L'est de la France à son tour gagné par la canicule

Damien STROKA
<p>Un homme met des bouteilles d'eau dans sa voiture sur le parking d'un supermarché à Gérardmer dans l'est de la France, le 3 août 2022</p>

"Si on s'assoit dehors, on brûle" : le troisième épisode caniculaire de cet été brûlant, auquel s'ajoute une vigilance "sécheresse" étendue à ensemble du territoire, a gagné jeudi l'est de la France où Météo France attend jusqu'à 36°C à Strasbourg et 38°C à Lyon.

Les vingt-six départements placés en vigilance orange dès mercredi, au pic de ce nouvel épisode, le resteront jeudi, du Sud-Ouest à la Bourgogne et à l'Alsace, et du Languedoc aux Alpes. Cinquante autres sont en jaune sur la carte de Météo France.

"Si on s'assoit dehors, on brûle", témoigne donc Zackaria, un sans-abri de 27 ans qui a trouvé refuge dans un centre d'accueil parisien climatisé d'Emmaüs Solidarité. L'association a étendu ses horaires d'accueil de jour pour faire face à la vague de chaleur.

A Strasbourg, les promeneurs se réfugient à l'ombre de la cathédrale tandis que d'autres flânent autour d'une fontaine. Devant un glacier, la file d'attente s'allonge. "Il fait très chaud (...) Je mange des glaces pour me rafraîchir", confie Timo Kessler, un touriste allemand de 48 ans.

Il fera de 37 à 39 sur le Sud-Ouest et des frontières allemandes au couloir rhodanien avec des températures nocturnes qui seront restées comprises entre 18 et 21 degrés voire 24 localement dans la nuit de mercredi à jeudi.

- Rafraichissement -

Météo-France prévoit des températures plus clémentes sur la Bretagne, une large bande au nord de la Seine et sur les côtes de la Manche, de nouveau en vert sur la carte, en raison d'un vent du nord.

Un rafraichissement qui annonce un weekend plus frais, avant une nouvelle hausse des températures en début de semaine prochaine. Cette troisième vague de chaleur devait être toutefois moins longue que la précédente qui avait pris fin le 25 juillet et duré 14 jours.

Quelques ondées parfois orageuses sont aussi attendues jeudi. Mais pas de quoi apaiser les craintes liées à la sécheresse.

Juillet 2022 est "au second rang des mois les plus secs tous mois confondus" en France depuis le début des mesures en 1958-1959, avec un cumul de précipitations agrégées de 9,7 millimètres, selon Météo-France.

Jusqu'à présent, le mois le plus sec jamais enregistré remontait à mars 1961 avec 7,8 millimètres.

<p>Un homme marche le long du lac de Gérardmer, dans l'est de la France, le 3 août 2022, alors que le niveau d'eau du lac a baissé suite à une vague de chaleur</p>

Dans les Vosges, l'inquiétude est vive à Gérardmer, station qui souffrait déjà de saisons hivernales de plus en plus incertaines en raison du réchauffement climatique et qui affronte désormais une sécheresse estivale d'une intensité et d'une précocité exceptionnelles.

- "Situation extrême" -

Une "situation extrême", selon le maire (PS) Stessy Speissmann. La nappe phréatique est exsangue et la ville doit puiser l'eau dans le grand lac qui fait sa réputation. Pendant deux jours, mercredi et jeudi, cette eau est considérée comme non-potable, le temps de mener des analyses.

En Haute-Corse, Rogliano a même opté pour l'acquisition d'une unité de dessalement, une première dans l'île. "On n'a plus le choix, on va être les pionniers en Corse", a expliqué à l'AFP Patrice Quilici, maire de ce village à la pointe du Cap Corse qui inclut le très touristique port de plaisance de Macinaggio.

Lourdes conséquences également pour EDF qui pourrait abaisser encore sa production d'électricité nucléaire ces prochains jours, voire d'arrêter un réacteur de la centrale du Tricastin (Drôme) en raison des températures élevées des fleuves.

<p>Le maire de Gérardmer Stessy Speissmann marche dans le lit de la rivière Jamagne asséchée à Gérardmer, dans l'est de la France, le 3 août 2022</p>

EDF a aussi mis en garde sur de possibles "restrictions de production" à la centrale de Saint-Alban (Isère), sur le Rhône, ou à celle de Golfech (Tarn-et-Garonne), sur la Garonne.

Autre secteur en grande souffrance : l'agriculture. "Nous avons eu chronologiquement ou presque la crise porcine, la grippe aviaire, la crise ukrainienne, le gel et la grêle et vient la sécheresse... Sur douze mois nous avons eu le condensé de ce que nous avons sur 5 ou 10 ans", a résumé le ministre Marc Fesneau dans une interview à l'AFP.

Certains éleveurs de bovins en sont réduits à vendre leurs bêtes, faute de pouvoir les nourrir.

Depuis 1947, 45 vagues de chaleur ont été recensées en France.

Elles "ont été sensiblement plus nombreuses au cours des dernières décennies. Sur les 35 dernières années, elles ont été trois fois plus nombreuses que sur les 35 années précédentes", selon Météo-France.

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