Londres gèle les tarifs de l'énergie et veut doper l'extraction de pétrole et gaz

Véronique DUPONT
<p>La nouvelle Première ministre britannique Liz Truss au parlement à Londres le 7 septembre 2022</p>

Liz Truss a annoncé jeudi, deux jours après son arrivée à Downing Street, un plan d'aide massif pour les ménages et les entreprises face à l'envolée des coûts de l'énergie, assorti d'une ambitieuse politique de forage tous azimuts avec une relance de la fracturation hydraulique et un réexamen de la trajectoire vers la neutralité carbone.

Les factures pour un ménage moyen vont être plafonnées à 2.500 livres par an, "soit une économie de 1.000 livres" par an par rapport à ce qu'ils auraient dû payer sans intervention du gouvernement.

Les entreprises et institutions publiques comme les écoles toucheront des "aides équivalentes pendant six mois".

"C'est un moment pendant lequel il faut être audacieux. Nous faisons face à une crise de l'énergie (...) et ces interventions auront un coût", a reconnu la dirigeante devant le Parlement.

Les mesures de soutien, qui comprennent aussi une levée temporaire des taxes sur l'énergie destinées à financer la transition vers la neutralité carbone, coûteront des dizaines de milliards de livres.

Le chiffrage sera annoncé plus tard ce mois-ci par le chancelier de l'Echiquier, plusieurs médias évoquant 150 milliards de livres.

C'est un virage drastique par rapport à la campagne de Truss, qui décrivait les aides directes comme des "pansements" incapables de résoudre les problèmes de fond.

Mais la pression devenait intenable face à la crise du coût de la vie, économistes, ONG, syndicats et mêmes énergéticiens alertant sur une catastrophe humanitaire si rien n'était fait.

Le Royaume-Uni est très dépendant des prix du gaz, qui ont été multipliés par sept sur un an, notamment à cause des tensions sur l'approvisionnement depuis le début de la guerre en Ukraine.

- Calmer l'inflation -

Le financement des mesures annoncées jeudi est prévu par emprunt sur les marchés financiers, ce qui risque d'alourdir une dette déjà montée en flèche pendant la pandémie.

<p>Le Premier ministre britannique sortant Boris Johnson (g) visite la centrale nucléaire EDF à Sizewell, le 1er septembre 2022 dans l'est de l'Angleterre</p>

Liz Truss a aussi annoncé jeudi mettre en place, avec la Banque d'Angleterre, un fonds de 40 milliards de livres pour s'assurer que les fournisseurs d'énergie ne manquent pas de liquidité face à la volatilité des marchés mondiaux.

Le cocktail des aides directes massives et des baisses d'impôts effraie les marchés qui craignent un nouveau grave dérapage des finances publiques après la pandémie.

Mais le gouvernement espère que le gel des factures d'énergie, qui ont doublé sur un an, va calmer l'inflation galopante, qui dépasse 10% et devrait encore grimper.

Pour Paul Dales, de Capital Economics, cela devrait "réduire l'inflation et limiter l'ampleur de la récession, mais entraînera des taux d'intérêt plus élevés et une hausse de la dette gouvernementale".

Le plan du nouveau gouvernement prévoit aussi de lever le moratoire sur la fracturation hydraulique et la possible extraction de gaz et pétrole de schiste dans le pays, technologie très controversée aux retombées disputées.

Le précédent Premier ministre, Boris Johnson, avait lui-même mis en doute l'impact du "fracking" sur les prix de l'énergie avec des renouvelables désormais moins chers que les hydrocarbures.

Si la stratégie du précédent gouvernement prévoyait déjà une relance de l'exploration en mer du Nord, la sécurité énergétique ayant éclipsé l'urgence climatique depuis la guerre en Ukraine, le plan présenté par Mme Truss espère "100 nouvelles licences" d'exploration et forage.

Downing Street veut aussi augmenter la part du nucléaire et ouvrir de nouvelles centrales dans le sillage de ce que souhaitait déjà le gouvernement Johnson.

Liz Truss confirme par ailleurs qu'elle veut "réexaminer" l'objectif de neutralité carbone pour 2050 "d'ici la fin de l'année pour s'assurer qu'il ne fait par porter un fardeau trop lourd aux entreprises et consommateurs".

Elle avait dit mardi se refuser à étendre une taxe sur les énormes bénéfices des géants pétroliers.

Le leader travailliste Keir Starmer a rappelé avoir plaidé pour le gel des factures énergétiques depuis plusieurs mois et demandé une fois encore: "qui va payer"?

Il accuse Mme Truss de "protéger les profits (des géants) du pétrole et du gaz et forcer les gens à payer la facture" par l'impôt pendant des décennies.

Une "frénésie de forage en mer du nord et la fracturation hydraulique dans nos campagnes ne feront rien pour baisser les prix de l'énergie mais vont doper les profits (des géants pétroliers) tout en déclenchant plus de canicules, de sécheresses et de tempêtes" renchérit l'ONG Greenpeace.

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