Âpres négociations, suspensions interminables, départ théâtral des élus du RN: après une semaine folle, Marseille n'avait toujours pas de maire samedi en début d'après-midi.

Au premier tour de scrutin du premier conseil municipal pour désigner le successeur de Jean-Claude Gaudin, Michèle Rubirola, cheffe de file de l'union de la gauche et des écologistes du Printemps Marseillais, a fait le plein de ses voix, avec 42 bulletins, tout comme le député LR Guy Teissier, 41. Forte de neuf élus, la sénatrice ex-PS des quartiers Nord Samia Ghali n'a par contre drainé que huit bulletins. Un vote blanc a été comptabilisé.

Avec le départ avec fracas des neuf élus du Rassemblement national, dont le leader Stéphane Ravier n'est finalement pas entré en lice, seuls 92 élus sur 101 restaient donc dans l'hémicycle, soit une majorité absolue nécessaire de 46 voix, compte tenu du bulletin blanc.

Ce cap n'ayant été atteint par aucun candidat, un deuxième tour de vote doit être organisé, toujours à la majorité absolue des suffrages exprimés.

Mais en milieu de journée, ce deuxième vote n'avait toujours pas eu lieu: le premier tour se scrutin a été suivi d'une interruption de séance, demandée par Mme Ghali et le Printemps marseillais, qui a duré plus de deux heures et demie et durant laquelle des négociations avaient lieu en coulisse.

"La démocratie, ce n'est pas un marché, ce que nous vivons actuellement ça ressemble à une assemblée plénière d'un parti d'extrême gauche", a fustigé le candidat LR Guy Teissier à la reprise de la séance, qui a duré à peine quelques minutes avant une nouvelle suspension pour le déjeuner, jusqu'à 14H15 en principe.

"Cette élection du maire de #Marseille2020 tourne à la mascarade. #Marseille mérite mieux. La population mérite mieux que ces discussions de marchands de tapis", a lui aussi déploré sur Twitter Bruno Gilles, le candidat dissident LR finalement revenu dans son camp.

M. Ravier avait auparavant justifié son départ et celui de ses colistiers par la même expression, disant sa volonté de laisser entre eux "les marchands de tapis, ceux qui confisquent la démocratie". Une allusion à peine voilée aux tractations autour du camp Ghali, la sénatrice n'ayant cessé de faire monter les enchères pour son soutien lors des dernières 24 heures.

Pour le deuxième tour de vote, puis le troisième, qui lui se déroulera à la majorité relative, c'est donc Samia Ghali qui détient les clefs du bureau de maire avec sa vue imprenable sur le Vieux Port et la "Bonne Mère", Notre Dame de la Garde.

- "Oukases" -

Après avoir demandé au Printemps Marseillais le poste de première adjointe, elle a annoncé dans la nuit sa volonté de reprendre sa totale liberté de vote, afin de "faire le meilleur choix pour les quartiers populaires". Une décision motivée par le "refus incompréhensible" du Printemps, et les "oukases" de Michèle Rubirola et Benoît Payan, son bras droit socialiste, qui ont expliqué ne pas vouloir céder au "chantage" de la sénatrice.

Malgré ses 38,3% des suffrages au second tour dimanche, loin devant les listes LR (30,8%), Michèle Rubirola, 63 ans, médecin dans des quartiers populaires et écologiste de la première heure, est donc encore loin d'être assurée d'être la première femme à la tête de la deuxième ville de France.

Côté Républicains, l'appui de Samia Ghali est également essentiel. Car eux aussi sont loin de la majorité absolue.

Pour les représenter, le parti, plombé par une campagne marquée par l'ouverture d'une enquête sur des soupçons de fraudes aux procurations, a changé son fusil d'épaule au dernier moment, jeudi. Battue dans les 6e et 8e arrondissements, réputés imperdables pour la droite, Martine Vassal, dauphine désignée de Jean-Claude Gaudin, a cédé la place à Guy Teissier, 75 ans, vieux routier issu de la droite dure.

Avantage supplémentaire pour le député LR: prime au doyen oblige, il l'emporterait au troisième tour si deux candidats étaient à égalité...

Devant l'hôtel de ville, quelques centaines de manifestants, en majorité des soutiens du Printemps marseillais, étaient rassemblés samedi. Sur leurs pancartes, "Ne nous laissons pas voler la victoire" ou "On veut des écoles rénovées, pas des fachos réchauffés".