L'Ukraine espère reprendre ses exportations de céréales cette semaine

Frankie TAGGART
<p>Un soldat ukrainien étreint sa compagne avant de prendre le train pour Dnipro à la station d'Odessa le 24 juillet 2022</p>

L'Ukraine a dit lundi s'attendre à reprendre ses exportations de céréales "dès cette semaine", pour la première fois depuis le début de la guerre, après la signature d'un accord avec Moscou et malgré le bombardement samedi par l'armée russe du grand port d'Odessa, vital pour ce commerce.

"Nous nous attendons à ce que l'accord commence à fonctionner dans les prochains jours et nous prévoyons qu'un centre de coordination sera mis en place à Istanbul dans les prochains jours. Nous préparons tout pour commencer dès cette semaine", a déclaré à la presse le ministre ukrainien de l'Infrastructure Oleksandre Koubrakov.

Selon lui, l'entrave principale à la reprise des exportations est le risque de bombardements russes, comme l'illustre la frappe ayant visé samedi le port d'Odessa sur la mer Noire.

La Russie a défendu lundi ses frappes sur Odessa, affirmant qu'elles visaient des cibles militaires et n'entravaient pas la reprise des exportations de céréales ukrainiennes. Moscou a assuré avoir détruit dans ce port du sud de l'Ukraine un bâtiment de guerre ainsi que des missiles fournis par les Etats-Unis.

Les bombardements sur Odessa "visent uniquement l'infrastructure militaire. Ce n'est pas du tout lié à l'infrastructure utilisée pour la mise en oeuvre de l'accord sur les exportations de céréales", a affirmé le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

"C'est pourquoi cela ne peut ni ne doit gêner le début du processus de chargement", a-t-il ajouté.

- Garantir la sécurité -

Oleksandre Koubrakov a pour sa part appelé les garants de l'accord, la Turquie et l'ONU, à garantir la sécurité des convois ukrainiens. "Si les parties ne garantissent pas la sécurité, cela ne marchera pas", a-t-il prévenu.

Le vice-ministre de l'Infrastructure, Iouri Vaskov, a précisé que le port de Tchornomorsk (sud-ouest) serait le premier à fonctionner pour les exportations, suivi par celui d'Odessa, puis par celui de Pivdenny (sud-ouest).

<p>Carte de la situation en Ukraine au 25 juillet à 7h GMT</p>

L'accord signé vendredi à Istanbul entre Moscou et Kiev, sous l'égide de l'ONU, prévoit des "couloirs sécurisés" pour la circulation en mer Noire des navires marchands.

Il doit permettre d'exporter 20 à 25 millions de tonnes de céréales bloquées en Ukraine depuis le début de l'invasion russe le 24 février, et de faciliter les exportations agricoles russes, réduisant ainsi le risque d'une crise alimentaire dans le monde.

L'exportation de blé, maïs et tournesol d'Ukraine se faisait à 90% par la mer et pour l'essentiel par Odessa, principal port ukrainien en mer Noire, qui concentrait 60% de l'activité portuaire du pays.

<p>Principaux ports dans la région de la mer Noire et ports ukrainiens</p>

L'Ukraine et la Russie assurent environ 30% des exportations mondiales de blé et la guerre a conduit à une flambée des cours des céréales et des huiles, qui a en particulier durement frappé le continent africain.

Le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, mène justement une tournée africaine pour rassurer les pays lourdement dépendants des céréales ukrainiennes.

"Rien ne figure dans les engagements pris par la Russie, notamment dans le cadre des accords signés le 22 juillet à Istanbul, qui nous interdirait de poursuivre l'opération militaire spéciale, en détruisant des infrastructures militaires" ukrainiennes, a-t-il insisté lundi lors d'une conférence de presse à Oyo, au Congo.

- Pas de répit sur le front -

<p>Un soldat ukrainien dans la région de Mykolaïv, le 23 juillet 2022</p>

Sur le terrain, la guerre ne connaît pas de répit sur les fronts de Mykolaïv (sud), dans la région de Kharkiv (nord-est), la deuxième plus grande ville d'Ukraine, dans celle de Kherson (sud) et dans les deux territoires séparatistes prorusses de Donetsk et de Lougansk, dans l'est.

<p>Un monument sur la ligne de front à Mykolaïv, en Ukraine, le 23 juillet 2022</p>

A Kherson, dont les Russes se sont emparés le 3 mars, la situation "reste critique" avec des pénuries de médicaments, de nourriture et de produits d’hygiène, a affirmé lundi à la presse Dmytro Boutry, à la tête de l’administration militaire régionale.

Il a par ailleurs assuré que les forces ukrainiennes avaient repris le contrôle de 44 villages dans la région et ont visé trois ponts pour compliquer la logistique russe.

<p>Un soldat ukrainien dans une rue de Siversk, région de Donetsk (est de l'Ukraine), le 22 juillet 2022</p>

Dans ce contexte, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé dimanche soir ses compatriotes à "être unis et à travailler ensemble pour la victoire", avant de "célébrer pour la première fois le Jour de la souveraineté de l'Ukraine, le 28 juillet".

Son homologue allemand, Frank-Walter Steinmeier, a estimé que la guerre russe en Ukraine était aussi "une guerre contre l'unité de l'Europe", alors que les premiers canons antiaériens allemands Gepard promis par l'Allemagne sont arrivés en Ukraine.

"Nous attendons 15 Gepards. Trois d’eux sont arrivés en Ukraine aujourd'hui. Ils sont déjà à la disposition de forces armées de l'Ukraine", a annoncé lundi le ministre ukrainien de la Défense Oleksiï Reznikov, cité par l'agence Interfax-Ukraine.

"Les chars polonais PT-91 Twardy sont arrivés en Ukraine, nous sommes très reconnaissants envers nos alliés polonais", a de son côté écrit lundi sur Twitter Andriy Iermak, le chef de l'administration présidentielle ukrainienne.

Alors que la guerre est entrée dimanche dans son sixième mois, l'Ukraine s'est par ailleurs résolue à renoncer au prochain Eurovision: l'organisation de l'édition 2023 de l'extravagant concours de la chanson revient au Royaume-Uni, arrivé deuxième et en pointe du soutien à Kiev.

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