"Des tunnels de feu": en Gironde, la lutte au "corps à corps" des pompiers

Mathilde TONNERRE, avec Nathalie ALONSO à Bordeaux
<p>Un restaurant détruit par le feu, à Cazaux, près de La Teste-de-Buch, en Gironde, le 15 juillet 2022</p>

"Ici, il y avait des tunnels de feu, il faut imaginer une boule de feu": A Cazaux, les pompiers ont mené une lutte au "corps à corps" contre le feu qui s'est invité dans ce bourg jouxtant la forêt de La Teste-de-Buch (Gironde), dont 3.150 hectares sont partis en fumée depuis mardi.

En parallèle à cet incendie, qui détruit jour après jour la forêt de pins adossée à la dune du Pilat, près d'Arcachon, un autre feu s'est déclaré mardi en Gironde et a déjà consumé 4.700 hectares à Landiras, dans le sud du département.

Ces deux sinistres, qui n'ont pas fait de victime, n'étaient "toujours pas fixés" vendredi soir malgré les 1.000 pompiers et les quatre aéronefs engagés. La superficie brûlé "va encore augmenter", a prévenu la préfète Fabienne Buccio.

Sur les bords du lac de Cazaux, le passage des flammes a laissé des carcasses de bâtiments.

Le restaurant La Petite Playa a complètement brûlé. Ses tables et chaises sont bien alignées mais toutes calcinées. Quelques mètres plus loin, le restaurant Au Bô Site a été épargné, comme le petit port.

C'est le résultat du travail des pompiers qui ont pu repousser l'assaut des flammes et "arrêter la tête" de feu, assure à l'AFP le commandant Laurent Dellac, porte-parole des pompiers. "Il y avait des tunnels de feu, il faut imaginer une boule de feu", raconte-t-il .

Outre ce restaurant, trois maisons et quelques cabanes ont été détruits à Cazaux, un village de la commune très étendue et très boisée de La Teste-de-Buch, dont les 4.000 habitants ont été évacuées jeudi.

Vendredi, le bourg était désert et le sol recouvert de cendres encore chaudes. Dans la forêt alentour, des fumerolles s'élèvent des pieds des arbres calcinés et des pompiers arrosent pour éviter les reprises de feu.

Sur place, des policiers s'assurent que les bâtiments sont bien inhabités et vérifient qu'il n'y a pas de vandalisme.

Sur l'unique route qui mène du centre de La Teste au bourg de Cazaux, un couple se septuagénaires attend."On vient aux infos car on a laissé nos animaux" à la maison, raconte-t-ils, soucieux.

"Notre fille nous héberge mais on n'a aucune affaire, juste ce qu'on a sur nous", dit le couple. Elle porte une robe à fleurs roses et lui est en bermuda et polo blanc.

- "Arbre par arbre" -

Selon Pascal Berillon, élu municipal à La Teste et lui-même évacué de Cazaux, l'opération s'est faite "dans le calme". Subitement, "c'est devenu tout noir, les flammes se rapprochaient, il n'y a pas eu besoin de longues explications pour que les gens comprennent le danger."

<p>Un sapeur-pompier sur les lieux de l'incendie qui ravage les environs de La Teste-de-Buch, en Gironde, le 15 juillet 2022</p>

"Si nous n’avions pas pris la décision d’évacuer, nous ne parlerions pas uniquement de bilan matériel" mais "de morts", a souligné Ronan Léaustic, sous-préfet d'Arcachon.

Cazaux "est sauvé", s'est-il félicité. "Les pompiers se sont battus corps à corps, arbre par arbre, maison par maison".

Non loin, le site de la société canadienne Vermilion, premier producteur de pétrole en France, et la station d'épuration, "ne sont plus menacés à ce stade", d'après la préfecture.

Si "la situation se stabilise" à La Teste, selon cette même source, elle "reste très défavorable" dans le secteur de Landiras, à une quarantaine de km au sud de Bordeaux. Des évacuations y avaient lieu vendredi soir.

Dans leur lutte acharnée contre les flammes, les pompiers mettent notamment en œuvre des "feux tactiques", qui consistent à "brûler des parcelles pour créer des zones vierges et juguler l'expansion du feu", a expliqué à l'AFP le commandant Matthieu Jomain, porte-parole.

Au total, ces incendies ont ravagé près de 8.000 hectares et forcé l'évacuation de près de 12.000 personnes, dont 10.000 à La Teste. Parmi eux, quelque 6.000 campeurs, hébergés dans un parc des expositions.

Après deux jours d'incertitude, ils ont pu retourner chercher leurs effets personnels, grâce à des bus spécialement affrétés. Ceux qui devaient récupérer leur caravane ont été escortés par la police avec leur véhicule personnel.

"Après deux jours de galère, on est enfin tranquilles", a confié Madjie, en vacances avec son fils. "Mais je n'ai pas tout récupéré, j'ai laissé ce qui n'était pas essentiel au camping".

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