En visite à Beyrouth après une explosion dévastatrice, le président français Emmanuel Macron a réclamé jeudi une enquête internationale sur ce drame et appelé à un "profond changement" de la part des dirigeants libanais, accusés d'incompétence et de corruption par une population en colère.

Au terme d'une visite de quelques heures, M. Macron a annoncé lors d'une conférence de presse son retour à Beyrouth le 1er septembre ainsi qu'une conférence d'aide "dans les tout prochains jours" pour le Liban, pays meurtri et proie à une crise économique inédite.

Dans ce contexte, le Fonds monétaire international a lui aussi appelé le pouvoir libanais à "des réformes cruciales" pour sortir les négociations de l'impasse, soulignant qu'il était "temps pour la communauté internationale et les amis du Liban de se mobiliser pour l'aider en ce moment d'urgence".

Provoquée mardi par un incendie dans l'entrepôt où étaient stockées depuis 2014 2.700 tonnes de nitrate d'ammonium au port de Beyrouth, l'énorme déflagration a fait au moins 137 morts et 5.000 blessés, sans oublier les dizaines de disparus et les centaines de milliers de sans-abri.

Comparée à un "tsumani" ou à un "séisme", elle a détruit des quartiers entiers proches du port et endommagé d'autres à plusieurs km à la ronde.

Portant la plupart du temps un masque de protection, M. Macron s'est rendu dans les ruines du port puis dans le quartier ravagé de Gemmayzé, où il a pu observer la détresse des habitants qui ont réclamé le départ d'une classe dirigeante en place depuis des décennies.

"Il faut une enquête internationale ouverte, transparente pour éviter que d'abord des choses soit cachées, et aussi que le doute ne s'installe", a dit M. Macron lors de sa conférence de presse après des entretiens avec les dirigeants libanais et des représentants de la société civile.

- "Le temps des responsabilités" -

Les autorités libanaises affirment que l'entrepôt a explosé après un incendie. Autorités du port, services des douanes et certains services de sécurité étaient tous au courant que des matières chimiques dangereuses étaient entreposées là mais ils se sont rejeté mutuellement la responsabilité.

Depuis le drame, aucune arrestation n'a été annoncée et le gouvernement n'a pas été capable de justifier la présence du nitrate d'ammonium "sans mesures de précaution" au port. Le chef de la diplomatie Charbel Wehbé a dit qu'une commission d'enquête donnerait bientôt "un rapport sur les responsabilités".

Furieux après une catastrophe de trop dans le pays en plein naufrage, les Libanais réclament des comptes.

"Aidez-nous! Révolution!", "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé le habitants de Gemmayzé devant M. Macron venu s'enquérir à pied des dégâts sur place. Lors d'échanges avec eux, il a serré la main à plusieurs personnes et pris une femme dans ses bras.

Il leur a promis de demander aux dirigeants libanais de "changer le système (...), de lutter contre la corruption".

A la conférence de presse, il a répété que "c'est le temps des responsabilités pour le Liban et ses dirigeants", appelant à une "refondation d'un ordre politique" et à de "profonds changements".

Après avoir dit que l'aide internationale n'irait "pas dans les mains de la corruption", M. Macron a annoncé que la France organiserait "une conférence internationale de soutien" aux Libanais, afin de mobiliser "des financements internationaux, des Européens, des Américains, de tous les pays de la région et au delà (...)".

- Retour en septembre -

M. Macron, dont le pays est une ancienne puissance mandataire au Liban, a redit qu'il reviendrait à Beyrouth le 1er septembre "pour faire un point d'étape ensemble".

Dans une capitale aux airs d'apocalypse et alors que les autorités n'ont mis en place aucun dispositif pour aider les citoyens, des centaines de Libanais se sont mobilisés, dans un vaste élan de solidarité, pour poursuivre les opérations de déblaiement ou d'accueil des sans-abri.

Plusieurs pays dont la France ont dépêché secouristes, matériel médical et sanitaire ainsi que des hôpitaux de campagne. L'Union européenne a débloqué 33 millions d'euros en urgence et l'armée américaine a envoyé trois cargaisons d'eau, de nourriture et de médicaments.

L'explosion, la plus dévastatrice vécue par le Liban, a alimenté la colère des Libanais qui avaient battu le pavé pendant des mois fin 2019 pour exprimer leur ras-le-bol de la classe dirigeante. Le mot-dièse "Pendez-les" circule sur Twitter.

Sur le même réseau social, le dramaturge et acteur libanais Ziad Itani, qui habite Gemmayzé, a salué la visite de M. Macron et fustigé l'incurie des dirigeants libanais: "je n'ai plus de maison à Gemmayzé, et le premier à visiter le quartier est un président étranger. Honte à vous!"

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