Indignation en Grèce après l'attaque contre le groupe de médias Real

Marina RAFENBERG
<p>L'ensemble de la classe politique en Grèce a condamné l'attaque menée avec des engins incendiaires contre le groupe de médias Real près d'Athènes, qui a fait un blessé léger et des dégâts</p>

L'ensemble de la classe politique en Grèce a condamné l'attaque menée mercredi avec des engins incendiaires contre le groupe de médias Real près d'Athènes, qui a fait un blessé léger et des dégâts, portant un nouveau coup à la liberté de presse.

L'explosion de trois bonbonnes de gaz, survenue à 00H20 GMT, a provoqué un incendie sur la façade et à l'intérieur du bâtiment situé à Maroussi, en banlieue nord d'Athènes, où se trouvent la radio d'information continue RealFM, la station musicale Elliniko, le journal dominical RealNews et le site du groupe Enikos.

L'incendie a été maîtrisé au bout de deux heures par les pompiers et deux personnes qui se trouvaient dans le bâtiment ont été transportées à l'hôpital, dont une ingénieure du son souffrant de problèmes respiratoires, qui doit rester à l'hôpital pour 24 heures, a indiqué à l'AFP Vassilis Terzakis, le rédacteur en chef des informations de RealFM. L'autre personne est sortie de l'hôpital.

L'attaque, qui n'a pas été revendiquée, a provoqué d'importants dégâts. La police a ouvert une enquête.

"La liberté de la presse dans notre pays n'est ni réduite au silence ni limitée par de tels actes de terrorisme", a fustigé le Premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis au Parlement, peu après s'être entretenu avec le propriétaire du groupe et journaliste de renom, Nikos Chatzinikolaou.

- "Ils tentent de nous fermer" -

"Explosions et feu à RealFM et RealNews! Ils nous brûlent! Ils tentent de nous fermer", a tweeté Nikos Chatzinikolaou quelques minutes après l'explosion.

"Il n'y a pas eu d'avertissements avant les explosions et des vies ont été réellement mises en danger", a affirmé à l'AFP le directeur de RealFM, Giorgos Choudalakis.

RealNews et RealFM sont des médias situés au centre de l'échiquier politique et accueillent des voix de l'opposition mais aussi pro-gouvernementales.

Kyriakos Mistotakis a assuré que "l'État ferait tout ce qu'il faut pour retrouver les auteurs et les traduire en justice" et que toute tentative de cibler des journalistes "doit être condamnée".

La majorité des partis grecs de droite comme de gauche ont également condamné l'attaque.

L'ancien Premier ministre et leader du parti de gauche radicale Syriza Alexis Tsipras a estimé sur Twitter que "c'était encore une attaque contre la liberté de la presse et à l'information".

"Νοus condamnons catégoriquement l'attaque incendiaire contre RealFM et nous sommes contre toute tentative d'intimider et de bâillonner les médias", a indiqué Dimitris Mantzos, porte-parole du Parti socialiste (Pasok).

- Choc -

La vice-présidente de la Commission européenne Vera Jourova, chargée des valeurs et de la transparence, s'est dite "choquée de l'attaque à RealFM" et "l'a fortement condamnée".

"Je suis solidaire avec les personnes touchées par cette attaque", a-t-elle dit, espérant qu'une enquête serait "immédiatement ouverte" afin de retrouver "les auteurs de cet horrible acte de violence".

En février, deux engins incendiaires avaient explosé à Athènes devant les domiciles d'un journaliste et d'un policier, provoquant des dégâts matériels sans faire de victime.

La Grèce a perdu 38 places dans le dernier classement international sur la liberté de la presse publié par Reporters Sans Frontières (RSF) fin 2021. Elle se retrouve dernière de l'Union européenne, à la 108ème place.

Le pays a été choqué en avril 2021 par l'assassinat du journaliste d'investigation Giorgos Karaïvaz, assassiné en pleine journée devant son domicile dans la banlieue sud d'Athènes. Depuis, l'enquête n'a pas avancé, a déploré RSF.

L'ONG a condamné mercredi sur Twitter "les explosions visant RealFM et Realnews" et "salué les déclarations du Premier ministre grec qui promet que l'Etat mettra tout en oeuvre pour traduire les auteurs devant la justice".

Mercredi, la Commission européenne a présenté son troisième rapport annuel sur l'Etat de droit dans le club des 27, faisant particulièrement référence aux problèmes de pluralisme des médias et aux "procédures bâillons" visant à faire taire les journalistes.

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