Gérald Darmanin en visite à Lyon sur fond de tensions avec le maire écologiste

Alexandre GROSBOIS
<p>Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est revenu à Lyon pour rencontrer le maire écologiste Grégory Doucet et faire le point sur l'action de la police dans la troisième ville de France</p>

"On ne lâche rien": après plusieurs mois de crispations sur les questions de sécurité à Lyon, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin y est revenu vendredi pour rencontrer le maire écologiste Grégory Doucet et faire le point sur l'action de la police dans la troisième ville de France.

Dans la matinée, le ministre a effectué une brève déambulation surprise dans le quartier sensible de La Guillotière, qui polarise depuis plusieurs mois l'attention médiatique et donne des maux de tête aux autorités, du fait d'une recrudescence des petits trafics (cigarettes, drogue), des agressions et des incivilités.

Des extraits vidéo de cette promenade matinale ont été diffusés sur le compte Twitter de M. Darmanin. "Ne vous inquiétez pas", "on ne lâche rien", a-t-il lancé à quelques commerçants et riverains sur son passage dans ce quartier cosmopolite proche de l'hyper-centre de Lyon, où la présence policière a été fortement accrue ces derniers mois.

"Les vols avec violence ont baissé de 54% à la Guillotière (...) Avec de la volonté, on va y arriver", a assuré dans ce tweet le ministre, qui doit s'exprimer devant la presse dans l'après-midi.

A la mi-journée, M. Darmanin est arrivé à l'hôtel de ville pour rencontrer Grégory Doucet, qui avait boycotté fin juillet une visite du ministre organisée quelques jours après l'agression de trois policiers par une foule à La Guillotière pendant l'interpellation d'un suspect.

Le maire avait alors voulu manifester son impatience au sujet des renforts de police nationale. "Ce n'est pas de ministre dont nous avons besoin mais de plus d'effectifs", avait twitté Grégory Doucet en marge de cette visite, rappelant la promesse faite voici deux ans par M. Darmanin de l'envoi de 300 policiers nationaux.

Le ministre avait alors répondu avoir déjà envoyé "plus de 100 policiers" à Lyon en 2021, puis cette année une nouvelle CRS "à demeure" (soit 80 hommes) et 40 autres policiers.

Ces effectifs doivent être encore renforcés en 2023 par 200 policiers de la Police aux frontières (PAF), affectés dans un nouveau centre de rétention administrative. En annonçant l'ouverture de ce centre, M. Darmanin avait affirmé que "35% des faits de délinquance dans la métropole lyonnaise sont commis par des personnes étrangères".

Selon le préfet du Rhône Pascal Mailhos, l'arrivée d'une deuxième compagnie CRS a déjà permis d'accroître les opérations à La Guillotière, avec quelque 4.000 contrôles et 400 interpellations depuis février.

- "Deux jambes" -

Le maire écologiste réclame des effectifs, mais le ministre lui, "attend des gestes notamment en matière d'aménagements et de vidéoprotection", a rappelé le préfet fin août.

Les critiques de Beauvau se concentrent sur la stratégie de la mairie en termes de sécurité, mais surtout sur sa réticence à déployer de nouvelles caméras ou sur le déport des images réclamé par la police nationale.

En juillet, Gérald Darmanin relevait même "la naïveté et le militantisme du maire", en écho aux reproches de l'opposition municipale et du président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes Laurent Wauquiez, qui fustigent un discours municipal très orienté vers la prévention.

Le maire, lui, a démenti toute forme d'angélisme, assurant vouloir marcher sur "deux jambes: la prévention et la répression".

Mohamed Chihi, adjoint au maire délégué à la sûreté fait en revanche amende honorable quant aux carences en agents municipaux pointées du doigt par le ministère. "Nous rencontrons des difficultés dans le recrutement", admet-il, rappelant que la mairie avait consenti un gros effort budgétaire pour faire grimper ses effectifs à 365 agents, contre 288 aujourd'hui, et "améliorer le sentiment de sécurité" des Lyonnais.

La visite ministérielle coïncide avec l'examen à venir du projet de loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur (Lopmi) qui prévoit la création de 8.500 postes de policiers et gendarmes supplémentaires en cinq ans.

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