La chaleur accable de nouveau l'Europe occidentale

Thomas PERROTEAU avec les bureaux européens de l'AFP
<p>44 degrés C à Séville, dans le sud de l'Espagne, le 12 juillet 2022</p>

Accablée par des températures atteignant les 43 degrés en Espagne et au Portugal, l'Europe occidentale faisait face mardi à une deuxième vague de chaleur en à peine un mois, à l'impact très préoccupant sur les sols et les glaciers.

La multiplication de ces phénomènes est une conséquence directe du réchauffement climatique selon les scientifiques, les émissions de gaz à effet de serre augmentant à la fois leur intensité, leur durée et leur fréquence.

"Une nouvelle vague de chaleur, la deuxième cette année, s'installe en Europe occidentale. Elle affecte principalement l'Espagne et le Portugal mais devrait s'intensifier et s'étendre", a déclaré, à Genève, Clare Nullis, porte-parole de l'Organisation météorologique mondiale.

<p>Pompiers combattant un incendie de forêt à Casais do Vento, au Portugal, le 10 juillet 2022</p>

Avant de mettre en garde sur la situation critique de "sols très très secs" et l'impact de ces températures sur les glaciers des Alpes.

"C'est une très mauvaise saison pour les glaciers", a-t-elle insisté, un peu plus d'une semaine après l'effondrement en Italie d'un énorme bloc du glacier de la Marmolada, fragilisé par le réchauffement climatique, qui a fait onze morts.

En Espagne, où les températures ont de nouveau franchi la barre des 40°C dans une grande partie de la moitié ouest du pays et notamment dans des zones habituellement tempérées, 43,3°C ont été enregistrés à Cordoue (sud) à 15H00 GMT, selon l'agence météo (Aemet). Le pic de cette vague de chaleur devrait durer jusqu'à jeudi.

Dans les rues de Madrid, cette chaleur était extrêmement difficile à supporter pour les salariés ne pouvant bénéficier de la fraîcheur d'un bureau climatisé.

<p>A la recherche de fraicheur dans une piscine de Madrid, le 12 juillet 2022</p>

"C'est un enfer", soupirait, la sueur au front, Dania Arteaga, une Vénézuélienne de 43 ans, entre deux coups de raclette pour nettoyer les vitrines d'un magasin du centre de la capitale espagnole.

Joaquín Abad, un plombier de 46 ans, en est lui venu à "écourter ses journées de travail" pour supporter la chaleur qui "empire d'année en année".

Favorisés par ces températures exceptionnelles, plusieurs incendies faisaient rage dans le pays, dont un avait déjà brûlé 2.500 hectares de végétation en Estrémadure (ouest).

Selon le gouvernement, entre le 1er janvier et le 3 juillet, 70.354 hectares de forêt sont partis en fumée en Espagne, soit près du double (+87%) de la moyenne des dix dernières années.

- Un haut-lieu touristique fermé au Portugal -

Au Portugal, le risque d'incendie a poussé les autorités à fermer le parc naturel très touristique de Sintra, à l'ouest de Lisbonne, alors que la mercure est monté jusqu'à 43,1 degrés dans le centre du pays.

<p>Images satellites illustrant l'assèchement de deux lacs artificiels, l'un au Portugal et l'autre en Espagne, entre juillet 2017 et fin juin/début juillet 2022</p>

"Nous vivons dans une région du monde où le changement climatique va systématiquement aggraver les conditions au cours des prochaines années", a insisté le Premier ministre Antonio Costa.

"Les études indiquent que même si le monde arrivait à respecter les objectifs de l'accord de Paris", prévoyant une limitation du réchauffement planétaire à moins de 2°C au-dessus du niveau pré-industriel, et dans l'idéal à 1,5°C, "le risque de feux de forêt au Portugal serait quand même multiplié par six", a-t-il souligné.

<p>Des promeneurs cherchent de l'ombre dans un parc de Londres, le 11 juillet 2022</p>

Dans un pays qui reste traumatisé par les feux meurtriers de 2017, qui ont fait plus d'une centaine de morts, le gouvernement a déclaré un "état de contingence" au moins jusqu'à vendredi, afin d'accroître les pouvoirs des services de secours.

Signe du danger, un feu qui avait ravagé 2.000 hectares dans la commune d'Ourém (centre) depuis jeudi avant d'être circonscrit lundi, s'est réactivé mardi.

- Les ministres mobilisés en France -

En France, où cette épisode de forte chaleur devrait se prolonger au moins jusqu'en début de semaine prochaine, les températures étaient comprises mardi entre 36 et 38 degrés, voire localement 39 degrés, sur la façade atlantique, le Sud-Ouest et la basse vallée du Rhône.

<p>Graphique expliquant les trois critères cumulés définissant une vague de chaleur, selon Météo-France</p>

Une situation qui a amené la Première ministre Elisabeth Borne à appeler l'ensemble du gouvernement à se mobiliser face à l'"impact très rapide" de la chaleur "sur l'état de santé des populations, en particulier des personnes les plus vulnérables".

Cette vague de chaleur devrait ensuite se propager à d'autres parties d'Europe occidentale ou centrale.

Au Royaume-Uni, l'agence météo (Met Office) a émis une alerte orange avant une vague de "chaleur extrême" à partir de dimanche avec des températures pouvant dépasser les 35 degrés. Les Britanniques ont par ailleurs été appelés par leurs compagnies d'eau à économiser chaque goutte, notamment en ne faisant chauffer que la quantité strictement nécessaire pour leur tasse de thé.

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