La rentrée n'a pas calmé les jeunes Hongkongais remontés par un été de colère. Et certains établissements secondaires sont un nouveau théâtre d'expression de la mobilisation pro-démocratie, avec des "chaînes humaines" quotidiennes devant leurs grilles avant le début des cours.

"On sait que les élèves hongkongais sont travailleurs et ont beaucoup de devoirs à faire. Pour autant, nous sommes ici, debout", expliquait Tam, 16 ans, il y a quelques jours, devant son lycée du quartier de Yau Ma Tei.

Avec des dizaines de camarades, il formait une "chaîne humaine" visant à réaffirmer leur engagement dans le mouvement né il y a trois mois du rejet d'un projet de loi qui visait à autoriser les extraditions vers la Chine.

"Même si nous n'avons aucun pouvoir en tant qu'élèves, nous pouvons nous tenir debout, ici, pour faire entendre nos demandes."

Après 14 semaines de mobilisation, le mouvement a considérablement élargi ses revendications, toutes liées à la dénonciation du recul des libertés et de l'emprise grandissante de Pékin sur sa région semi-autonome.

- "Les Misérables" -

Il s'agit pour la Chine comme pour les autorités hongkongaises du défi le plus important depuis la rétrocession par Londres en 1997.

Outre l'avènement du suffrage universel direct, les manifestants demandent une enquête indépendante sur ce qu'ils dénoncent comme des brutalités policières, mais aussi l'abandon des poursuites contre les protestataires arrêtés, ou encore l'arrêt de l'emploi du qualificatif d'"émeutier" par les autorités.

Cette mobilisation se caractérise notamment par sa jeunesse, lycéens et étudiants constituant le gros des troupes qui battent le pavé.

La reprise des cours n'a pas dissuadé cette jeunesse en colère, qui s'est aussi distinguée par la créativité de ses modes d'action.

Ces "chaînes humaines" devant les établissements secondaires sont une illustration de cette inventivité, à l'instar du boycott des cours dans certaines écoles et universités.

"Reprenons Hong Kong, la révolution de notre temps", scandaient les élèves devant l'école de Yau Ma Tei. "Libérez Hong Kong", disaient-ils.

Dans une vidéo qui a fait le buzz la semaine dernière, on voyait des élèves chanter "Do You Hear the People Sing?" ("A la volonté du peuple"), l'une des chansons les plus célèbres de la comédie musicale "Les Misérables", au moment où retentissait l'hymne chinois. Le désarroi était palpable chez leurs enseignants.

- "Harmonie scolaire" -

D'autres ont organisé des sit-in, ou encore créé dans leur classe des "Lennon Wall", ces oeuvres éphémères constituées de post-its et autres papiers colorés.

Le rectorat de Hong Kong a diffusé fin août un circulaire annonçant que les établissements dresseraient la liste des élèves absents ou des enseignants qui s'associeraient au mouvement de boycott.

"Personne ne doit se servir de l'école comme plateforme pour l'expression d'opinions politiques", a déclaré avant la rentrée le ministre de l'Education Kevin Yeung Yun-hung dans une lettre ouverte aux parents d'élèves.

"Et on ne doit jamais permettre aux enfants mineurs de s'impliquer, et ce pour ne pas échauffer les esprits ou créer des tensions néfastes à l'harmonie scolaire."

Les organisations étudiantes ont donné jusqu'à vendredi à la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam pour accéder à leurs revendications.

Mais Mme Lam, qui avait créé la surprise la semaine dernière en annonçant le prochain retrait définitif du projet de loi sur les extraditions, n'a visiblement aucune intention d'aller plus loin dans les concessions.

Lors de la la "chaîne humaine" de Yau Ma Tei, un élève de "eleventh grade", l'équivalent de la première, s'est dit parfaitement conscient des risques encourus.

"Mais mieux vaut être puni que de renoncer à notre liberté d'expression", confiait-il, casque sur la tête.