Kiev avance dans l'est, Moscou annonce "regrouper" des forces autour de Donetsk

Emmanuel PARISSE avec Dmytro GORSHKOV à Kiev
<p>Un soldat ukrainien sur un char à Kharkiv le 9 septembre 2022</p>

L'Ukraine a revendiqué samedi des avancées dans l'est du pays, notamment leur entrée dans la ville clé de Koupiansk, Moscou annonçant de son côté retirer des troupes de cette zone pour "renforcer" plus au sud la région séparatiste prorusse de Donetsk.

Dans l'est, les forces ukrainiennes ont annoncé être entrées dans la ville de Koupiansk, qui se trouve sur des routes d’approvisionnement de l'armée russe. Une nouvelle étape dans la récente contre-offensive éclair de Kiev qui lui a permis de reprendre des pans entiers de territoire.

"Koupiansk, c'est l'Ukraine", a écrit un responsable régional sur les réseaux sociaux en publiant une photo de soldats ukrainiens dans la ville de 27.000 habitants. Les forces spéciales ont aussi diffusé des images montrant leurs officiers "à Koupiansk, qui a été et sera toujours ukrainienne".

Cette nouvelle avancée de Kiev au sud de Kharkiv pourrait affecter d'une manière significative la capacité de la Russie à ravitailler et à apporter un soutien logistique efficace à ses positions sur le front de l'est.

- drapeau ukrainien hissé -

La veille, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait annoncé que ses forces avaient repris 30 localités dans cette région frontalière de la Russie.

Samedi, des journalistes de l'AFP y ont vu des camions et des blindés russes carbonisés, dont certains encore frappés de la lettre Z, symbole de l'invasion de l'Ukraine lancée le 24 février. Des soldats ukrainiens patrouillaient dans Balakliïa, la principale ville reconquise, où flottait le drapeau ukrainien.

Ce drapeau y a été hissé en présence du commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandre Syrski, selon une vidéo de la Défense ukrainienne diffusée sur Twitter.

"Nous achevons aujourd'hui la libération de Balakliïa, la première grande ville de notre offensive, et je suis sûr que ce n'est pas la dernière. Koupiansk est devant nous, nos troupes en ont déjà pris la moitié. Et devant encore, Izioum et beaucoup d'autres", a-t-il déclaré à cette occasion.

Le chef de l'administration d'occupation russe de la région d'Izioum, Vladislav Sokolov, a de son côté reconnu que la situation y était "difficile".

"Ces deux dernières semaines, la ville est visée par des bombardements des forces ukrainiennes, notamment avec des munitions de type Himars (…) ce qui provoque de graves destructions et fait beaucoup de morts et de blessés", a-t-il déclaré à l'agence de prsse publique russe RIA Novosti.

Les Himars sont des lance-roquettes multiples fournis à Kiev par Washington.

-Moscou "regroupe" des forces près de Donetsk-

Le ministère russe de la Défense a ensuite annoncé avoir "retiré" ses forces présentes "dans les régions de Balakliïa et d'Izioum", afin de "renforcer les efforts" plus au sud, autour de Donetsk, l'une des capitales des séparatistes prorusses.

Une région où la situation est "difficile", a commenté samedi son dirigeant séparatiste prorusse, Denis Pouchiline.

<p>Carte de la situation en Ukraine au 8 septembre à 8h GMT</p>

A Lyman, ville qui était tombée fin mai aux mains des forces de Moscou, "la situation reste assez difficile, tout comme dans d'autres localités dans le nord de la République" populaire de Donetsk, a-t-il déclaré dans une vidéo sur Telegram.

"Les forces ukrainiennes avancent dans l'est de l'Ukraine, libérant plus de villes et de villages. Leur courage additionné au soutien militaire occidental donne des résultats surprenants", a résumé le porte-parole du ministère ukrainien des Affaires étrangères, Oleg Nikolenko, sur les réseaux sociaux.

"Il est crucial d'envoyer des armes à l'Ukraine. Infliger une défaite à la Russie sur le champ de bataille signifie gagner la paix en Ukraine", a-t-il ajouté.

Les Ukrainiens ont aussi affirmé progresser dans le sud du pays. "Nos soldats avancent sur les lignes de front dans le sud dans plusieurs zones allant de deux à plusieurs dizaines de kilomètres", a déclaré à des médias locaux la porte-parole du commandement militaire du sud de l'Ukraine, Natalia Goumeniouk, sans plus de détails.

Dans le nord-est, près de Kharkiv, les forces russes avaient annoncé vendredi avoir envoyé des renforts face à la contre-offensive réussie de Kiev.

Dans le village de Grakové, tout juste repris par les forces ukrainiennes, les journalistes de l'AFP ont vu vendredi des destructions témoignant de la violence de combats, pylônes électriques abattus et câbles étalés sur le sol.

"C'était effrayant, il y avait des bombardements et des explosions partout", a raconté à l'AFP Anatoli Vassiliev, 61 ans.

Les corps de deux civils, avec des traces de torture et des impacts de balle à l'arrière de la tête, y ont été découverts, a annoncé samedi le bureau du procureur général qui a ouvert une enquête et un examen médicolégal des corps.

Selon cette source, après la reprise de Grakové, un habitant s'est rendu à la police en assurant que des soldats russes l'avaient obligé à enterrer les deux corps.

- "Ils peuvent continuer à compter sur nous" -

Samedi, la cheffe de la diplomatie allemande Annalena Baerbock est arrivée à Kiev pour une visite surprise (sa deuxième depuis le début de la guerre), une semaine après celle du Premier ministre ukrainien Denys Shmygal à Berlin, où il avait redemandé l'envoi d'armes à son pays.

"Ils peuvent continuer à compter sur nous. Nous continuerons à soutenir l'Ukraine aussi longtemps qu'il le faudra, par la livraison d'armes, par un soutien humanitaire et financier", a déclaré Mme Baerbock, selon un communiqué.

Au cours des dernières semaines, l'Allemagne a livré à l'Ukraine des obusiers, des lance-roquettes et des missiles anti-aériens. Ils font partie de l'arsenal militaire fourni par l'Occident qui a contribué, selon les experts, à affecter les capacités des forces russes.

La visite de Mme Baerbock intervient aussi après un voyage du secrétaire d'Etat américain Antony Blinken qui a promis une nouvelle aide militaire de 2,8 milliards de dollars.

Lors d'une rencontre à Bruxelles avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, M. Blinken a déclaré que l'envoi de renforts par la Russie montrait qu'elle payait "un prix énorme" dans sa tentative de s'emparer du territoire ukrainien.

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