Gaz russe : l'Europe plonge dans l'inconnu avec l'arrêt temporaire de Nord Stream

Florian CAZERES
<p>Le terminal du gazoduc Nord Stream 1, le 8 novembre 2011 à Lubmin (Allemagne)</p>

L'Allemagne et avec elle l'Europe sont entrés lundi dans une période de grande incertitude sur la suite de leurs importations de gaz russe, déjà fortement réduites ces dernières semaines et qui pourraient bientôt se tarir complètement.

Le géant russe Gazprom a entamé dans la matinée les travaux de maintenance des deux gazoducs Nord Stream 1, qui acheminent une grande quantité de son gaz livré encore à l'Allemagne ainsi qu'à plusieurs autres pays de l'Ouest de l'Europe.

"Nord Stream est arrêté (...) ce qui signifie que le gaz ne circule plus", a confirmé lundi à l'AFP le ministère allemand de l'Economie.

Cet arrêt pour dix jours des deux tuyaux, annoncé de longue date, ne devait en théorie n'être qu'une formalité technique. Mais dans le contexte de la guerre en Ukraine et du bras de fer entre Moscou et les Occidentaux sur l'énergie, personne ne peut parier sur la suite.

Comme un avertissement, Gazprom a d'ailleurs réduit lundi ses livraisons de gaz à l'Italie et l'Autriche, respectivement d'un tiers et de 70%, ont indiqué les énergéticiens OMV et ENI. Les deux pays sont en partie approvisionnés par le gazoduc TAG, qui passe par l'Ukraine, mais aussi par le gazoduc Nord Stream.

"Il existe de nombreux scénarios selon lesquels nous pourrions être plongé dans une situation d'urgence", a prévenu lundi le président de l'Agence allemande des réseaux, Klaus Müller, à la télévision ZDF.

- "Se préparer au pire" -

"L'Allemagne en plein choc gazier! ", s'exclame lundi en Une le quotidien le plus lu d'Allemagne, Bild.

"Nous sommes confrontés à une situation inédite, tout est possible", a reconnu au cours du week-end le vice-chancelier allemand, Robert Habeck, sur la radio publique.

"Il est possible que le gaz coule à nouveau, même en quantité supérieure à avant. Il est possible que plus rien ne vienne et nous devons nous préparer comme toujours au pire", a-t-il ajouté.

<p>Évolution des réserves de gaz communiquées par les principaux opérateurs dans l'UE, qui représentaient au 15 juin 52% des capacités de réserves</p>

Moscou, arguant d'un problème technique, a déjà réduit ces dernières semaines de 60% les livraisons de gaz via Nord Stream, une décision dénoncée comme "politique" par Berlin.

Berlin a par conséquent beaucoup oeuvré pour convaincre, samedi, le Canada de lui restituer une turbine destinée à Nord Stream 1, qui était en maintenance dans le pays. Et ce malgré les protestations de l'Ukraine.

L'Allemagne ne voulait pas donner un argument supplémentaire à Moscou d'interrompre ses livraisons de gaz. La turbine une fois rapatriée par son fabricant Siemens va ensuite être remise à la Russie, a précisé Berlin lundi.

Berlin fait aussi valoir que, pour des raisons techniques, il serait difficile à Gazprom de stopper net ses livraisons via Nord Stream, le gaz exploité dans le champ sibérien étant "sous pression" et ne pouvant pas être éternellement stocké. "Ce n'est pas comme un robinet d'eau", a dit M. Habeck.

- Crainte de rationnement -

Depuis le début de la guerre, l'Allemagne fait des efforts pour réduire sa dépendance, mais celle-ci reste encore importante: 35% de ses importations gazières proviennent de Russie, contre 55% avant la guerre. Et le chauffage des foyers est toujours assuré à plus de 50% avec du gaz.

Un arrêt durable de Nord Stream 1 ne pénaliserait pas seulement la première économie européenne: ordinairement, le gaz qui arrive en Allemagne continue à être transporté vers toute l'Europe.

En France, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a appelé dimanche à "se mettre rapidement en ordre de bataille" pour faire face à l'éventualité d'une coupure totale des approvisionnements, "option la plus probable".

Un arrêt prolongé des livraisons aggraverait donc la crise énergétique dans laquelle se débat déjà l'Europe, avec des prix qui flambent et la crainte de pénuries cet hiver.

En Allemagne, les autorités réfléchissent déjà à des plans de rationnement, et appellent aux économies.

"Il faut tout faire pour économiser le gaz dès maintenant, optimiser le chauffage, discuter en famille, préparer les industries - nous ne sommes pas impuissants", a martelé lundi Klaus Müller, le patron de l'agence fédérale des réseaux.

La chambre des députés a déjà adopté jeudi pour elle un plan symbolique d'économie: plus de chauffage au-dessus de 20 degrés l'hiver et plus d'eau chaude dans les bureaux individuels.

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