Ukraine: frappes sur l'est et le sud, Poutine voit une avancée sur les céréales

Cécile FEUILLATRE
<p>Des policiers face à un bâtiment en flammes après une frappe aérienne dans le centre de Kramatorsk, en Ukraine, le 19 juillet 2022</p>

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé mardi que la médiation de la Turquie avait permis une avancée sur les exportations de céréales que Kiev accuse la Russie de bloquer, alors que sur le terrain l'armée russe continue de frapper l'est et le sud du pays.

Des frappes de missiles ont touché plusieurs villes de l'est, faisant un mort à Kramatorsk, grande ville du Donbass que la Russie cherche à conquérir. Au sud, dans la région d'Odessa, le grand port ukrainien de la mer Noire, il y a eu au moins six blessés dont un enfant, selon la présidence ukrainienne.

A Téhéran, où il avait été convié pour des pourparlers avec ses homologues iranien Ebrahim Raïssi et turc Recep Tayyip Erdogan sur la Syrie et l'Ukraine, M. Poutine a affirmé qu'il y avait un progrès sur la question de l'exportation par mer des millions de tonnes de céréales ukrainiennes, qui manquent à l'équilibre alimentaire mondial.

"Grâce à votre médiation, nous sommes allés de l'avant", a-t-il dit à M. Erdogan, dont le pays, membre de l'Otan et puissance régionale en mer Noire, entretient un équilibre délicat entre Moscou et Kiev. "Toutes les questions ne sont pas encore réglées, c'est vrai, mais il y a du mouvement et c'est une bonne chose", a ajouté le maître du Kremlin.

- Débloquer "certains fonds" -

La Russie a soufflé le chaud et le froid ces dernières semaines sur ces exportations cruciales notamment pour le continent africain, affirmant ne pas s'y opposer tout en accusant les sanctions occidentales et en posant des conditions que l'Ukraine refuse en l'état, comme le déminage de ses rades et couloirs maritimes.

Le chef du cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak, a souligné que les négociations avec la Russie ne concernaient que le déblocage des ports, et avaient lieu du côté ukrainien "au niveau des militaires et du ministère des Affaires étrangères et uniquement avec la médiation de l'ONU", dans une interview publiée mardi par le magazine Novoïé Vremia.

En arrière-plan néanmoins, la question des sanctions occidentales qui frappent durement l'économie russe.

Dernier épisode de cet immense bras de fer : la Commission européenne a proposé aux Etats membres de débloquer "certains fonds" de banques russes gelés par les sanctions de l'UE pour aider la reprise du commerce des produits agricoles et alimentaires, y compris le blé et les engrais, selon un document consulté mardi par l'AFP.

L'UE "veut qu'il soit parfaitement clair que rien dans les sanctions ne freine le transport de céréales hors de Russie ou d'Ukraine", a déclaré à l'AFP un diplomate européen sous couvert d'anonymat.

- Missiles sur Kramatorsk -

Sur le terrain à Kramatorsk (est), un missile est tombé en fin de matinée dans un petit jardin entouré de barres d'immeubles de quatre étages, en plein centre-ville, ont constaté les journalistes de l'AFP.

Cette ville de 150.000 habitants avant la guerre, centre administratif de la partie de la région de Donetsk encore aux mains de Kiev, est située à une vingtaine de kilomètres du front et régulièrement touchée par des tirs.

Kramatorsk est devenue une cible stratégique pour la Russie, qui cherche à s'emparer de la totalité du bassin du Donbass, en partie contrôlé par des séparatistes prorusses depuis 2014.

<p>Une femme blessée par une frappe à Kramatorsk, en Ukraine, le 19 juillet 2022</p>

"A ce stade nous avons un mort", a déclaré à l'AFP Igor Ieskov, porte-parole de la mairie de la ville, tandis qu'un haut responsable de la police a fait état de six blessés.

Un homme grièvement blessé, la tête en sang et enveloppé dans un tapis par les voisins, gisait au sol, avant d'être emmené par les secours. "Il passait par là, dans la rue, et a été touché", a raconté une femme paniquée.

Les pompiers s'affairaient à éteindre le feu qui brûlait sur deux étages d'un des immeubles, dont toutes les vitres ont été soufflées.

Une femme légèrement blessée, la jambe en sang atteinte par des éclats de verre, recevait les premiers soins, assise sur un banc.

La Russie avait annoncé samedi avoir officiellement mis fin à la "pause opérationnelle" de son armée décrétée quelques jours plus tôt, et les bombardements ont repris avec plus d'intensité sur les villes du Donbass.

Les troupes russes ont ainsi touché des bâtiments résidentiels à Avdiivka, Soledar, et Bakhmout, selon la présidence ukrainienne, qui recensait mardi "deux frappes de missiles sur Toretsk", ainsi que "des bombardements de zones industrielles".

Près de Bakhmout, l'armée ukrainienne affirme avoir "repoussé avec succès" plusieurs "tentatives d'assaut". Les forces russes affirment avoir tué 60 soldats ukrainiens à Dolina, dans la même zone.

<p>Carte de la situation en Ukraine au 19 juillet à 7h GMT</p>

Dans la région d'Odessa, les forces russes ont tiré sept missiles, blessant au moins six personnes dont un enfant, selon la présidence ukrainienne.

"Un missile a été détruit par la défense anti-aérienne. Six autres ont touché un village où plusieurs bâtiments résidentiels et d'autres structures ont été détruits", selon la présidence.

Le ministère russe de la Défense a pour sa part affirmé que ses frappes sur Odessa avaient détruit un stock de munitions fournies par les Occidentaux.

- "Ne pas entrer dans l'hiver" -

Le chef du cabinet de la présidence ukrainienne, Andriï Iermak, a souligné la nécessité pour son pays de renverser la vapeur avant l'hiver pour ne pas permettre aux forces russes de s'installer durablement.

"Il est très important pour nous de ne pas entrer dans l'hiver. Après l'hiver, quand les Russes auront plus de temps pour prendre pied, ce sera certainement plus difficile. Ils nous y entraînent. Il est très important pour nous de ne pas leur donner cette possibilité", a-t-il dit à Novoïé Vremia.

Pour cela, l'Ukraine réclame aux Occidentaux plus de systèmes d'artillerie de précision et à longue portée, comme les lance-roquettes multiples Himars fournis par les Etats-Unis, affirmant qu'ils pourraient "changer la donne" et permettre une contre-offensive pour repousser l'armée russe.

"Cela a réduit de façon significative l'avancée des Russes, et énormément réduit l'intensité de leurs tirs d'artillerie. Donc cela fonctionne", a déclaré le ministre de la Défense ukrainien Oleksiy Reznikov à l'Atlantic Council à Washington. Mais, a-t-il souligné, il faudrait pour changer la donne non pas quelques exemplaires de ces batteries de roquettes, mais "au moins 100".

Dans le même domaine, la cheffe de la diplomatie française Catherine Colonna a indiqué mardi que six nouveaux canons automoteurs Caesar, en plus des 12 déjà livrés, étaient "en route" pour l'Ukraine.

- Chercher les traîtres -

Le Parlement ukrainien a validé mardi le limogeage du chef des services de sécurité (SBU) Ivan Bakanov et de la procureure générale Iryna Venediktova, proposé dimanche par le président Volodymyr Zelensky qui leur a reproché des efforts insuffisants en matière de la lutte contre les espions russes et collaborateurs de Moscou.

M. Zelensky avait encore annoncé lundi une "révision des cadres" au sein du SBU alors qu'au moins trois hauts responsables du cette organisation avaient été soupçonnés de haute trahison ces derniers mois.

Les services ukrainiens cherchent aussi à identifier ceux, parmi la population, qui aident les artilleurs russes à ajuster leurs tirs, ou leur signalent des cibles.

Vitali Kim, gouverneur de la région de Mykolaïv (sud), constamment bombardée, a ainsi annoncé mardi une prime de 100 dollars pour ceux qui aideront à identifier ces indics. Il a par ailleurs indiqué qu'il envisageait de "fermer" la ville de Mykolaïv pour quelques jours afin de neutraliser les traîtres.

La guerre en Ukraine entrera le 24 juillet dans son sixième mois et il n'existe aucun bilan global des victimes civiles du conflit jusqu'à présent.

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