Coup d'envoi du contesté Conseil national de la refondation

Valérie LEROUX et Anne RENAUT
<p>Le président français Emmanuel Macron arrive à une conférence de presse après une entrevue avec le chancelier allemand Olaf Scholz en visioconférence, au palais de l'Elysée à Paris, le 5 septembre 2022</p>

Une naissance difficile : Emmanuel Macron donne jeudi le coup d'envoi du Conseil national de la refondation (CNR), voulu comme un outil de "renouveau démocratique", mais déjà contesté et même boycotté par les oppositions.

Un point presse du président précédera la réunion qui se tiendra à huis clos, à la demande de participants, selon l'Élysée.

Le CNR débute ainsi ses travaux à Marcoussis (Essonne) loin des yeux du public, et sans les oppositions, qui y voient avant tout un moyen pour le président de contourner le Parlement, où son camp n'a plus de majorité absolue, pour reprendre la main dans le débat public.

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a refusé de venir, estimant que "la démocratie représentative" c'est le Parlement, et qu'il existe déjà un "forum de la société civile" avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Même constat à gauche et à l'extrême droite : Alexis Corbière (LFI) dénonce un "bazar" pour "esquiver le parlement", Marine Le Pen (RN) un "gadget", quand Olivier Faure (PS) n'y voit "aucun intérêt".

L'ex-président François Hollande, jamais avare de piques envers son successeur, doute aussi de la nécessité d'un "nouveau +machin+", en reprenant à son compte une formule du général de Gaulle à propos de l'ONU. Jeudi sur France Inter il a souhaité que le CNR discute en priorité d'une "évaluation" des décisions sur le climat et la guerre en Ukraine.

Côté majorité, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, retenu par un congrès au Québec, sera le grand absent mais se fera représenter.

- Méthode "loyale ou pas" -

La "bouderie va cesser assez vite" lorsque certains enjeux, potentiellement "référendaires", seront sur la table et qu'il y aura des "déclinaisons territoriales des CNR", veut toutefois croire un responsable gouvernemental.

Seuls trois syndicats seront présents: la CFDT, la CFTC et l'Unsa.

Le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a expliqué jeudi sur RTL se rendre au CNR pour savoir "si la méthode d'Emmanuel Macron sera loyale ou pas", jugeant qu'il n'y a pas "l'option de bouder" quand on est syndicaliste. Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a appelé à son arrivée sur place à "donner sa chance au produit".

"C'est un pari d'avenir qui est intéressant. On est ouvert au dialogue. On est dans l'urgence et j'espère que ça va être perçu dans la journée", a déclaré à son arrivée Allain Bougrain-Dubourg, président de la ligue de protection des oiseaux (LPO).

Guy Geoffroy, vice-président de l'Association des maires de France (AMF) y voit une "main tendue" mais il sera "très vigilant sur le point d'arrivée de la démarche engagée". La démarche "nous semblait un peu confuse. Le président a fait en sorte que ce soit moins confus", a-t-il rapporté à Marcoussis.

Une quarantaine de participants représentatifs "des forces vives de la Nation" dans le social, l'économie, la politique, l'associatif, la santé et l'environnement, et une dizaine de ministres sont attendus pour ces échanges, autour de cinq grands thèmes: le plein emploi, l’école, la santé, le "bien vieillir" et la transition écologique.

"Nous devons aujourd'hui inventer quelque chose de nouveau, une manière nouvelle de débattre. Pas une nouvelle institution", a esquissé mercredi le chef de l'Etat devant le congrès de la Mutualité française.

"Revivifier notre démocratie", "travailler autrement" avec tous les acteurs du pays, forces politiques, élus, syndicats, associations et citoyens, au "plus près des territoires" : la feuille de route, déclinée par l'Elysée, s'annonce ambitieuse.

- "Dialogue long" -

Le chef de l'État doit ouvrir la session inaugurale dans la matinée, mais sans la presse, pour "installer de la confiance" avec ses invités, selon l'Élysée.

Les participants présenteront ensuite leurs attentes et priorités, dans un "dialogue long et très ouvert", après de courts exposés de la présidente du Haut-Conseil pour le climat, Corinne Le Quéré, du Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici et du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

Dans l'après-midi, la Première ministre Élisabeth Borne présidera une réunion pour déterminer les chantiers et établir leur mise en œuvre dans la durée.

Le CNR est lancé... au CNR, le Centre national du rugby, un immense domaine de 20 hectares où s'entraîne l'équipe de France, actuellement l'une des meilleures au monde.

Et l'acronyme de cette nouvelle instance rappelle celui du Conseil national de la résistance, qui coordonna les différents mouvements de la Résistance intérieure pendant la Seconde guerre mondiale et dressa une liste de réformes à mener à la Libération.

<p>Le président du Sénat Gerard Larcher parle avec la présidente de l'Assemblée nationale Yael Braun-Pivet à leur arrivée au Conseil d'Etat, le 7 septembre 2022 à Paris</p>

Après Marcoussis, "la volonté est d'aller vite", indique l'Élysée. Avec "le démarrage très rapide" des premiers chantiers thématiques, sur l'école ou la santé par exemple, afin qu'ils se concrétisent "en 2023".

Le suivi des travaux est confié au Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, qui assure le secrétariat général du CNR et qui concède déjà que la tâche s'annonce "très difficile".

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