Shinzo Abe, un Premier ministre qui a profondément marqué la vie politique au Japon

Afp
<p>Shinzo Abe à Tokyo le 24 août 2020, quelques jours avant l'annonce de sa démission du poste de Premier ministre du Japon pour des raisons de santé</p>

L'ancien Premier ministre japonais Shinzo Abe, assassiné vendredi dernier, a battu des records de longévité à la tête du pays dont il a profondément marqué la vie politique et économique, tout en résistant à de nombreux scandales.

Près de deux ans après avoir quitté le pouvoir pour des raisons de santé, M. Abe, 67 ans, a été tué par balles en plein meeting électoral à Nara, dans l'ouest du Japon. Ses funérailles se tenaient mardi dans un grand temple bouddhiste à Tokyo, après une veillée mortuaire la veille.

Ce nationaliste teinté de pragmatisme avait 52 ans quand il est devenu chef du gouvernement pour la première fois en 2006, le plus jeune de l'après-guerre dans son pays.

Mais il a surtout marqué les esprits durant son second passage au pouvoir, entre 2012 et 2020.

A l'été 2020, alors qu'il était devenu impopulaire pour sa gestion de la pandémie jugée maladroite par l'opinion publique, il avait reconnu qu'il souffrait de nouveau d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin, la rectocolite hémorragique, et avait démissionné peu après. Cette maladie était déjà l'une des raisons de la fin abrupte de son premier passage au pouvoir en 2007.

Shinzo Abe s'était notamment fait connaître à l'étranger par sa politique économique audacieuse surnommée "Abenomics" lancée à partir de fin 2012, combinant assouplissement monétaire, relances budgétaires massives et réformes pour réveiller la croissance et l'inflation.

Il avait enregistré certains succès, dont une hausse notable du taux d'activité des femmes, qu'il voulait voir "briller" dans la société japonaise, ainsi que des seniors. Cependant, faute de réformes structurelles suffisantes, les Abenomics n'ont engendré que des réussites partielles.

- Proximité avec Trump -

<p>Shinzo Abe</p>

L'ambition ultime de cet héritier d'une grande famille d'hommes politiques conservateurs (son grand-père Nobusuke Kishi avait notamment été Premier ministre de 1957 à 1960) était de réviser la Constitution pacifiste japonaise, rédigée par les Américains après la Seconde Guerre mondiale et jamais amendée jusqu'à présent.

M. Abe prônait la fermeté vis-à-vis de la Corée du Nord et un Japon décomplexé par rapport à son sombre passé militariste: il refusait de porter le fardeau du repentir pour les exactions de l'armée japonaise en Chine et dans la péninsule coréenne dans la première moitié du 20e siècle.

Il avait cependant renoncé à se rendre en tant que Premier ministre au sanctuaire Yasukuni de Tokyo, haut lieu du nationalisme nippon, depuis que sa visite sur place fin 2013 avait indigné Pékin, Séoul et Washington.

Les relations entre Tokyo et Séoul se sont dégradées sous son mandat sur fond de leurs contentieux historiques, tandis que celles avec Pékin, que M. Abe voulait réchauffer, sont restées tortueuses.

Avec le grand allié du Japon, les Etats-Unis, M. Abe s'est toujours adapté et était parvenu à établir des liens proches avec Donald Trump, avec lequel il partageait la passion du golf.

Shinzo Abe s'était aussi employé à ne pas froisser le président russe Vladimir Poutine. Son espoir de régler le différend des îles Kouriles du Sud, annexées par l'Union soviétique à la fin de la Seconde Guerre mondiale et jamais restituées au Japon, s'est toutefois avéré vain.

- Lois controversées -

Il a également tenté de renforcer la présence du Japon sur la scène internationale, en endossant par exemple un rôle de médiateur entre l'Iran et les Etats-Unis, en promouvant le multilatéralisme et en concluant des accords de libre-échange.

Des affaires de clientélisme ont régulièrement éclaboussé son gouvernement et son entourage, sans jamais pourtant faire tomber un Premier ministre qui profitait de l'absence d'un rival sérieux au sein de sa formation, le Parti libéral-démocrate (PLD, droite nationaliste) et d'une opposition faible et morcelée.

Certaines lois passées sous son mandat, notamment sur le renforcement de la protection des secrets d'Etat, l'élargissement des missions des Forces japonaises d'autodéfense et le durcissement de la lutte antiterroriste, ont fait polémique au Japon, allant jusqu'à entraîner de vastes manifestations, habituellement rares dans le pays.

Shinzo Abe s'était longtemps accroché à l'espoir de maintenir les Jeux olympiques de Tokyo à l'été 2020, qui devaient être le point d'orgue de son dernier mandat. Les JO de Tokyo ont finalement eu lieu un an plus tard, à huis clos.

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