Ukraine : frappes russes sur Odessa, Kiev accuse Poutine de "cracher" à la face du monde

Frankie TAGGART
<p>Un habitant quitte un immeuble résidentiel après un bombardement dans le centre de Kharkiv, au nord-est de l'Ukraine, le 23 juillet 2022</p>

Des frappes russes ont touché samedi le port d'Odessa, a assuré l'Ukraine, accusant Vladimir Poutine d'avoir "craché au visage" de l'ONU et de la Turquie et de compromettre l'application de l'accord signé la veille sur la reprise des exportations des céréales bloquées par la guerre.

Sans réagir directement, Moscou a nié toute implication dans ces frappes auprès d'Ankara.

"Le port d’Odessa, où les céréales sont traitées en vue d'être expédiées, a été bombardé. Nous avons abattu deux missiles et deux autres missiles ont touché le territoire du port, où, évidemment, il y a des céréales", a déclaré un porte-parole de l'armée de l'air ukrainienne.

"Quelques personnes sont blessées", a affirmé le gouverneur de la région, Maksym Martchenko, sans préciser combien et évoquant des "infrastructures portuaires endommagées".

Le grand port d'Odessa est crucial pour la reprise des exportations de céréales ukrainiennes.

Avec ces frappes, le président russe a "craché au visage du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres et du président turc Recep (Tayyip) Erdogan, qui ont déployé d'énormes efforts pour parvenir à cet accord", a commenté le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko.

Le président Volodymyr Zelensky a ensuite accusé Moscou de systématiquement violer ses engagements : "Cela ne prouve qu'une seule chose : peu importe ce que la Russie dit et promet, elle trouvera des moyens de ne pas l'appliquer".

Antonio Guterres a quant à lui "condamné" sans équivoque" ces attaques, soulignant que "la mise en œuvre intégrale" de l’accord "est impérative".

"Frapper une cible cruciale pour l’exportation de céréales un jour après la signature des accords d’Istanbul est particulièrement répréhensible et démontre une fois de plus le mépris total de la Russie pour le droit international et les engagements", a de son côté jugé le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell.

La cheffe de la diplomatie britannique a pour sa part évoqué une action "complètement injustifiée". "Cela montre que l'on ne peut pas se fier à un mot de ce que dit" M. Poutine, a ajouté Liz Truss.

La Russie a pourtant démenti auprès de la Turquie avoir été impliquée : "Les Russes nous ont dit qu'ils n'avaient absolument rien à voir avec cette attaque et qu'ils examinaient la question de très près", a assuré le ministre turc de la Défense, Hulusi Akar.

- Frappes sur le centre -

<p>Une femme près de ce qu'il reste de sa maison après des frappes russes à Zalissia, dans la région de Kiev, le 22 juillet 2022</p>

Le centre de l'Ukraine n'a pas été épargné non plus avec une reprise samedi des bombardements russes qui ont fait trois morts.

Treize missiles de croisière russes tirés de la mer sont tombés près de la ville de Kropyvnytskyi, dans la région de Kirovograd (centre), a annoncé son gouverneur Andriy Raikovytch, précisant que des infrastructures ferroviaires et un aérodrome militaire avaient été pris pour cible.

Des tirs d'artillerie ont aussi visé Kharkiv, dans le nord-est, où une femme a été blessée, selon la présidence ukrainienne.

En Hongrie, le président Viktor Orban considère que seuls des "pourparlers russo-américains pourront mettre fin au conflit, car la Russie veut des garanties de sécurité" que seul Washington peut fournir.

<p>Graphique montrant les pays importateurs nets de blé dont la part des exportations de blé provenant de Russie et/ou d'Ukraine dépasse les 50%, en 2021, d'après les données de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)</p>

Avant l'annonce des frappes sur Odessa, l'Union africaine s'était "félicitée" samedi de l'accord sur les exportations de céréales, saluant un événement "bienvenu" pour le continent qui fait face à un risque accru de famine.

L'accord doit permettre d'exporter 20 à 25 millions de tonnes de grains bloquées en Ukraine.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie - deux pays qui assurent notamment 30% des exportations mondiales de blé - a conduit à une flambée des cours des céréales et des huiles, frappant durement le continent africain très dépendant des deux belligérants pour son approvisionnement.

Cette hausse des cours a aggravé la situation de pays déjà confrontés à une crise alimentaire, en particulier dans la Corne de l'Afrique (Kenya, Ethiopie, Somalie, Djibouti) qui connaît sa pire sécheresse en 40 ans.

- "Responsabilité de l'ONU" -

<p>Un agriculteur regarde son champ de blé près de Mykolaïv, le 21 juillet 2022</p>

Le cours du blé a chuté vendredi après l’accord, retrouvant même son cours d’avant la guerre sur le marché américain (Chicago), tandis que sur le marché européen (Euronext), il restait environ 16% au-dessus du cours d’avant l’invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février.

La signature de ce texte âprement négocié sous les auspices des Nations unies et d'Ankara a eu lieu à Istanbul en présence de M. Guterres et du président Erdogan.

Les conditions sont réunies pour son application "dans les prochains jours", a assuré peu après le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou.

Washington qui soutient l'Ukraine, a fait peser sur Moscou la responsabilité du succès de l'opération. "Il revient maintenant à la Russie de concrètement mettre en oeuvre cet accord", a averti la diplomatie américaine.

<p>La moisson dans la région de Kharkiv, nord-est de l'Ukraine, le 19 février 2022</p>

Dès vendredi soir, l'Ukraine s'était montrée circonspecte.

Il est désormais de "la responsabilité de l'ONU" de garantir le respect de l'accord, avait déclaré M. Zelensky, disant s'attendre à "des provocations, à des tentatives de discréditer les efforts ukrainiens et internationaux".

"L'accord correspond entièrement aux intérêts de l'Ukraine", s'était-il cependant félicité, ajoutant que les militaires ukrainiens continueraient de contrôler "à 100% tous les accès aux ports", dont la Russie exigeait initialement le déminage.

- "Couloirs sécurisés" -

<p>Principaux ports dans la région de la mer Noire et ports ukrainiens</p>

La principale mesure est la mise en place de "couloirs sécurisés" afin de permettre la circulation en mer Noire des navires marchands, que Moscou et Kiev s'engagent à "ne pas attaquer", a expliqué un responsable des Nations unies.

Il sera valable "120 jours", le temps de sortir les millions de tonnes accumulées dans les silos d'Ukraine tandis qu'une nouvelle récolte approche.

Les négociateurs ont toutefois renoncé à nettoyer la mer Noire des mines - principalement posées par les Ukrainiens pour protéger leurs côtes.

<p>Un soldat ukrainien dans une rue de Siversk, région de Donetsk (est de l'Ukraine), le 22 juillet 2022</p>

Quant aux inspections des navires au départ et en direction de l'Ukraine, exigées par la Russie pour empêcher de les utiliser pour amener des armes, elles auront lieu dans les ports d'Istanbul.

Moscou a par ailleurs obtenu la garantie que les sanctions occidentales ne s'appliqueraient, ni directement ni indirectement, aux exportations d'engrais et de céréales russes.

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