La course vers Downing Street officiellement lancée, Rishi Sunak évite de critiquer Johnson

Valentine GRAVELEAU

L'ancien ministre britannique des Finances Rishi Sunak s'est bien gardé de critiquer Boris Johnson mardi en lançant sa campagne pour la course à Downing Street, tandis que le dépôt officiel des candidatures pour succéder au Premier ministre démissionnaire se clôt dans la journée.

L'ancien chancelier de l'Echiquier, qui a démissionné avec fracas du gouvernement la semaine dernière entraînant avec lui une soixantaine d'autres membres de l'exécutif et in fine la démission du Premier ministre, figure désormais parmi les favoris pour succéder à Boris Johnson.

M. Sunak, 42 ans, s'est toutefois bien gardé de critiquer son ancien chef, estimant dans son discours lançant sa campagne que "Boris Johnson est une des personnes les plus remarquables qu'il m'a été donné de rencontrer et quoi qu'en disent certains commentateurs, il a un bon fond".

Boris Johnson a démissionné de la tête du parti conservateur après qu'une soixantaine de membres de son exécutif ont claqué la porte, lassés des scandales à répétition. Il reste toutefois Premier ministre jusqu'à ce que son successeur soit connu le 5 septembre.

Depuis la semaine dernière, Rishi Sunak fait l'objet d'attaques virulentes de la part des soutiens de M. Johnson qui l'accusent d'avoir mené le Premier ministre à sa perte.

"Est-ce que j'ai été en désaccord avec lui (Boris Johnson)? Oui, et c'est pour cela que j'ai démissionné", a-t-il affirmé, refusant toutefois de "diaboliser Boris, d'exagérer ses fautes et de nier ses efforts".

- Baisses d'impôts -

Dix prétendants étaient en lice mardi pour devenir dirigeant des Conservateurs - et donc Premier ministre - alors que le dépôt officiel des candidatures se clôt dans la journée. Un onzième candidat, le ministre des Transports Grant Shapps, s'est finalement retiré.

Les bookmakers placent au coude à coude Rishi Sunak et l'ancienne ministre de la Défense Penny Mordaunt, suivie par la ministre des Affaires étrangères Liz Truss.

La campagne s'est jusque-là limitée à des vidéos de lancement grandiloquentes, à des promesses vagues -la plupart des candidats assurant qu'ils mettront en place des baisses d'impôts sans expliquer comment ils financeront le reste de leur politique - et à des polémiques en tout genre.

Contrairement à ses rivaux, Rishi Sunak s'est montré prudent concernant les baisses d'impôts dans un contexte de forte inflation. "C'est une question de +quand+, pas de +si+", a-t-il toutefois rassuré.

"Nous devons revenir aux valeurs conservatrices de l'économie et ça signifie de l'honnêteté et de la responsabilité, pas des contes de fées".

M. Sunak avait été critiqué quand il était ministre des Finances pour ne pas avoir fait assez pour soulager les ménages britanniques étranglés par la crise du coût de la vie.

- Motion de défiance -

Le comité 1922, groupe parlementaire conservateur chargé d'établir les règles du scrutin, doit annoncer mardi quels candidats sont officiellement en lice et un premier tour pour éliminer des prétendants est prévu dès mercredi, un deuxième jeudi et si nécessaire un autre lundi prochain.

Les candidats auront besoin d'au moins 20 parrainages pour que leur candidature soit acceptée. Le vote final est ouvert uniquement aux adhérents du parti.

L'objectif est de n'avoir plus que deux candidats avant les vacances parlementaires qui commencent le 22 juillet. Le nom du futur Premier ministre sera connu le 5 septembre, a indiqué le comité 1922.

Trop tard, estime le parti travailliste qui a prévu de déposer une motion de défiance au Parlement mardi, pour un vote mercredi selon des sources au Labour.

Les travaillistes entendent convaincre des députés conservateurs de les soutenir pour que Boris Johnson quitte Downing Street plus rapidement.

"Ils ne peuvent pas le laisser s'accrocher pendant des semaines jusqu'au 5 septembre, ce serait intolérable pour le pays", a affirmé le chef de l'opposition Keir Starmer.

Peu de chances toutefois qu'une telle motion, portée par des travaillistes, soit soutenue par de nombreux Tories. Elle déclencherait en cas de succès des élections générales lors desquelles les conservateurs pourraient perdre la large majorité qu'ils ont obtenue en 2019, dans le sillage de l'élection d'un Boris Johnson alors ultra-populaire.

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