Ralentissement ou non? Le marché de l'emploi américain sur le fil du rasoir

Julie CHABANAS
<p>"On embauche" affiché devant un restaurant de Los Angeles (Californie) le 17 août 2022</p>

Le marché du travail aux Etats-Unis pourrait avoir amorcé un ralentissement en août, et les créations d'emplois sont attendues moins nombreuses, mais la situation reste tendue avec une importante pénurie de main d'oeuvre.

Les chiffres officiels de l'emploi seront dévoilés vendredi à 08H30 (12H30 GMT). Le taux de chômage est attendu à 3,5%, comme en juillet, lorsqu'il avait pour la première fois retrouvé son niveau d'avant la pandémie, qui était le plus bas depuis 50 ans.

Mais les créations d'emplois, en revanche, pourraient avoir fortement ralenti, pour tomber à 300.000. Ce serait quasiment deux fois moins qu'en juillet.

Les emplois créés en août dans le seul secteur privé ont déçu: 315.000 créations étaient attendues, mais il n'y en a eu que 132.000, selon l'enquête mensuelle ADP/Stanford Lab, publiée mercredi.

"Nous pensons que ces chiffres suggèrent une transition vers un rythme d'embauche plus modéré", avait précisé Nela Richardson, cheffe économiste pour ADP, lors d'une conférence téléphonique.

Elle avait précisé que "les entreprises de toutes tailles essaient de comprendre la situation économique complexe", liée à l'"inflation élevée" et au manque de travailleurs au moment où les employeurs cherchent, eux, à embaucher de façon importante.

Ni le ralentissement économique, ni les craintes de récession, ni même les mesures prises par la banque centrale américaine (Fed) pour enrayer la demande et ainsi juguler l'inflation, n'ont jusqu'à présent eu raison de la santé de fer du marché de l'emploi.

Le marché du travail avait montré en juillet un dynamisme inattendu, retrouvant même son niveau d'avant la pandémie.

Avec plus d'un demi-million de nouvelles embauches, le taux de chômage est revenu à 3,5%, comme en février 2020, et les 22 millions d'emplois qui avaient été détruits à cause du Covid-19 ont désormais été recréés.

Il y avait, fin juillet, plus de 11 millions de postes vacants, soit deux pour chaque demandeur d'emploi. Ce sont encore plus de 4 millions de démissions qui avaient été enregistrées sur le mois, comme en juin.

- Conditions "tendues" -

Et les inscriptions hebdomadaires au chômage, qui donnent une indication sur le niveau des licenciements, ont baissé quasiment chaque semaine en août. Elles sont à des niveaux historiquement bas.

"Les conditions du marché du travail restent tendues malgré une croissance économique assez faible", relevait ainsi Nancy Vanden Houten, cheffe économiste pour Oxford Economics, dans une note publiée jeudi.

Le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis s'est contracté aux deux premiers trimestres de 2022, ce qui correspond à la définition classique de la récession. Et si la première économie du monde ne semble cette fois pas entrer dans cette case, c'est notamment en raison de la santé de fer de son marché du travail.

La lutte contre la forte inflation, pourtant, passera par un ralentissement de l'emploi, et même sans doute par une hausse du taux de chômage.

Jerome Powell, le patron de la Fed, l'a martelé la semaine dernière à la conférence de Jackson Hole: revenir à la stabilité des prix entraînera "une longue période de croissance plus faible" ainsi qu'"un ralentissement du marché du travail".

D'autant plus que les entreprises sont confrontées depuis plus d'un an à une pénurie de main d'oeuvre, et, pour recruter, offrent des hausses de salaires, ce qui contribue à faire grimper les prix.

La Fed, à la manoeuvre face à l'inflation, relève progressivement ses taux directeurs, afin de rendre le crédit plus onéreux pour les particuliers et les entreprises, et ainsi ralentir la consommation, et donc la pression sur les prix.

Elle relèvera de nouveau ses taux lors de sa prochaine réunion, les 20 et 21 septembre, et, pour en définir l'ampleur, regardera de très près ces chiffres de l'emploi. Un ralentissement du marché du travail, en effet, pourrait montrer que ses actions commencent à porter leurs fruits, quand l'inverse pourrait la pousser à vouloir agir avec force.

L'inflation, au plus haut depuis 40 ans, a cependant ralenti en juillet, à 8,5% sur un an, selon l'indice CPI.

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