Cisjordanie et Arabie saoudite: Biden attaque le versant délicat de son voyage

Gareth BROWNE, Aurélia END
<p>Le président américain Joe Biden pose pour une photo avec des athlètes américains dans un stade de Jérusalem, le 14 juillet 2022</p>

Après deux jours d'échanges ouvertement chaleureux avec ses alliés israéliens, le président américain Joe Biden est passé vendredi côté palestinien pour annoncer une série de mesures économiques avant de s'envoler en Arabie saoudite, point d'orgue de sa première tournée au Moyen-Orient.

Juste avant son déplacement dans cette monarchie du Golfe, deux nouvelles clés sont tombées: Israël a dit n'avoir "aucune objection" au transfert de deux îlots stratégiques à l'Arabie saoudite et celle-ci a ensuite annoncé l'ouverture de son espace aérien à "tous les transporteurs", y compris israélien, une décision "historique" pour Joe Biden.

Ces deux initiatives pourraient, selon des analystes, ouvrir la voie à un éventuel rapprochement entre l'Arabie saoudite et Israël, pays qui a normalisé notamment ses relations en 2020 avec deux pays alliés du royaume saoudien: les Emirats arabes unis et Bahreïn.

"Il s'agit d'un premier pas", a déclaré le Premier ministre israélien Yaïr Lapid en "remerciant" l'Arabie saoudite pour cette mesure qui va selon la ministre du Transport Merav Michaeli "permettre de renforcer les relations entre Israël et les autres pays du Moyen-Orient".

L'annonce saoudienne est intervenue avant le vol direct inédit Tel-Aviv/Jeddah que devra effectuer M. Biden, le premier du genre entre Israël et l'Arabie saoudite qui ne reconnaît pas officiellement l'Etat hébreu.

Avant de se rendre dans l'après-midi à Jeddah, M. Biden a visité l'hôpital Augusta Victoria de Jérusalem-Est, secteur oriental de la Ville Sainte occupé par Israël, où il a annoncé une aide de 100 millions de dollars au réseau hospitalier local.

- Entretien avec Abbas -

Puis, il s'est rendu à Bethléem, en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, où il a été accueilli par le président Mahmoud Abbas pour un entretien axé davantage sur les aides économiques.

Joe Biden va annoncer un projet visant à faire passer à la 4G en 2023 la connexion internet sur les réseaux sans fil en Cisjordanie et à Gaza, où règnent respectivement la 3G et la 2G, ce qui complique la digitalisation de l'économie.

"Cette visite ne m'intéresse pas, elle ne veut rien dire pour la Palestine. Il ne peut pas nous acheter. Il ne s'agit pas d'une visite en faveur de la paix, mais d'Israël. Et plusieurs personnes sont furieuses ici car il s'est déclaré sioniste", a dit à Bethléem Tamer Moustafa, un Palestinien de 20 ans.

Sur la route vers Bethléem, sous haute surveillance policière, des affiches géantes de l'ONG israélienne anti-colonisation B'Tselem ont été collées avec l'inscription "M. le Président, ceci est l'apartheid", en référence, selon elle, à la politique israélienne dans les Territoires palestiniens occupés.

D'autres affiches et graffitis rendent hommage à Shireen Abu Akleh, journaliste américano-palestinienne tuée le 11 mai en couvrant une opération de l'armée israélienne en Cisjordanie.

Mais au-delà des aspects économiques, et de rappeler son soutien à la solution "à deux Etats" -une Palestine indépendante et viable aux côtés d'Israël-, Joe Biden s'est gardé de relancer le processus de paix israélo-palestinien, au point mort depuis 2014.

- Le fantôme de Khashoggi -

Fervent catholique, M. Biden doit aller à la basilique de la Nativité de Bethléem, avant d'achever sa visite en Terre sainte pour aborder le versant le plus stratégique et peut-être aussi le plus complexe de son périple: l'Arabie Saoudite.

Toute délicate qu'elle soit, l'étape palestinienne du périple de M. Biden n'est rien à côté du terrain miné que sera l'Arabie saoudite, pour ce président qui avait promis de mettre les droits humains au coeur de sa diplomatie.

<p>Un manifestant déguisé en prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) avec du sang sur les mains devant l'ambassade saoudienne le 10 octobre 2018 à Washington</p>

Encore candidat, Joe Biden avait promis de faire de la monarchie pétrolière un "paria" à cause de l'assassinat du journaliste et critique saoudien Jamal Khashoggi, et une fois élu, avait déclassifié un rapport accablant sur la responsabilité du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS).

A Jeddah vendredi, M. Biden rencontrera le roi Salmane et participera ensuite avec son équipe à des discussions avec MBS, dirigeant de facto du royaume, et des ministres saoudiens.

Jeudi à Jérusalem, il a refusé de dire clairement s'il évoquerait directement à Jeddah le cas du journaliste assassiné.

Joe Biden cherche à la fois à rester fidèle à sa défense des droits humains et à convaincre le royaume pétrolier d'ouvrir les vannes de sa production. L'enjeu: abaisser le prix du gallon d'essence à l'approche des élections de mi-mandat aux Etats-Unis.

<p>Manifestation dénonçant l'implication du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, devant l'ambassade saoudienne à Washington le 10 octobre 2018</p>

Samedi, M. Biden participera à un sommet des dirigeants des monarchies arabes du Golfe auquel assisteront également d'autres leaders arabes.

Une occasion d'ailleurs de pousser la normalisation engagée par Israël avec plusieurs pays arabes, dans le but de faire face à l'Iran, ce que n'a pas manqué de lui faire remarquer jeudi le Premier ministre israélien Yaïr Lapid.

"Monsieur le président (Biden), vous allez rencontrer les dirigeants d'Arabie saoudite, du Qatar, du Koweït, d'Oman et d'Irak. Je voudrais leur dire à tous: nos bras sont grands ouverts en faveur de la paix!".

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