Ethiopie: situation incertaine et inquiétudes internationales après la reprise des combats

Aymeric VINCENOT
<p>Une femme passe devant un char abandonné par les forces tigréennes au sud de Mehoni, en Ethiopie, le 11 décembre 2020</p>

La communauté internationale s'inquiétait jeudi de la reprise la veille, après cinq mois de trêve, des combats entre armée fédérale et rebelles du Tigré dans le nord de l'Ethiopie, où la situation sur le terrain était peu claire.

Ni le gouvernement éthiopien ni les autorités rebelles - qui s'accusent mutuellement d'avoir déclenché les nouveaux affrontements - n'ont donné d'information sur une poursuite ou non des combats jeudi, et aucun n'a répondu aux questions de l'AFP.

Dans un communiqué daté de mercredi, les autorités rebelles du Tigré ont simplement indiqué que les forces gouvernementales "n'avaient pas réussi" à "briser (leurs) lignes de défense".

Les combats, qui se sont déclarés mercredi dans des zones des régions de l'Amhara et de l'Afar situées autour de la pointe sud-est de celle du Tigré, ne semblent pas s'être étendus.

Mais la communauté internationale s'inquiète d'une possible reprise du conflit à grande échelle et que s'éteignent les maigres espoirs suscités en juin par des perspectives de négociations jamais concrétisées.

Depuis qu'il a éclaté en novembre 2020, le conflit a fait plusieurs milliers de morts, déplacé plus de deux millions de personnes et plongé des centaines de milliers d’Ethiopiens dans des conditions proches de la famine, selon les Nations unies.

La trêve conclue fin mars avait permis notamment la reprise progressive de l'acheminement de l'aide humanitaire par la route vers le Tigré, après trois mois d'interruption.

- appels au dialogue -

"Les informations sur une reprise du conflit dans le nord de l'Ethiopie assombrissent les perspectives de paix", a estimé le chef de la diplomatie de l'Union européenne Josep Borrell, appelant "toutes les parties à désamorcer la situation avant qu'elle ne dégénère à nouveau en guerre à part entière".

Le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a appelé les belligérants "à mettre une fin définitive au conflit". L'ONU, l'Union africaine, la Turquie, la France et la Grande-Bretagne ont aussi appelé au dialogue.

Jeudi, le vice-Premier ministre éthiopien et ministre des Affaires étrangères, Demeke Mekonnen, a répété à des diplomates que "le gouvernement est prêt à défendre l'intégrité territoriale et la souveraineté de la Nation", mais aussi "déterminé à utiliser des moyens pacifiques pour mettre fin au conflit".

Le gouvernement a à nouveau accusé jeudi les rebelles de détourner l'aide humanitaire à des fins militaires, après que le Programme alimentaire mondial a affirmé qu'ils s'étaient emparés la veille par la force de 12 camions citernes stationnés au Tigré et contenant 570.000 litres de carburant nécessaires à la distribution de nourriture.

Addis Abeba assure que "le pillage du carburant" a "sans aucun doute possible servi" aux rebelles pour reprendre les combats mercredi et réclame que la communauté internationale "fournisse des garanties que l'aide humanitaire parvient bien aux bénéficiaires prévus" au Tigré.

Les autorités rebelles du Tigré ont nié tout "vol", affirmant n'avoir fait que récupérer, pour faire fonctionner les installations de santé de la région privée d'électricité, plus de 600.000 litres de carburant qu'elles avaient prêtés "il y a quelques mois" au PAM et que celui-ci n'avait jamais restitué.

- "discussions directes" -

Depuis fin juin, le gouvernement éthiopien et les rebelles du Tigré répètent à l'envi leur disposition à entamer des négociations de paix, mais continuent de s'opposer sur leurs modalités. Et ces derniers jours s'étaient accusés mutuellement de se préparer à la guerre.

<p>Carte d'Ethiopie localisant la région du Tigré</p>

Le gouvernement fédéral veut des pourparlers immédiats sans précondition, sous l'égide de l'Union africaine (UA). Les rebelles exigent au préalable que soient rétablis l'électricité, les télécommunications et les services bancaires dont le Tigré est privé, et rejettent la médiation du Haut-représentant de l'UA, Olusegun Obasanjo.

Dans une lettre publiée mercredi, le chef des autorités rebelles du Tigré, Debretsion Gebremichael, a pour la première fois reconnu que "deux séries de discussions directes" avaient eu lieu avec des responsables civils et militaires du gouvernement éthiopien et accusé ce dernier de ne pas avoir respecté des engagements pris alors.

"Pendant qu'une partie trace une feuille de route pour la paix, l'autre partie déclare la guerre. Pendant que le gouvernement explore toutes les options pour consolider la trêve", les rebelles tigréens "travaillent activement à sa fin", a souligné de son côté le comité chargé par le Premier ministre Abiy Ahmed de préparer des négociations.

La guerre a commencé quand le Premier ministre Abiy Ahmed a envoyé l'armée au Tigré déloger les autorités régionales, les accusant d'avoir attaqué des bases militaires après avoir contesté son autorité durant des mois.

Après avoir initialement battu en retraite, les rebelles tigréens ont repris le contrôle de l'essentiel de la région lors d'une contre-offensive mi-2021, au cours de laquelle ils sont entrés en Amhara et Afar.

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