L'humanité a consommé tout ce que la planète peut produire en un an sans s'épuiser

Laure FILLON
<p>Le "jour du dépassement" - qui se produit quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes naturels - commence jeudi, selon les ONG Global Footprint Network et WWF</p>

Jeudi, l'humanité aura consommé l'ensemble de ce que la planète peut produire en un an sans s'épuiser et elle vivra le reste de l'année à crédit, ont averti les ONG Global Footprint Network et WWF.

Pour le dire de façon imagée, il faudrait 1,75 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable, selon cet indicateur créé par des chercheurs au début des années 1990, et qui ne cesse de s'aggraver.

Cette date correspond à celle où "l'humanité a consommé l’ensemble de ce que les écosystèmes peuvent régénérer en une année", selon les deux ONG.

<p>Evolution entre 1971 et 2022 de la date du "jour du dépassement" qui désigne la date où l'humanité a consommé l'ensemble des ressources naturelles que la Terre peut renouveler sur une année</p>

"Durant les 156 jours qui restent (jusqu'à la fin de l'année), notre consommation de ressources renouvelables va consister à grignoter le capital naturel de la planète", a précisé Laetitia Mailhes de Global Footprint Network lors d'une conférence de presse.

Ceci ne prend même pas en compte les besoins des autres espèces vivant sur Terre. "Il faut aussi laisser des espaces pour le monde sauvage", ajoute-t-elle.

Le "dépassement" se produit quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes naturels. Il ne cesse, selon l'ONG Global Footprint Network qui suit cette mesure, de se creuser depuis 50 ans: 29 décembre en 1970, 4 novembre en 1980, 11 octobre en 1990, 23 septembre en 2000, 7 août en 2010.

En 2020, cette date avait été repoussée de trois semaines sous l'effet des confinements liés à la pandémie de Covid-19, avant de renouer avec les niveaux d'avant.

<p>Des bateaux de pêche dans le port de pêche de Karachi le 29 septembre 2021</p>

- Système alimentaire devenu fou -

Cette empreinte écologique se calcule à partir de six catégories différentes, "les cultures, les pâturages, les espaces forestiers nécessaires pour les produits forestiers, les zones de pêche, les espaces bâtis et les espaces forestiers nécessaires pour absorber le carbone émis par la combustion d’énergies fossiles" et est intimement liée aux modes de consommation, en particulier dans les pays riches.

A titre d'exemple, si tous les humains vivaient comme les Français, le jour du dépassement serait intervenu encore plus tôt, le 5 mai 2022.

WWF et Global Footprint Network pointent en particulier du doigt notre système alimentaire.

<p>Un tracteur soulève un nuage de poussière en labourant un champ près de Froideville (Suisse), le 26 juillet 2022</p>

"Notre système alimentaire a perdu la tête avec une surconsommation des ressources naturelles, sans répondre aux besoins de lutte contre la pauvreté" d'un côté, et de l'autre une épidémie de surpoids et d'obésité, commente Pierre Cannet, de WWF France.

"L'empreinte écologique de l'alimentation est considérable: la production de nourriture mobilise toutes les catégories d’empreinte, en particulier les cultures (nécessaires pour l'alimentation animale et humaine) et le carbone (l’agriculture est un secteur fortement émetteur de gaz à effet de serre)", détaillent les deux ONG.

"Au total, plus de la moitié de la biocapacité de la planète (55%) est utilisée pour nourrir l'humanité", relèvent-elles.

<p>Dates symboliques du "jour du dépassement" si l'humanité entière vivait comme la population d'une sélection de pays et de territoires</p>

Plus précisément, "une grande partie des denrées alimentaires et des matières premières sont utilisées pour nourrir des bêtes et des animaux qu'on consomme après", précise Pierre Cannet. Dans le cas de l'Union européenne, "63% des terres arables (...) sont directement associées à la production animale", donne-t-il comme exemple.

Or l'agriculture contribue à la déforestation, au changement climatique en émettant des gaz à effet de serre, à la perte de la biodiversité et à la dégradation des écosystèmes, tout en utilisant une part importante de l'eau douce, rappellent les ONG.

Se basant sur les recommandations scientifiques, elles plaident pour une baisse de la consommation de viande dans les pays riches.

<p>Les ONG plaident pour une baisse de la consommation de viande dans les pays riches</p>

"Si nous pouvions réduire la consommation de viande de moitié, nous pourrions reculer la date du jour du dépassement de 17 jours", fait valoir Laetitia Mailhes.

"Limiter le gaspillage alimentaire permettrait de faire reculer la date de 13 jours, ça n’est pas négligeable", ajoute-t-elle, alors qu'un tiers de la nourriture est gaspillée dans le monde.

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