnellement, de simples maisons, des objectifs civils, des gens. Il y a des victimes, morts, blessés".

<p>Des sauveteurs sur le site d'un immeuble d'habitation touché par un missile, à Tchassiv Iar dans l'Est de l'Ukraine le 10 juillet 2022</p>

Plusieurs responsables ukrainiens ont également accusé les forces russes de provoquer avec leurs tirs des incendies dans les champs pour détruire les récoltes.

L'état-major de l'armée ukrainienne a rapporté samedi, comme la veille, de nombreux bombardements russes mais quasiment pas d'assauts terrestres des forces de Moscou.

Kiev a de son côté assuré avoir visé deux "points de commandement" et dépôts russes dans la région de Tchornobaïvka (Sud).

A Kharkiv (Nord-Est), deuxième ville du pays, le gouverneur Oleg Synegoubov a fait état sur Telegram de nouveaux tirs de missile qui ont touché un "établissement d'enseignement" et une maison et fait un blessé.

D'autres frappes russes sont rapportées notamment près de Siversk et Sloviansk (Est) ainsi que dans la région de Mykolaïv (Sud).

L'"ambassadeur" à Moscou de la république séparatiste de Lougansk, Rodion Mirotchnik, a déclaré dimanche matin sur Telegram que, dans la région de Donetsk, une offensive a été "lancée contre Siversk depuis le nord" et la localité de Grygorivka a été "capturée après des combats".

<p>Une femme dans son appartement à l'intérieur d'un immeuble partiellement détruit par une frappe russe meurtrière, à Tchassiv Iar dans l'Est de l'Ukraine le 10 juillet 2022</p>

Selon lui, "nos troupes continuent de mener des opérations militaires pour libérer Serebrianka", autre localité de la région.

Le ministère russe de la Défense a accusé samedi soir dans un communiqué les Ukrainiens d'installer des hommes et des armements dans des écoles et bâtiments civils dans plusieurs localités du territoire de Donetsk et de Kharkiv.

- Turbines pour Nord Stream -

Sur le front de l'économie, le Canada a décidé samedi, malgré les sanctions frappant la Russie, de restituer à l'Allemagne des turbines destinées au gazoduc russe Nord Stream, actuellement dans des ateliers de Siemens près de Montréal. Kiev avait pourtant appelé à ne pas se "soumettre au chantage du Kremlin".

Le groupe gazier russe Gazprom avait invoqué ces travaux pour justifier mi-juin une réduction de ses livraisons à l'Allemagne via Nord Stream.

<p>Pompiers et sauveteurs s'activent sur le site d'un immeuble partiellement détruit par une frappe russe meurtrière, à Tchassiv Iar dans l'Est de l'Ukraine le 10 juillet 2022</p>

"Le Canada accordera à Siemens Canada un permis révocable et d'une durée limitée pour permettre le retour en Allemagne des turbines Nordstream 1 réparées, ce qui soutiendra la capacité de l'Europe à accéder à une énergie fiable et abordable", a déclaré le ministre des Ressources naturelles, Jonathan Wilkinson.

Le ministre a accusé le président russe Vladimir Poutine de vouloir "semer la division parmi les alliés".

En outre, le Canada a annoncé samedi son intention d'étendre ses sanctions économiques contre la Russie à la fabrication industrielle.

"Les nouvelles sanctions s'appliqueront au transport terrestre et par pipeline ainsi qu'à la fabrication de métaux et d'équipements de transport, informatiques, électroniques et électriques, ainsi que de machines", a indiqué la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly.

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