Coup d'envoi du contesté Conseil national de la refondation

Valérie LEROUX et Anne RENAUT
<p>Le président français Emmanuel Macron arrive à une conférence de presse après une entrevue avec le chancelier allemand Olaf Scholz en visioconférence, au palais de l'Elysée à Paris, le 5 septembre 2022</p>

Une naissance difficile : Emmanuel Macron donne jeudi le coup d'envoi du Conseil national de la refondation (CNR), voulu comme un outil de "renouveau démocratique", mais déjà contesté, et même boycotté par les oppositions.

Cinq grands thèmes de discussion ont été listés: le plein emploi, l’école, la santé, le "bien vieillir" et la transition écologique.

"Nous devons aujourd'hui inventer quelque chose de nouveau, une manière nouvelle de débattre. Pas une nouvelle institution", a esquissé mercredi le chef de l'Etat devant le congrès de la Mutualité française.

"Revivifier notre démocratie", "travailler autrement" avec tous les acteurs du pays, forces politiques, élus, syndicats, associations et citoyens, au "plus près des territoires" : la feuille de route, déclinée par l'Elysée, s'annonce ambitieuse.

Le chef de l'Etat ouvrira la session inaugurale à 09H30 à Marcoussis (Essonne) en présence d'une cinquantaine de participants représentatifs "des forces vives de la Nation" dans le social, l'économie, la politique, l'associatif, la santé et l'environnement.

Les participants présenteront ensuite leurs attentes et priorités, dans un "dialogue long et très ouvert", après de courts exposés de la présidente du Haut-Conseil pour le climat, Corinne Le Quéré, du Premier président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici et du gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.

L'Elysée a diffusé mercredi soir une liste d'une cinquantaine de participants parmi lesquels figurent notamment le patron de la CFDT Laurent Berger, celui du Medef Geoffroy Roux de Bézieux, celui de la CPME François Asselin, mais aussi des représentants des principales associations d'élus, des dirigeants d'ONG et une dizaine de ministres.

Dans l'après-midi, la Première ministre Elisabeth Borne présidera une réunion pour déterminer les chantiers et établir leur mise en oeuvre dans la durée.

Le lieu n'a pas été choisi au hasard: le CNR est lancé... au CNR, le Centre national du rugby, un immense domaine de 20 hectares où s'entraîne l'équipe de France, actuellement l'une des meilleures au monde.

Et l'acronyme de cette nouvelle instance rappelle celui du Conseil national de la résistance (CNR), qui coordonna les différents mouvements de la Résistance intérieure pendant la Seconde guerre mondiale et dressa une liste de réformes à mener à la Libération.

Mais l'exercice est d'ores et déjà boycotté par les oppositions, qui y voient avant tout un moyen pour le président de contourner le Parlement, où son camp n'a plus de majorité absolue, pour reprendre la main dans le débat public.

- "La bouderie cessera" -

<p>Le président du Sénat Gerard Larcher parle avec la présidente de l'Assemblée nationale Yael Braun-Pivet à leur arrivée au Conseil d'Etat, le 7 septembre 2022 à Paris</p>

Le président du Sénat, Gérard Larcher, a refusé de venir, en rappelant que "la démocratie représentative" c'est le Parlement, et qu'il existe déjà un "forum de la société civile" avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Bruno Retailleau, chef de file des sénateurs LR, a fustigé une "énième opération de communication du gouvernement, qui contourne nos institutions et ajoute de la confusion".

Même constat à gauche et à l'extrême droite : Alexis Corbière (LFI) dénonce un "bazar" pour "esquiver le parlement", Marine Le Pen (RN) un "gadget", quand Olivier Faure (PS) n'y voit "aucun intérêt".

L'ex-président François Hollande, jamais avare de piques envers son successeur, doute aussi de la nécessité d'un "nouveau +machin+", en reprenant à son compte une formule du général de Gaulle à propos de l'ONU.

Côté majorité, l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, retenu par un congrès au Québec, sera le grand absent mais se fera représenter.

La "bouderie va cesser assez vite" lorsque certains enjeux, potentiellement "référendaires", seront sur la table et qu'il y aura des "déclinaisons territoriales des CNR", veut toutefois croire un responsable gouvernemental.

Après Marcoussis, "la volonté est d'aller vite", indique l'Elysée. Avec "le démarrage très rapide" des premiers chantiers thématiques, sur l'école ou la santé par exemple, afin qu'ils se concrétisent "en 2023".

Le suivi des travaux est confié au Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, qui assure le secrétariat général du CNR et qui concède d'ores et déjà que la tâche s'annonce "très difficile".

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