A deux ans des JO-2024 de Paris, la course d'obstacles des organisateurs et de l'Etat

Déborah CLAUDE
<p>Tony Estanguet avec la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castera lors d'une visite du siège du comité d'organisation des Jeux olympiques de Paris à Saint-Denis, près de Paris, le 31 mai 2022</p>

Après les JO de Tokyo, le patron du comité d'organisation Paris-2024 Tony Estanguet se disait "prêt à courir un marathon à la vitesse d'un 100 mètres" d'ici l'été 2024. A deux ans du top départ, la course s'avère semée d'obstacles pour les organisateurs et l'Etat.

. Budget: jusqu'où la facture va-t-elle grimper ?

L'inflation pèse sur le budget de 4 milliards d'euros du comité d'organisation des JO de Paris (Cojo) et sur celui de la Solideo, chargée de construire les ouvrages pérennes (4 milliards, dont 1,55 d'argent public).

Du côté du Cojo, aucun chiffre ne filtre sur un montant d'économies à faire. Après les 300 millions d'euros dégagés fin 2020, combien faudra-t-il trouver? Tous les marchés ne sont pas encore passés et tous les sponsors -- le géant du luxe LVMH est très attendu après l'arrivée de Carrefour-- ne sont pas encore engrangés.

<p>Principaux sites prévus pour les Jeux olympiques 2024</p>

"Ils sont très tendus niveau budget", confie à l'AFP une source proche du dossier, pour tenir dans leur enveloppe (billetterie, sponsoring, contribution du CIO). "La vérité des prix" va tomber à l'automne, disent plusieurs acteurs, pour une révision budgétaire programmée en fin d'année.

Côté Solideo, l'inflation devra bien être payée par quelqu'un, vraisemblablement par l'Etat qui abonde son enveloppe chaque année dans le budget des Sports.

Le contexte économique qui s'annonce difficile rendra encore plus indispensable l'absence de gaspillage, sans quoi les JO perdront l'opinion publique.

. Sécurité: trouver les agents manquants

<p>Il faudra avoir les forces publiques disponibles -- moyennant finances sans doute-- et surtout trouver les quelques 20.000 agents privés nécessaires alors que la filière est à genoux depuis la crise sanitaire</p>

La cérémonie d'ouverture des JO sur la Seine donne des sueurs froides aux services de police. Devra-t-elle être réduite? Pour l'instant, le Cojo ne veut rien changer. Mais il va aussi falloir assurer la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques pendant deux mois d'été. Une partie des épreuves se dérouleront en plein centre de Paris, place de la Concorde, tout près de l’Élysée, vers la Tour Eiffel ou encore au château de Versailles.

Il faudra avoir les forces publiques disponibles -- moyennant finances sans doute-- et surtout trouver les quelques 20.000 agents privés nécessaires alors que la filière est à genoux depuis la crise sanitaire.

. Transports: éviter l'embolie sur le périph' et à la sortie du RER

<p>Pour gérer les quelque dix millions de spectateurs attendus, la question des transports est essentielle, d'autant que certaines lignes de métro (16 et 17) qui devaient desservir la Seine-Saint-Denis ne seront pas prêtes à temps. </p>

Pour gérer les quelque dix millions de spectateurs attendus, la question des transports est essentielle, d'autant que certaines lignes de métro (16 et 17) qui devaient desservir la Seine-Saint-Denis ne seront pas prêtes à temps.

Un rapport sur le système de transports et de dessertes doit être remis à la Première ministre à la rentrée, à la lumière des incidents de la finale de la Ligue des champions au Stade de France, qui ont mis en avant des problèmes d'accès.

En plus du réseau de transports publics classiques, comme dans toute édition olympique, il faudra aussi affréter des bus supplémentaires, et du coup trouver des chauffeurs alors que la profession manque de bras. Pour l'accueil des Jeux paralympiques, il y a également des progrès considérables à faire côté accessibilité.

Le décret définissant les "voies olympiques", c'est-à-dire des voies de circulation réservées du 1er juillet au 15 septembre aux athlètes, aux officiels, aux médias, aux secours a été publié en mai.

. Dopage: ça urge!

Plusieurs sources du monde de l'antidopage ont affirmé à l'AFP que le Cojo était "très en retard" pour la mise en place de l'organisation de l'antidopage pendant les JO, si bien que même que "le CIO s'inquiète".

Si c'est l'International Testing Agency (ITA) qui officiera pendant les JO, c'est au Cojo de prévoir la logistique et de s'assurer qu'elle puisse intervenir et travailler correctement. L'AFLD (agence française de lutte antidopage) devrait récupérer la mission.

. Faire "bouger" les Français

<p>Des élèves d'une école élémentaire de Paris le 2 février 2021 lors de la 5e édition de la semaine olympique et paralympique</p>

Faire "bouger" les Français alors que la sédentarité fait des ravages chez les adultes et les enfants: l'objectif de santé publique partagé entre l'Etat et les JO s'est traduit pour l'instant par l'initiative, lancée par le Cojo, de mettre en place 30 minutes d'activité physique en école primaire. Sa généralisation est devenue l'une des mesures du programme du président Emmanuel Macron.

L'objectif de trois millions de pratiquants supplémentaires affichés en 2017 après l'obtention des JO sera difficile à atteindre, mis à mal aussi par la crise sanitaire.

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