Le référendum, une "nouvelle chance" pour nombre de Tunisiens

Kaouther LARBI
<p>Des Tunisiens votent lors du référendum organisé par le président Kais Saied pour une nouvelle Constitution, à Tunis, le 25 juillet 2022</p>

Aya rêve d'une "nouvelle chance" pour la Tunisie. Cette étudiante de 23 ans se distingue par son jeune âge au milieu d'électeurs surtout quadragénaires venus voter lundi au référendum sur la nouvelle Constitution du président Kais Saied, accusé par ses opposants de vouloir instaurer une dictature.

Les principaux partis d'opposition dont le mouvement d'inspiration islamiste Ennahdha, au coeur du pouvoir jusqu'en juillet 2021, ont appelé à boycotter le scrutin qu'ils jugent "illégal" et non concerté.

La victoire du "oui" faisant peu de doutes pour les experts, l'enjeu principal du vote est donc l'affluence car elle aura valeur de test de la popularité du président Saied, un outsider élu à la surprise générale en 2019.

Ce référendum peut "être le point de départ de réels changements puisque le président met en oeuvre la politique qu'il considère comme la plus adéquate pour le bien du pays", estime Aya Jemaï, qui a voté dans un bureau de vote dans le centre de Tunis.

Face à la "situation chaotique" du pays, en proie à une grave crise économique (pouvoir d'achat en chute libre, chômage très élevé, pauvreté en hausse), la jeune fille se dit "optimiste" et confiante dans l'action du président pour y remédier.

La nouvelle loi fondamentale, préparée par M. Saied en personne, instaure un régime ultra-présidentiel, en rupture avec le système parlementaire hybride en place depuis 2014.

L'opposition assure que ce texte, "taillé sur mesure", "légitime le coup d'Etat" de M. Saied, un constitutionnaliste qui, arguant de l'ingouvernabilité du pays, s'est emparé de tous les pouvoirs il y a un an et dirige depuis par décrets le pays, berceau du Printemps arabe.

- "Jusqu'au bout" -

De nombreuses ONG ont critiqué le manque de garde-fous pour les libertés et le fait que le président ne soit redevable à qui que ce soit, disant redouter un retour aux régimes autocratiques, comme sous Habib Bourguiba et Ben Ali avant 2011.

<p>Le président tunisien Kais Saied vote lors de son référendum pour une nouvelle Constitution, à Tunis, le 25 juillet 2022</p>

A l'inverse, M. Saied affirme avoir pris le relais de la Révolution de 2011 et vouloir refermer la parenthèse de 10 années de gouvernements inefficaces et "corrompus" dominés par Ennahdha, sa bête noire.

"Ils sont restés plus de 10 ans au pouvoir sans rien faire, donc qu'ils laissent cet homme travailler! Nous croyons en lui et nous le soutiendrons jusqu'au bout", assure à l'AFP Baya, une électrice de 54 ans.

Comme elle, beaucoup d'électeurs n'hésitent pas à dévoiler leur choix, tout en montrant leur doigt teinté d'encre indélébile, sous le nez d'agents de police et devant les caméras de télévision, sans se soucier des règles du silence électoral.

"Par ce comportement, ces gens veulent intimider les autres qui rejettent cette Constitution", proteste auprès de l'AFP un électeur furieux, qui a refusé de donner son nom.

- "Nouvelle page" -

Le président lui-même a été critiqué pour avoir fait la promotion lundi matin de la nouvelle Constitution, violant, selon ses détracteurs, les règles de neutralité en vigueur jusqu'à la fin des opérations de vote à 21H00 GMT.

Venu voter à Cité Ennasr, Kais Saied a appelé à approuver son texte "pour établir une nouvelle République fondée sur la vraie liberté, la vraie justice et la dignité nationale".

Les partis ayant appelé au "non" représentent une minorité infime de l'électorat.

Près de 12% des 9,3% millions d'électeurs avaient déjà voté à 12H00 GMT, un chiffre destiné à encore "augmenter", selon le président de l'autorité électorale Farouk Bouasker.

<p>Des Tunisiens votent lors du référendum organisé par le président Kais Saied pour une nouvelle Constitution, à Tunis, le 25 juillet 2022</p>

"Le taux de participation n'est pas mal du tout", confirme aux journalistes Raouf Ben Moussa, vice-président du bureau de vote de Rue de Marseille, dans la capitale.

"Celui qui aime la Tunisie, doit venir voter et dire oui! C'est un devoir!", s'exclame dans un autre bureau de vote à Tunis, Majrya Hajja, 60 ans.

Chokri qui aide son père septuagénaire appuyé sur une canne, à voter dans une école primaire, ne dit pas autre chose: "nous approuvons toutes ces mesures c'est pour cela que nous sommes venus aujourd'hui pour dire +Oui+ au président Saied et à ses décisions".

Ridha Nefzi, un travailleur journalier de 43 ans vote "pour changer la situation du pays". "Maintenant commence une nouvelle page", assure-t-il.

Le référendum ne prévoit pas de quorum, ce qui signifie qu'il suffit d'une majorité simple pour qu'il soit adopté.

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